L'Échange du Tunnel
Lire le chapitre 35: The Sacrifice
L’alerte stridente déchira l’air du poste de pilotage. Mercer colla son épaule contre la porte verrouillée, le code de Vernet encore vibrant dans sa tête. *Sept caractères. Quatre secondes pour les saisir.* Mais le panneau refusait de s’ouvrir.
— Merde !
Il frappa le clavier du plat de la main. Le rétroéclairage clignota, puis un message s’afficha en rouge : *VERROU DISTANT ACTIF — COMMANDE CENTRALE*.
Remi. Il contrôlait toujours tout.
Un mouvement près du couloir. Sokolov surgit, arme levée, le visage fermé. Mercer plongea derrière la console, sa main trouvant le manche d’un extincteur. Le premier coup de feu ricochet sur le blindage du siège.
— Remi t’a laissée, Sokolov ? lança Mercer. Belle loyauté.
— Il m’a laissée une mission.
Elle tira encore. L’ampoule au plafond explosa, projetant une pluie de verre. Mercer se releva d’un geste brusque, heurtant Sokolov au poignet. L’arme heurta le sol, glissa sous l’ordinateur de bord. Ils luttèrent une seconde, puis Sokolov dégagea un couteau manche en corne.
— Le docteur Vernet est morte d’avoir trop parlé, souffla-t-elle.
— Elle est en vie. Comme toi, pour l’instant.
Un craquement sourd secoua le train tout entier. Le tunnel hurlait contre la coque. Les haut-parleurs grésillèrent : *« T-90 secondes avant détonation de l’armature. »*
Mercer vit le panneau de contrôle du couplage manuel à trois mètres, derrière Sokolov. Elle suivit son regard, sourit durement.
— Non.
Elle balança le couteau. Mercer l’esquiva d’un demi-tour de hanche, la lame l’écorchant à l’épaule. Dans le même élan, il saisit le casque auditif abandonné par un mécanicien et l’abattit sur sa tempe. Sokolov chancela, genoux à terre, une main sur la nuque.
— T’aurais dû prendre le train suivant.
Il enjamba son corps et atteignit la boîte du couplage. Derrière lui, un coup de feu. Pas celui de Sokolov : celui d’un fusil d’assaut, depuis le seuil. Mercer se retourna, vit Remi debout dans l’embrasure, arme fumante, dans un costume irréprochable désormais couvert de poussière de charbon. Il avait échangé son sourire contre une ligne dure.
— Mercer, Mercer. Tu cours encore après le mauvais homme.
— Remi, laisse-moi juste sauver ces passagers.
— Ces passagers sont une vitrine, dit Remi, baissant lentement le canon. Toi, tu es une occasion.
Il envoya un objet rouler sur le sol — une carte mémoire noire. « Le code *manuel*, pas celui que ton ingénieure a transmis. Il a été réécrit à distance il y a six minutes. Saisis-le dans le panneau. Tu as quarante-cinq secondes. »
Mercer ne bougea pas.
— Qu’est-ce que ça te rapporte ?
— Une diversion. L’argent est au Luxembourg. Les autorités te trouveront en train d’expliquer, et moi je serai sur un vol pour ailleurs.
Remi fit deux pas en arrière, disparut dans le couloir.
Une seconde plus tard, Sokolov poussa un rugissement. Elle s’était relevée, le couteau de nouveau en main, du sang au front. Elle bondit sur Mercer. Il la saisit au col, la plaqua contre le hublot. Dehors, la fin du tunnel — lumière pâle et froide de la campagne française. Sokolov cracha.
— Remi n’oublie pas les siens.
— Il vient de te laisser ici, dit Mercer.
— Il ne m’a pas laissée. Il m’a programmée.
Ses doigts trouvèrent le détonateur fixé sous son aisselle. Mercer vit le bouton, le vit pressé.
— *Non.*
La première explosion partit du compartiment arrière, suivie d’une seconde plus proche. Des flammes s’engouffrèrent par la porte du fond, couvrant Sokolov, et sa silhouette vacilla dans un halo orange avant de s’effondrer. Mercer détourna le visage, brûlé, os acier. Le plafond commença à céder. Par le hublot, le train franchissait la sortie du tunnel, lancé à pleine vitesse sur les voies découvertes.
Il saisit la carte mémoire, l’inséra dans le panneau. Un bip. Le mécanisme du couplage se débloqua avec un soupir pneumatique. Derrière lui, la porte de l’appareil s’ouvrit sur un boyau de service.
Puis il entendit la voix. Éloignée, coupée par les vibrations : Camille. Elle tirait un passager par le bras pour le faire sortir d’un compartiment effondré, à l’autre bout du wagon. Mercer hésita, puis courut vers elle.
— Il faut quitter le train ! cria-t-il. Maintenant.
— Il reste des gens dans la voiture pilote, répondit Camille en désignant une porte coulissante à l’avant.
— Elle est condamnée. Le feu va atteindre le réservoir d’alimentation.
— Le code a marché. On peut découpler la voiture pilote ?
Le panneau montrait une lecture de trente secondes. Les lumières s’éteignirent une troisième fois, plongeant le corridor dans une obscurité intermittente. Mercer fit un calcul froid, regarda Camille, et sut qu’aucun des deux ne mentait : elle voulait sauver les derniers, lui voulait que le train s’arrête avant d’atteindre le village proche. Le train s’était engagé sur une voie élevée, dans la campagne dégagée. La gare de Calais était à quatre kilomètres.
— Vas-y, dit-il. Je sécurise la découpe.
Il tourna les talons sans attendre de réponse, retournant vers la porte blindée du compartiment pilote. À l’intérieur, quatre passagers en larmes frappaient au carreau. La clé mécanique de secours était restée dans la ceinture du serrurier, mort à l’avant. Une seconde. Le plancher résonna sous ses pieds. La chaleur traversa le sol.
Mercer força la porte, ses épaules heurtant la vitre. Un passager, plus jeune, l’aida de l’intérieur. La porte céda d’un cran.
Mais le feu atteignit le conduit de câbles au-dessus de la tête. Une gerbe d’étincelles, un crépitement, et la porte re-slama contre son cadre, tordue. Le plafond s’affaissa. Mercer se jeta en arrière, trop lent. Une poutre de renfort céda et l’écrasa contre le sol, le torse empierré dans le châssis.
La voix de Camille, jamais si proche.
— Mercer !
— Découple, Camille. Tout de suite. Le pilote est vide.
Il mentait. Il le vit dans la vitre qu’on ouvrait : un visage d’enfant collé au hublot. La poutre pesait une demi-tonne sur sa jambe. Il n’avait plus la force de pousser.
Camille franchit le boyau de service, un extincteur calé sous le bras. Elle le balança comme un bélier contre la poutre — ferm, efficace, une fois, deux fois. La poutre bougea d’un cran. La main de Mercer atteignit la porte, l’ouvrit de dix centimètres. Le passager glissa par l’ouverture.
— Sors ! hurla-t-il.
Camille tendit la main vers Mercer. Ses doigts rencontrèrent un poignet brûlant de graisse.
— Camille, découple. C’est un ordre.
— Je n’ai pas de capitaine, répondit-elle.
Elle tira d’un geste plein d’une violence résolue, le libérant sous la poutre au moment où celle-ci bascula. Ensemble, ils roulèrent sur le ballast à travers le plancher ouvert. Le train poursuivit sa course une seconde avant que le mécanisme à distance l’arrête d’un coup bref, dans un martèlement de fer.
Le silence retomba. Puis, dans la distance, un grondement sourd : la voiture pilote se détacha, bascula dans un fossé, et l’explosion rouge orange s’éleva au-dessus du talus.
Camille s’assit dans la poussière, à côté de Mercer. Elle saignait du bras. Il lui prit la main.
— Tu as menti, dit-elle.
— J’ai sauvé. Pareil.
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