L'Échange du Tunnel
Lire le chapitre 7: The Vanished Doctor
Le néon du couloir vacilla une dernière fois avant de s'éteindre. Alex Mercer compta trois secondes dans le noir absolu, la main à plat contre la paroi métallique. Le train roulait encore, mais quelque chose avait changé dans sa vibration – plus grave, plus laborieuse, comme si la rame entière avançait en retenant son souffle.
Il avait vu les portes verrouillées se fermer sur le couloir, entendu les passagers s'agiter dans leur compartiment. Quelqu'un, quelque part, venait de prendre le contrôle total du train. Et le docteur Vernet restait introuvable.
Le compartiment d'elle était propre – trop propre. Aucune valise, aucun vêtement oublié, pas même une brosse à dents dans la salle de bain. On n'efface pas une présence humaine à ce point sans l'avoir planifié pendant des heures. Mais quelque chose clochait. Le tiroir du lavabo refusait de s'ouvrir.
Mercer s'accroupit. Le meuble semblait standard, vissé au mur avec des chevilles de chantier. Sauf que la plinthe sous le tiroir ne touchait pas le sol – un espace de deux centimètres à peine, invisible si on ne cherchait pas. Il glissa deux doigts à l'intérieur, trouva une petite encoche, poussa.
Le panneau pivota silencieusement. Derrière, un passage étroit s'enfonçait dans la paroi du train, à peine assez large pour des épaules d'homme. L'air en sortait froid et chargé d'humidité. Une lampe électrique était fixée au plafond du tunnel, allumée. Quelqu'un l'avait laissée pour éclairer le chemin.
Mercer s'engagea dans la gaine, se déplaçant en crabe, l'épaule frottant contre la tôle. Au bout de trois mètres, le boyau s'élargissait en un renfoncement – manifestement un espace de maintenance, jamais prévu pour servir de planque. Par terre, un sac à main ouvert. Des papiers éparpillés. Un passeport.
Il le ramassa. Dr Isabelle Vernet. La photo montrait une femme d'une cinquantaine d'années, les cheveux gris tirés en arrière, un sourire prudent. Le passeport était authentique – il le savait en reconnaître un vrai au premier coup d'œil.
À côté, un téléphone portable, l'écran noir, l'arrière du boîtier légèrement dévissé. Quelqu'un avait retiré la carte SIM. Un carnet aussi, à couverture de cuir fatiguée, fermé par un élastique que Mercer fit sauter.
Les premières pages étaient remplies d'écriture serrée, des notes de laboratoire datées de plusieurs mois. Il n'eut pas le temps de lire. Il entendit un bruit à l'autre bout du boyau – un frottement de tissu sur le métal, presque imperceptible.
Mercer éteignit sa lampe torche. Il glissa le passeport et le carnet dans sa veste, laissa le téléphone par terre – inutile sans SIM, mais peut-être une balise qu'on pouvait suivre.
Le frottement continua. Quelqu'un approchait, en rampant, sur le plancher de la gaine.
Mercer recula silencieusement vers son point d'entrée, mais il avait fait trois pas quand il comprit. Le boyau ne lui laissait aucun angle pour tourner lestement, aucun dégagement pour un combat. Il était coincé contre le renfoncement, dos à la paroi, et le passage ne faisait pas plus d'un mètre de large.
La forme apparut. Un homme en combinaison de maintenance grise, visage partiellement masqué d'un foulard sombre. Il se déplaçait avec une fluidité de prédateur, les épaules basses, le centre de gravité ancré. Professionnel. Très professionnel.
Mercer reconnut l'arme avant de la voir – le léger cliquetis de la lame qui sort du fourreau. Couteau de plongée, lame courte et épaisse. Pas une arme de jet, une arme de combat rapproché. L'homme avançait comme si l'espace étroit avait été construit pour lui seul.
« Qui que vous soyez, vous faites erreur », dit Mercer, les mains levées en signe d'apaisement, derrière lesquelles il crispait un trousseau de clés – unique objet qu'il eut sous la main.
L'homme ne répondit pas. Il bondit.
La première attaque vint du bas – une remontée de lame vers les côtes. Mercer pivota sur la hanche, les clés jetées devant son visage pour détourner l'attention, et reçut l'impact sur l'épaule. La douleur lui traversa le bras comme un éclair. Il n'avait pas évité la lame – seulement dévié la trajectoire de quelques centimètres.
Le silence était total sous le plancher. Le roulement du train, le fracas du métal sur les rails – tout disparaissait dans cette gaine étouffée. Le monde se réduisait à deux hommes dans un espace de cinquante centimètres de large, et à la question de savoir lequel respirerait encore quand le train atteindrait la France.
Mercer accrocha le poignet de son adversaire de sa main bonne, le tordit contre la structure en alu. Le coude de l'homme frappa son nez – un bruit sec et une explosion de douleur blanche. Il tenait. Il tenait coûte que coûte, car s'il lâchait, la lame venait achever le travail dans sa gorge.
« Qu'est-ce que vous avez fait du docteur ? » souffla Mercer entre ses dents serrées.
Les yeux de l'homme – profondément enfoncés sous le foulard – clignèrent. Un battement de paupières, pas assez long pour être une réponse. Ce battement suffit. Mercer comprit qu'il avait affaire à un exécutant, pas à un interrogateur. Il n'avait pas devant lui celui qui savait.
Il attrapa l'esprit de l'homme – un grimpant de passager pour le déséquilibrer – mais l'autre était trop solide. La lutte se poursuivit par à-coups, dans le noir, personne ne voyant plus l'autre que par le toucher. Une morsure, un coup d'épaule, un genou dans le ventre. Brève et brutale. La vitre du train gronda sous leurs pieds comme un tambour.
Finalement, l'homme parvint à se dégager d'un mouvement brusque, tout en reculant, la lame encore luisante de la faible lueur de sa lampe. Il fit deux pas en arrière, se retourna et s'engouffra dans l'obscurité de la gaine, aussitôt invisible.
Mercer resta immobile, haletant, l'épaule en feu. Son sang maculait sa chemise – pas trop profondément, mais assez pour le savoir blessé.
Il sortit du boyau dans le compartiment du docteur, referma le panneau derrière lui. Dans sa poche, le passeport lui brûlait la cuisse. Elle n'était pas morte – il le savait d'une certitude instinctive, comme savent ces choses-là ceux qui ont passé trop de temps à chercher des gens qu'on ne trouve que trop tard. Isabelle Vernet était vivante, séquestrée quelque part dans ce train, et l'homme à la lame n'était que le chien de garde.
Mercer recula d'un pas dans le couloir sombre. Les portes étaient toujours verrouillées, le train filait toujours vers la France dans le noir du tunnel. Il pressa le passeport contre sa poitrine et se demanda – une seule fois – si Camille avait trouvé le même genre de spectacle de son côté.