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L'Échange du Tunnel

Lire le chapitre 6: The Informant's File

Le couloir du wagon 3 était plongé dans une pénombre vacillante. Les lumières de secours, alimentées par des batteries, jetaient des ombres mouvantes sur les parois métalliques. Camille Moreau avançait d'un pas rapide, les semelles de ses escarpins étouffées par la moquette épaisse. Elle avait laissé Mercer derrière elle, à l'avant du train, sans un regard.

Elle n'avait jamais vraiment fait confiance aux Britanniques. Mais là, quelque chose clochait. Les mensonges de Mercer, soigneusement tissés, portaient les coutures d'un homme qui protégeait plus que sa mission. Et son histoire avec Fournier… trop lisse, trop incomplète.

La porte du compartiment contrôle était verrouillée par un clavier numérique. Camille sortit un petit cylindre magnétique de sa poche, le posa contre le boîtier, et le bip électronique céda en moins de quatre secondes. Elle poussa le battant et se glissa à l'intérieur d'une pièce exiguë, tapissée d'écrans et de voyants clignotants. L'odeur de plastique chaud et de café refroidi flottait dans l'air.

Personne n'était à son poste. C'était un problème en soi.

Camille balaya la console du regard. Le système de pilotage automatique était actif, la vitesse stabilisée à 110 kilomètres-heure, bien qu'aucune destination finale ne soit affichée. L'arrêt non programmé dans le tunnel — déjà annulé — avait laissé des séquences erratiques dans le journal de bord. Elle fit défiler les journaux de maintenance, les rapports d'incidents. Rien d'inhabituel, mise à part cette anomalie de surpuissance dans le système de climatisation du wagon 5, enregistrée une heure avant le départ.

Le manifeste des passagers s'afficha après un code d'accès doublé. Camille sortit son téléphone et photographia chaque page, puis se concentra sur les noms. Les listes de réservation pour le trajet de la navette affrétée spécialement pour l'opération d'échange étaient censées être verrouillées au niveau diplomatique. Ils étaient six passagers officiels, deux agents de liaison, quatre membres d'équipage.

Camille éplucha les noms. Certains étaient des couvertures qu'elle connaissait. D'autres des alias criants de vérité pour qui savait lire entre les lignes.

Soudain, elle s'arrêta.

*Viktor Sokolov.*

Le nom apparaissait en toute fin du manifeste, presque comme une note en bas de page, sans numéro de siège assigné. La réservation datait de trois jours avant le départ, avec une mention "personnel de sécurité" accolée à un service de logistique ferroviaire français dont Camille connaissait parfaitement la façade : c'était une boîte aux lettres pour opérations spéciales russes, dissoute officiellement depuis huit ans.

Sokolov. Ancien agent du GRU, radié après des méthodes jugées trop brutales, même selon les standards de Moscou. Freelance depuis, il se louait au plus offrant — trafiquants, cartels, dictateurs en exil. Sa spécialité : les disparitions propres, les interrogatoires express, les transferts de personnes qui ne devaient jamais arriver à destination.

Camille zooma sur l'extrait d'un vieux dossier satellite : un visage carré, un crâne rasé, des yeux couleur acier sous des sourcils épais. Le type d'homme qui ne laissait aucun témoin derrière lui.

Elle ne dit rien à Mercer. Pas encore.

Son instinct lui soufflait une autre vérité, plus sordide : Sokolov n'était pas monté à bord pour capturer le Dr Vernet. Il était monté à bord pour la prendre avant les autres. Court-circuitant l'échange prévu, il n'avait pas seulement besoin de la scientifique. Il avait besoin de toute personne susceptible de savoir où elle se trouvait.

La porte du compartiment grésilla derrière elle. Camille éteignit l'écran d'un geste sec et se retourna, la main glissée vers son arme de poing.

Rien. Un silence total, à peine troublé par le sourd roulement des roues sur les rails, quelques mètres plus bas.

Elle expira lentement et reporta son attention sur la console. Le matin du départ, le système de sécurité interne avait enregistré une ouverture prolongée de la porte du compartiment G4 — celui réservé au Dr Vernet. Juste avant, deux requêtes séquentielles d'accès au système de climatisation, émanant d'une même badge magnétique activé plusieurs fois dans le même créneau horaire.

Obsession de détail. Camille était connue au sein de la DGSE pour cette capacité, presque comique, à remarquer les détails qui clochaient. Ce n'était pas compliqué : quelqu'un connaissait le chemin exact jusqu'à la chambre de Vernet et avait utilisé les conduits de maintenance pour y pénétrer sans être vu. Les conduits mesuraient à peine cinquante centimètres de diamètre. Trouver quelqu'un capable de les emprunter rapidement nécessitait une flexibilité corporelle hors-norme, ou un savoir-faire minutieux.

Sokolov, ancien gymnaste de compétition avant son recrutement par le GRU, correspondait parfaitement au profil.

Un mouvement attira son regard sur l'un des moniteurs. La caméra du couloir central, désactivée quelques secondes, reprenait vie. Sur l'image, une silhouette en uniforme d'agent ferroviaire avançait à contre-sens du train, tête baissée, klaxon de service à la main. Le visage, à moitié dissimulé par une casquette, lui sembla vaguement familier.

Camille zooma autant que la résolution le permettait. La mâchoire carrée, les sourcils épais — oui. C'était lui. Sokolov ne marchait pas vers le compartiment du Dr Vernet. Il se dirigeait vers la tête du train, là où se trouvait Mercer à cet instant précis.

Un calcul rapide. Mercer, concentré sur la fouille du train avant, ouvrirait certainement la mauvaise porte au mauvais moment. Sokolov, avec son gabarit et ses compétences, mettrait dix secondes à neutraliser un agent non préparé. Et si Mercer n'était pas déjà mort, il était sur le point de ne plus être d'aucune utilité.

Camille hésita. Chaque seconde de réflexion était une chance de plus pour Sokolov de s'approfondir dans le système nerveux du train. Mais ils étaient déjà trop exposés. La décision de garder cette information pour elle n'était pas de la trahison — juste une précaution.

Elle sortit le téléphone chiffré de sa poche intérieure, composa une séquence, et posa l'appareil contre sa mâchoire. Après quatre bips, une voix étouffée répondit.

— Moreau. Dis-moi que tu as des nouvelles.

— Vernet est bien à bord, ou elle l'était jusqu'à récemment. Mais nous avons un passager en trop. Viktor Sokolov.

Le silence dura suffisamment longtemps pour confirmer ses craintes.

— Sokolov était censé être mort à Bakou il y a six mois. Tu es sûre de toi ?

— Il marche dans ton couloir en ce moment même, déguisé en agent de maintenance. Habituellement, je ne confonds pas un cadavre avec un homme de quatre-vingt-dix kilos qui se déplace à petite vitesse dans ma direction.

— C'est un mercenaire. C'est un imprévu. Le plan reste inchangé.

— Le plan change quand quelqu'un d'autre joue avec les pièces du même échiquier.

— Parle-moi de Mercer. Il sait quelque chose ?

Camille jeta un coup d'œil par-dessus son épaule. Les voies s'étendaient à l'infini, sombres et menaçantes, le tunnel avalant la petite lueur des wagons.

— Il sait beaucoup de choses. Il ne les partage pas.

— Alors trouve ce qu'il sait et agis en conséquence. Tu connais la priorité.

La communication se coupa.

Camille rangea son téléphone, traversa le compartiment et poussa la porte. Le couloir était vide. L'alarme générale, déclenchée puis tue, laissait un silence tendu dans son sillage.

En retournant vers l'avant du train, elle croisa une inspectrice de la police des frontières française, l'air inquiet, qui cherchait un supérieur. Camille la dépassa sans un mot, ses doigts se refermant sur la crosse de son arme dissimulée sous le blazer.

Elle n'avait pas dit à Mercer la vérité complète. Sokolov n'était pas qu'un imprévu. Il était une signature. Et les signatures, dans son métier, indiquaient toujours la direction de ceux qui les portaient.