L'Échange du Tunnel
Lire le chapitre 25: The Debt Due
La porte du safehouse claqua avec une violence inhabituelle. Mercer leva les yeux de la carte étalée sur la table, la main déjà glissée vers sa ceinture. Mais il n'y avait pas d'arme à saisir. Pearson l'avait désarmé à l'entrée, prétextant une procédure standard.
Remi se tenait dans l'embrasure, silhouette découpée contre la lumière crue du couloir. Il portait un costume sombre immaculé, aucune trace de la sueur et de la poussière de l'entrepôt de Calais. Son sourire était celui d'un homme qui savait qu'il tenait toutes les cartes.
« Alexandre. » Le nom glissa de sa bouche comme une insulte. « On m'avait dit que tu étais mort. Trois fois, au moins. »
Camille se déplaça imperceptiblement sur la gauche, élargissant l'angle de tir. Mercer secoua la tête, presque imperceptiblement. Pas encore.
« Remi. » Mercer croisa les bras, s'appuyant contre le mur. « Tu as un drôle de moyen de régler une dette. L'entrepôt, l'ambush, les tunnels—tout ça pour une conversation privée ? »
Remi entra dans la pièce, ses pas mesurés résonnant sur le béton. Il ignora Camille, ignora Pearson, et s'arrêta à deux mètres de Mercer.
« Ce n'est pas ma dette que je viens réclamer. » Il sortit une enveloppe de sa poche intérieure, la posa sur la table entre eux. « C'est la tienne. »
Mercer sentit le regard de Camille peser sur lui. Il ne toucha pas l'enveloppe.
« Je ne te dois rien. »
« Ah, mais si. » Remi inclina la tête, amusé. « Fournier. Le nom te dit quelque chose, n'est-ce pas ? Le vieux professeur, l'archiviste de la DGSE. Celui que tu devais protéger, il y a sept ans, à Lyon. »
Le sang de Mercer se figea. Personne n'avait jamais prononcé ce nom. Pas une seule fois en sept ans.
« Continue. »
« Belle tentative d'intimidation. » Remi écarta une chaise et s'assit, croisant les jambes avec une désinvolture étudiée. « Voici ce que je sais : en 2018, tu étais un agent junior en mission de protection. Fournier était ta cible à protéger. Il allait témoigner contre un réseau de trafiquants d'informations. Le réseau appartenait à Sokolov. »
Mercer ne bronchait pas. À l'intérieur, chaque muscle était tendu.
« La mission a foiré. Un tir de sniper, une course-poursuite, et Fournier a été touché. Tu l'as traîné à travers Lyon pendant trois heures pour trouver un médecin de confiance. Tu as sauvé sa vie. Mais Sokolov a découvert que tu étais l'agent qui avait échappé à son équipe. Il a offert une prime. »
Remi marqua une pause, laissant le silence s'installer.
« Quelqu'un a payé pour effacer ta trace. Quelqu'un a fait disparaître ton dossier, tes antécédents, tout. Quelqu'un a pris la dette de Sokolov et l'a achetée. »
La pièce sembla rétrécir. Mercer sentit le regard de Camille, celui de Pearson, mais il ne voyait que le visage de Fournier, marqué par des années de service et une loyauté inébranlable.
« Fournier a payé pour ma protection. »
« Il a payé pour ta vie. » Remi hocha la tête. « Et maintenant, il est enfermé dans une chambre froide quelque part sous le Grand Palais, et Sokolov attend qu'il parle. Qu'il révèle les secrets qu'il a protégés pendant quarante ans de carrière. »
Mercer savait où cela menait. Chaque mot de Remi était un nœud coulant qui se resserrait autour de son cou.
« Et toi, Remi ? Où es-tu dans cette histoire ? »
« Je suis le collectionneur de dettes. » Remi sourit, et pour la première fois, Mercer vit quelque chose de malade dans ce sourire. Quelque chose de personnel. « J'ai hérité des dettes de Fournier. Il a fait appel à mon réseau pour infiltrer l'opération de Sokolov. Il pensait que je pouvais l'aider. »
« Et tu l'as trahi. »
« J'ai suivi le cours des choses. » Remi écarta les mains. « Sokolov a fait une meilleure offre. Mais j'ai gardé la dette de Fournier en réserve. Et maintenant—» Il tapota l'enveloppe. «—je l'utilise. »
Camille fit un pas en avant. « Assez de théâtre. Qu'est-ce que tu veux ? »
Remi la regarda, une étincelle d'intérêt dans les yeux. « Ah, la DGSE. Toujours pressée. » Il se tourna vers Mercer. « Voici ma proposition, Alexandre. Tu vas faire ce que Fournier devait faire. Tu vas entrer dans le Grand Palais, retrouver le dossier que Sokolov cherche, et me le remettre. En échange, je libère Fournier. Vivant. Intact. »
Le dossier. Mercer savait lequel. Le dossier que Fournier avait passé sa carrière à protéger. Celui qui contenait des informations sur des collaborateurs haut placés dans plusieurs gouvernements. Des informations qui pourraient détruire des alliances entières.
« Et si je refuse ? »
Remi haussa les épaules. « Sokolov obtient Fournier. Il obtiendra ses informations tôt ou tard. Et j'aurai une dette impayée sur les mains. » Il se leva, remettant son costume en ordre. « Mais nous savons tous les deux que tu ne refuseras pas. Tu as une dette envers Fournier. Il a sauvé ta vie. Il t'a donné une carrière, une identité, tout. Tu te tourneras contre ton service, contre ton pays, pour lui rendre ce qu'il t'a donné. »
« C'est du chantage. »
« C'est un accord. » Remi se dirigea vers la porte. « Tu as quatre heures. Le train part de la Gare du Nord à vingt-trois heures. Il arrive au Grand Palais à minuit. Après cela, je ne peux plus garantir la sécurité de Fournier. »
Il s'arrêta à la porte, se retournant une dernière fois.
« Et Alexandre ? N'essaie pas d'impliquer des alliés. » Son regard glissa vers Pearson, puis vers Camille. « Sokolov a des yeux partout. Le premier appel que tu passes à Londres, le premier message que tu envoies—Fournier est mort avant que tu ne raccroches. »
Il sortit. La porte claqua, le verrou tourna.
Trois secondes de silence. Puis Camille explosa.
« Tu ne vas pas y aller. »
Mercer la regarda. Il voyait la colère dans ses yeux, mais sous la colère, il voyait autre chose. De la peur. Pas pour elle-même—pour lui.
« Il a Fournier. »
« Il a Fournier à Paris, oui. Le même endroit où se trouve Vernet. C'est probablement un piège pour t'attirer. »
« Et si ce n'en est pas un ? » Mercer s'approcha d'elle. « Si c'est la seule chance de sauver Fournier ? »
« Tu vas trahir ton pays pour un homme que tu aimais comme un père ? »
Mercer détourna le regard. La carte du Grand Palais était toujours étalée sur la table. Il connaissait chaque couloir, chaque sortie de secours, chaque recoin. Il avait passé des mois à mémoriser ces plans, des années plus tôt, quand il pensait que Fournier pourrait un jour avoir besoin d'être sorti de Paris.
« Il m'a sauvé la vie, Camille. Il a hypothéqué sa liberté pour la mienne. » Mercer posa les mains à plat sur la table. « Je ne peux pas lui tourner le dos. Pas maintenant. »
Le silence s'étira. Pearson restait immobile contre le mur, les mains dans les poches, observant.
Camille ouvrit la bouche pour répondre, puis se ravisa. Elle sortit son téléphone, le posa sur la table.
« Alors je viens avec toi. »
« Non. »
« Tu ne me le refuses pas. » Elle soutint son regard. « Nous avons les mêmes objectifs, Mercer. Retrouver Vernet. Sauver Fournier. Si tu vas au Grand Palais, j'y vais aussi. »
Mercer savait qu'elle avait raison. Il savait aussi que Remi l'attendait. Que chaque seconde qui passait les rapprochait du moment où Fournier serait perdu à jamais.
Il ramassa l'enveloppe. Elle était lourde. Du papier épais, un sceau de cire brisé. À l'intérieur, une seule photographie.
Fournier. Vieilli, amaigri, mais vivant. Debout dans une pièce vide, les mains liées dans le dos. Derrière lui, une horloge murale indiquait onze heures moins le quart.
Le compte à rebours avait commencé.
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