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L’ERREUR ENTRE NOUS

Lire le chapitre 7: Mauvaises données

Le samedi suivant, ils décidèrent de faire tout ce qu’aucun d’eux n’aurait normalement choisi.

Theo proposa un salon de bien-être technologique à Canary Wharf.

Eleanor proposa de tirer à pile ou face chaque décision de la journée.

« Ce n’est pas de la mauvaise donnée, dit Theo. C’est une expérience absurde méthodologiquement propre.

— Merci.

— Ce n’était pas un compliment. »

Ils entrèrent dans un hall immense où des entreprises promettaient sommeil adaptatif, nutrition émotionnelle, synchronisation hormonale et scent matching.

Theo s’arrêta devant un stand.

« Non.

— Vous ne savez même pas ce que c’est.

— Ça va nous dire que mon odeur signale un attachement évitant et du bois de cèdre.

— Vous êtes très spécifique.

— J’ai peur. »

Ils continuèrent.

Un lancer de pièce les envoya sur la Jubilee line.

Un autre les fit descendre à Westminster.

Le troisième les poussa vers Lambeth.

À quatorze heures, ils se retrouvèrent dans un atelier de céramique sous une arche ferroviaire.

« Cette règle, vous l’aviez planifiée, dit Theo.

— J’ai planifié le cadre.

— Donc vous avez planifié.

— Je n’ai jamais prétendu être spirituellement cohérente. »

Le professeur leur donna de l’argile.

Le premier bol de Theo s’effondra.

Le premier d’Eleanor implosa presque avec dignité.

Theo le contempla.

« Minimaliste.

— Il est inutilisable.

— Tout n’a pas besoin d’être utile.

— C’est ce que disent les gens qui ratent des bols. »

Au troisième essai, la forme d’Eleanor resta debout.

Elle sourit avec une satisfaction disproportionnée.

« Regardez.

— Impressionnant.

— Vous vous moquez.

— Pas du tout. »

Il se pencha.

Leurs épaules se touchèrent.

Rien.

Un contact banal.

Son corps, lui, le classa immédiatement comme événement.

Eleanor se décala légèrement.

Theo le vit.

« Pour quelqu’un qui enquête sur une attraction potentiellement fabriquée par un algorithme, vous êtes très mauvaise pour agir naturellement.

— J’agis naturellement.

— C’est inquiétant. »

Elle essuya ses doigts.

« Vous êtes attiré par moi ? »

Theo faillit lâcher sa tasse.

« C’est votre version de naturel ?

— Je préfère les réponses claires.

— Oui. »

Eleanor sentit son rythme cardiaque accélérer.

« D’accord.

— D’accord ?

— Oui.

— Vous comptez répondre à votre propre question ?

— Pas encore.

— Très équilibré.

— Je collecte des données.

— Évidemment. »

Il sourit.

« Vous avez de l’argile sur le nez.

— Où ?

— À gauche.

— Ici ?

— L’autre gauche. »

Il leva la main puis s’arrêta avant de la toucher.

Ce bref arrêt la surprit plus que le geste.

Elle hocha la tête.

Il effaça l’argile du bout du pouce.

Le bruit des trains, des roues, des conversations sembla soudain plus loin.

Theo recula.

« Donnée collectée ?

— Oui.

— Conclusion ?

— Échantillon insuffisant.

— Vous êtes consternante. »

Ils sortirent avec deux bols laids et une tasse pire encore.

Le soir, Eleanor posa son bol sur une étagère.

À vingt-deux heures treize, une tablette hors ligne s’alluma.

RZ ESTIMÉ : 99,93 %.

Aucune connexion. Aucune synchronisation récente.

Eleanor resta immobile.

Puis elle comprit.

Le modèle n’avait plus besoin de les observer.

Il avait déjà appris suffisamment pour prédire la façon dont ils tenteraient de lui échapper.