L'Épouse de l'Atlantique
Lire le chapitre 19: The Necklace's Secret
La vitrine du bijoutier lançait des éclats de lumière blanche dans la pénombre de la petite échoppe. Eleanor tenait le collier d’émeraudes entre ses doigts, le présentant au vieil homme au nez chaussé de lunettes cerclées d’or. Margaret et James attendaient près de la porte, l’air tendu, surveillant la rue étroite derrière les volets à moitié clos.
« Vous dites qu’il est de la maison Whitmore ? demanda le bijoutier, la voix rauque, en faisant tourner le fermoir entre ses pouces.
— Il appartenait à ma mère, répondit Eleanor. Il me vient de mon père.
— Il est de la maison Whitmore, oui. Mais regardez, mademoiselle. »
Il posa le collier sur un coussin de velours noir et sortit une loupe de sa poche. Eleanor s’approcha, un frisson lui parcourant l’épine dorsale.
« Ce fermoir n’est pas d’origine. Il a été refait, il y a six ans environ. Le métal est plus récent que les pierres. Et à l’intérieur… »
Il lui tendit la loupe. Eleanor se pencha. Gravée dans le métal, une suite de chiffres minuscules, presque invisibles à l’œil nu : *14-3-29-7*.
« Ce n’est pas un hasard, continua le bijoutier. C’est un code. J’ai vu ce genre de chose chez les banquiers, chez les gens qui cachent ce qu’ils ne veulent pas mettre dans les livres. »
Eleanor releva la tête. Le visage de James, dans l’ombre, était impassible, mais ses yeux cherchaient les siens.
« Six ans, répéta-t-elle à voix basse. C’est l’année où mon père m’a dit que la fortune de la famille était ruinée. »
Margaret s’avança, le pas feutré, et jeta un coup d’œil au code avant de reculer aussitôt.
« Les chiffres correspondent à quelque chose, dit James. Des coordonnées ? Une date ?
— Une référence de coffre, peut-être, dit Eleanor. Mon père n’a jamais rien fait au hasard. »
Le bijoutier ferma sa loupe d’un geste sec. « Ce collier n’a jamais été porté, mademoiselle. Il était trop lourd pour la femme qui l’a commandé. On ne crée pas un bijou de cette valeur seulement pour le garder dans un écrin. C’est une clé. »
Une clé. Eleanor sentit le poids du métal dans sa paume. Elle avait porté ces émeraudes à son cou pendant des années sans jamais comprendre ce qu’elles contenaient réellement. Et son père, ce père qui lui avait écrit un télégramme plein de mensonges, savait. Il savait depuis le début.
« Il faut partir, dit Margaret d’une voix pressée. On nous cherche déjà. »
James jeta une pièce d’or sur le comptoir et prit Eleanor par le coude. « Montons. On parle dans la voiture. »
Ils remontèrent dans le fiacre qui les attendait, les rideaux tirés, le cheval nerveux. Eleanor serrait le collier contre sa poitrine. Le code brûlait à travers le tissu de sa robe.
« 14-3-29-7 », dit-elle à voix haute. « Si chaque chiffre correspond à une lettre du mot… quatorze, trois, vingt-neuf, sept. »
James sortit un carnet de sa poche intérieure. « La banque de la rue de la Paix. On nous a dit que les documents d’Ashworth y étaient cachés. Ce pourrait être une coïncidence, mais… »
Eleanor secoua la tête. « Mon père ne croit pas aux coïncidences. Il m’a envoyé ce collier le jour de mes dix-huit ans, avec une lettre disant : "Ceci te protégera quand je ne pourrai plus." Je croyais qu’il parlait de ma mère. »
Margaret se tourna vers elle, le visage soudain très pâle. « Votre père savait que vous alliez épouser Ashworth ? »
Eleanor hésita. « Il a signé le contrat. Mais s’il a caché une fortune en France… »
Elle s’arrêta, la pensée lui venant d’un seul bloc, nette comme un coup de couteau. « Il ne m’a pas ruinée. Il a prétendu l’être pour que je n’aie rien à offrir à Ashworth. Il a prouvé que j’étais une dette, pas un trésor. »
James referma son carnet, le regard dur. « Il vous a laissée croire que vous étiez sans valeur pour vous protéger de ceux qui cherchaient à vous épouser pour votre argent. Mais Ashworth a trouvé le moyen de vous obtenir quand même. Par le chantage. »
Des larmes montèrent aux yeux d’Eleanor, qu’elle ravala aussitôt. Elle n’avait pas le temps pour cela. Pas maintenant.
« Retournons à ce coffre, dit-elle. S’il contient l’argent que mon père a caché, je peux m’en servir. Je peux payer les dettes d’Isabelle, libérer Margaret de Thistlewood, déjouer le plan d’Ashworth. Tout est là. »
Margaret saisit sa main, la pressant fort entre les siennes.
« Et s’il ne contient pas d’argent ? demanda-t-elle doucement. Et si ce coffre ne contient que d’autres mensonges ? »
Eleanor regarda par le rideau du fiacre. Les rues de Londres défilaient, grises et mouillées, chacune cachée derrière la suivante. Elle pensa à son père, assis dans son bureau à New York, écrivant ce télégramme mensonger. Puis elle pensa à Ashworth, publiant leur engagement dans le journal du matin, croyant tenir une prisonnière dorée.
« Alors je trouverai autre chose », dit-elle, la voix ferme. « Mais je ne les laisserai pas décider à ma place. Plus jamais. »
Le collier pesait toujours dans sa main. Sous ses doigts, le code se gravait en mémoire : *14-3-29-7*. Une porte. Une issue. Peut-être la seule.
Le fiacre tourna dans une rue plus étroite, et quelque part derrière eux, Eleanor crut entendre le bruit d’un autre attelage, qui suivait à distance.
Elle ne se retourna pas.
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