Les Dernières Vingt-Quatre Heures
Lire le chapitre 20: The Quarantine
Margaret haletait, la tête renversée contre le mur de la soute, ses doigts crispés sur le poignet d'Evelyn. Sa peau était brûlante, moite, et ses yeux roulaient sous ses paupières mi-closes comme ceux d'une poupée cassée.
« Elle brûle, dit Julian en posant le dos de sa main contre son front. Trop chaude. Elle était fiévreuse avant, mais ça, c'est autre chose. »
Evelyn défit le col de chemisier de Margaret. Une ligne rouge remontait de son flanc droit, fine comme un fil de soie, mais enflammée. « Appendicite », murmura-t-elle. Elle l'avait vu chez une amie de sa mère, à Newport, le même rougeoiement sournois.
« Il faut la porter à l'infirmerie. »
Julian souleva Margaret dans ses bras comme si elle pesait une plume. La vieille femme gémit, un son mouillé, puis sa tête retomba contre son épaule. Evelyn ouvrit la marche, le cœur battant, les couloirs du troisième pont défilant dans un flou d'acajou et de cuivre. Un steward les croisa, s'écarta sans poser de question. Ils devaient avoir l'air de fuir un incendie.
La porte de l'infirmerie claqua contre le mur. Le docteur O'Loughlin, un homme au visage rougeaud et aux mains épaisses, leva les yeux de son pupitre. Il n'eut pas besoin d'un long discours. Il fit allonger Margaret sur le lit étroit, palpa son abdomen, grimaça.
« Appendicite aiguë. Elle a besoin d'une opération immédiate. »
Evelyn sentit une pointe de soulagement. « Alors faites-la. »
O'Loughlin secoua la tête. « Mademoiselle, la salle d'opération du *Titanic* est équipée pour les fractures et les extractions dentaires. Je n'ai ni le matériel, ni l'anesthésiste compétent, ni l'asepsie requise pour une laparotomie. Et nous sommes au milieu de l'Atlantique. Il n'y a pas d'hôpital à un jour de mer. »
« Vous pouvez la sauver ici », insista Evelyn. Ce n'était pas une question.
« Dans un hôpital de terre, peut-être. Ici, même si je l'ouvrais, son infection a déjà trop progressé. Le péritoine est touché. Je peux lui donner du laudanum, la garder aussi confortable que possible. » Il s'essuya les mains avec un linge déjà taché. « Si l'infection se généralise, elle mourra avant le matin. »
Julian, adossé au mur derrière eux, était devenu blanc. Le docteur tendit un flacon brun à Evelyn. « Deux gouttes dans de l'eau, toutes les deux heures, pour la douleur. »
Ils sortirent, laissant Margaret dans un sommeil agité. Evelyn tenait le flacon comme s'il s'agissait d'une grenade. Le corridor était plus sombre, les lampes à gaz baissées pour respecter le repos des malades, mais elle vit Julian qui parlait à voix basse avec une infirmière près de la porte.
L'infirmière, une femme d'âge mûr aux cheveux gris tirés en chignon, tenait un paquet enveloppé dans du papier kraft, ficelé de ficelle beige. Elle le tendit à Evelyn. « Pour la dame que vous avez amenée. Elle l'a demandé hier soir, avant de descendre. On a trouvé ce paquet dans sa couchette, avec son nom écrit dessus. Je me suis permis de le garder au chaud. »
Evelyn remercia d'un sourire machinal et prit le paquet. Aussitôt, la douleur la frappa.
Une brûlure, vive, dans la paume de sa main droite. Elle lâcha le paquet, qui tomba au sol avec un bruit mat, mou. Sa main était intacte, aucune rougeur, aucune cloque — mais la sensation de feu grimpa le long de son bras, jusque dans sa poitrine.
« Evelyn ? » Julian se pencha pour ramasser le paquet.
« Non ! »
Il s'arrêta, la main en suspens. « Qu'est-ce qui se passe ? »
Elle respira profondément. La brûlure s'atténua une fois le paquet à distance. « Le paquet. C'est pour Margaret. Et il est froid, complètement froid. Comme si on l'avait laissé en chambre froide. Mais je l'ai touché et… » Elle chercha ses mots. « Il m'a brûlée. Pas physiquement. Quelque chose dedans est mauvais. »
Julian la fixa un long moment, puis, précautionneusement, souleva un coin du papier avec l'ongle. À l'intérieur, une boule de liège grossier, compressé. Un gilet de sauvetage.
Evelyn s'accroupit, l'étudia. Il semblait identique à ceux du pont — kapok, toile cirée, sangles de coton — mais elle en avait touché des centaines à présent, à chaque boucle, à force de vivre la même journée en boucle. Ce n'était pas un gilet ordinaire.
« Regarde. » Elle pointa les sangles. Elles étaient neuves, d'un blanc qui jurait avec la toile jaunie du corps du gilet. Et au creux de l'une d'elles, on pouvait voir des points de couture irréguliers, comme si quelqu'un l'avait cousue deux fois. Elle défit la sangle. Une poche intérieure, fermée par une simple pression. Elle l'ouvrit.
Un sachet de papier, que Julian déplia. Il contenait une fine poudre grise, semblable à de la cendre.
« Du plâtre ? » demanda-t-il.
Evelyn secoua la tête. Le sachet portait une petite étiquette imprimée à l'encre noire : *Chaux vive.*
Le cœur d'Evelyn se serra. « Si Margaret avait mis ce gilet et touché de l'eau, la chaux réagirait avec l'eau. » Elle leva les yeux vers Julian. « Elle s'enflammerait. Quelqu'un lui a offert un gilet de sauvetage qui brûle au contact de l'eau. Pour qu'en cas de naufrage… »
« … elle ne se noie pas », termina Julian. « Elle flambe. »
Le silence tomba entre eux, lourd comme la mer au-delà des hublots.
« Qui savait qu'elle était sur ce navire sous cette identité ? » demanda Julian, d'une voix qui cherchait à garder son calme.
« Toi. Moi. Ashworth. » Evelyn compta sur ses doigts. « Et Fleet. La liste. »
« Ta grand-mère a dit qu'elle avait été engagée par "Mr. Cross". Mon nom d'emprunt. Quelqu'un qui savait qui j'étais vraiment avait intérêt à ce qu'elle aille chercher cette liste. »
Evelyn se leva, le gilet pendant au bout de ses doigts comme un serpent mort. « Et quelqu'un qui sait qu'elle est ta grand-mère biologique — d'ailleurs, Margaret a dit qu'elle était la mienne — voudrait la voir morte avant qu'elle ne révèle tout ce qu'elle sait. »
Le visage de Julian était fermé, indéchiffrable. « Tu penses que c'est mon père. »
« Je pense que quelqu'un essaie de tuer des personnes qui figurent sur cette liste. Ma grand-mère était en première position. Toi, peut-être. Moi, en bas. » Elle sortit la liste de sa poche, la déplia contre sa poitrine. « Mon nom est barré. Quelqu'un a décidé que je devais survivre. Mais je ne veux pas survivre seule, Julian. Je ne veux pas survivre en laissant Margaret mourir d'une appendicite que personne ne peut opérer, ou brûlée par un cadeau empoisonné. »
« Alors quoi ? » demanda-t-il. « Qu'est-ce qu'on fait ? »
Evelyn replia la liste, la glissa dans son corsage. « On va trouver James Fleet. Et on va le confronter, non pas avec nos peurs, mais avec ceci. » Elle leva le gilet. « C'est la preuve qu'il ne veut pas sauver des vies. Il veut contrôler qui vit, et qui meurt. »
Julian prit une longue inspiration. « Et ma dette envers Ashworth ? »
« Ashworth peut attendre. Il tremble comme une feuille, il ne représentera de danger pour personne avant midi. » Evelyn prit le bras de Julian, le sentit tressaillir sous sa paume. « Allons-y. Le clocher du navire n'est pas loin. Si Fleet veut sonner l'alarme, c'est là qu'il le fera. »
Ils laissèrent Margaret entre les mains de l'infirmière, qui promit de surveiller son état de près. Mais au moment où Evelyn franchit la porte de l'infirmerie, elle jeta un œil en arrière. Le corps de Margaret était presque invisible sous le drap, et une pensée étrange lui traversa l'esprit : à cette heure du boucle précédente, la vieille femme était encore debout, parlant, vibrant. Maintenant, elle ne rêvait plus. La boucle se rétrécissait. Les personnages se terraient. Et quelqu'un, dans l'ombre, savait exactement quand frapper.
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