L'Échange du Tunnel
Lire le chapitre 23: The Ambush
La lumière du hangar s’éteignit d’un coup. Le grondement métallique des portes coulissantes résonna dans l’obscurité, suivi du claquement sec des verrous qui s’enclenchaient. Mercer sentit le sol vibrer sous ses pieds — pas à cause d’un train, mais du pas lourd d’une douzaine d’hommes qui sortaient des ombres.
— Remi, qu’est-ce que c’est que ça ? lança Mercer, la voix tendue.
Remi ne répondit pas. Il recula vers Sokolov, les mains ouvertes, un sourire narquois aux lèvres.
— Désolé, Alex. Les affaires sont les affaires.
Camille, postée sur le toit, n’avait pas attendu la confirmation. Son premier coup de feu traversa la verrière, fracassant le néon au-dessus de la tête de Remi. Les hommes plongèrent, armes levées. Mercer plongea aussi, roulant derrière un conteneur métallique rouillé alors que les balles sifflaient autour de lui.
— Camille, ne tire plus ! cria-t-il.
— Il t’a trahi, Alex. Qu’est-ce que tu veux que je fasse ? Sa voix crépitait dans l’écouteur, froide, précise.
— Je veux que tu restes en vie. Ils sont douze, toi une. Compte.
Silence. Puis un déclic — elle rechargeait. Mercer savait qu’elle ne compterait pas éternellement.
Il sortit le bouton de manchette de sa poche. La micro-gravure — la fréquence satellite — était son seul lien avec Remi, désormais inutile. Mais le boîtier contenait aussi un transpondeur de localisation MI6, conçu pour être activé en cas de capture. S’il le faisait exploser à proximité du système de sécurité central du hangar, l’impulsion électromagnétique pourrait faire sauter les verrous numériques.
Pas les portes. Mais les caméras. Les serrures. Le système d’alarme.
— Camille, repère le panneau de contrôle électrique. À ta gauche, sur le mur nord.
— Vu. Pourquoi ?
— Parce que dans dix secondes, tu vas avoir un beau feu d’artifice.
Il activa le transpondeur, compta jusqu’à trois, et le lança par-dessus le conteneur vers un boîtier mural. L’explosion ne fut pas énorme — un flash, un bruit sourd — mais les lumières du hangar vacillèrent, puis tout devint noir.
Pendant une seconde, chaos total. Cris, jurons, ordres contradictoires. Mercer en profita pour ramper vers l’arrière du hangar, vers un vieil ascenseur de fret qu’il avait repéré en entrant. Les portes en accordéon, graisseuses, étaient ouvertes. Il y glissa, appuya sur le bouton du niveau le plus bas.
— Camille, descends. Rejoins-moi à l’ascenseur.
— Je ne peux pas traverser le hangar à découvert. Ils ont des lampes torches.
— Tu n’as pas besoin de passer par le hangar. Le toit. Il y a une échelle à l’angle sud-est, près du conduit de ventilation.
Il y eut un bruit de verre brisé, puis le souffle court de Camille dans l’écouteur. Elle courait. Mercer garda le doigt sur le bouton de l’ascenseur, les dents serrées, comptant les secondes. Les pas approchaient dans le hangar, les faisceaux de lampes balayaient les murs.
La cabine vibra. Camille jaillit de l’ouverture, étouffant un juron, une estafilade sur la joue, le canon de son arme encore brûlant.
— T’as failli me faire rater le saut.
— T’es là. C’est ce qui compte.
Elle le poussa dans la cabine. Il appuya sur le bouton. Les portes se refermèrent avec un gémissement hydraulique alors que les premières balles ricocchaient sur la tôle.
La descente fut lente, trop lente. Un ascenseur de fret industriel, conçu pour des chariots, pas pour deux fugitifs essoufflés. Mercer appuya sur le bouton du niveau -2, espérant que le sous-sol communiquait avec la ville. Les plans de la gare de Calais qu’il avait mémorisés indiquaient un réseau de galeries techniques reliant le port à l’ancienne zone douanière.
Camille s’adossa à la paroi métallique, reprenant son souffle. Elle le fixa, les yeux durs.
— Ton contact Remi. Tu lui faisais confiance ?
— Je lui devais une dette. Maintenant je sais pourquoi il l’a rappelée.
— Et le bouton de manchette ?
— Il contenait la fréquence satellite. Sans lui, je n’ai plus aucun moyen de joindre mon allié à Londres.
— Le même allié qui veut ta tête ?
Mercer sourit — un sourire sans joie, fatigué.
— Précisément.
La cabine s’arrêta dans un grincement. Les portes s’ouvrirent sur un boyau sombre, bas de plafond, sentant l’humidité et le gasoil. Des tuyaux couraient le long des murs, des câbles pendaient. Une ampoule nue, vacillante, éclairait un carrefour en T.
— Par là. Il désigna le tunnel de droite. Ça mène vers les égouts de la ville, si les plans sont bons.
Camille ne bougea pas. Elle posa la main sur le bras de Mercer pour le retenir.
— Avant d’aller plus loin : pourquoi est-ce que Remi voulait que tu viennes seul ? Qu’est-ce qu’il avait à négocier avec toi, et avec Sokolov en même temps ?
— Marc. L’informateur. Remi le voulait — pas pour le protéger, mais pour le faire parler. Marc connaît la position de Fournier. Remi voulait la vendre au plus offrant.
— Et toi, tu ne le savais pas parce que tu avais menti au sujet de la mort de Marc. Si tu n’avais pas menti, Delambre aurait pu se méfier plus tôt.
Mercer ne répondit pas. C’était la vérité, et elle pesait lourd.
Un bruit sourd résonna au-dessus d’eux — des pas sur la plaque d’acier qui séparait le sous-sol du hangar. Plusieurs paires de pas. Les hommes de Remi, à la recherche.
— On bouge. Maintenant.
Ils s’engagèrent dans les galeries. Mercer sortit son téléphone, tentant d’obtenir un signal, mais l’épaisseur du béton bloquait tout. Le silence s’épaissit autour d’eux, à part le bruit de leurs pas et l’écho lointain d’une chute d’eau.
Ils débouchèrent dans une salle des machines, caverne de métal rouillé et de vapeur sifflante. Au centre, un vieux tableau électrique constellé de fusibles et de jauges. Camille s’en approcha, y jeta un œil.
— Ce n’est pas connecté à la station de train. C’est privé. Un réseau souterrain indépendant.
— Qui mène où ?
Elle traça une ligne du doigt sur le schéma jauni fixé au mur : un trait rouge partait du hangar, traversait le port, et se terminait sous un bâtiment marqué « Grand Palais ».
— Ce n’est pas le dépôt. Sokolov ne se rendait pas au dépôt. Il se rendait ici, à Paris.
— Le Grand Palais ?
Mercer fixa le point rouge. Tout le temps, ils avaient cru comprendre ce que faisait Sokolov. Mais Vernet n’avait jamais été à Calais — il était ailleurs, quelque part en amont de cette ligne souterraine, et le train n’était qu’un appât pour les faire sortir de Londres.
Un bruit métallique claqua derrière eux. Le verrou de la porte de la salle des machines venait de sauter. Une voix, déformée par l’écho du tunnel :
— Mercer. Nous savons que vous êtes là. Rendez-vous, et personne n’a besoin de se faire mal.
Mercer regarda Camille. Elle avait la main sur la crosse de son pistolet, mais pas pour tirer. Elle attendait. Leurs deux trajectoires venaient de converger vers un point qu’aucun n’avait anticipé.
— Le train a été détourné vers le Grand Palais. Vernet est peut-être là, dit-il, la voix basse.
Camille fit une moue sceptique.
— Ou c’est encore un piège pour nous faire courir dans la mauvaise direction.
— Une seule façon de le savoir.
Il ouvrit la porte du fond, révélant une échelle qui plongeait dans l’obscurité, sentant le souffre des égouts.
La poursuite continuait derrière eux.
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