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Les Fantômes du Santa Catalina

Lire le chapitre 2: The Map in the Bottle

La bière tiède avait un goût de rouille et de regret. Mack fixait le fond de son verre comme s'il pouvait y lire l'avenir, mais tout ce qu'il voyait, c'était le visage d'Eduardo Reyes et son sourire de requin. Trent jours. Trent jours pour trouver une fortune ou dire adieu au *Sea Serpent*, à sa licence, à tout ce qui lui restait.

Rosa était assise en face de lui, ses doigts tambourinant un rythme nerveux sur la table collante. Pete, plus loin au comptoir, racontait une histoire de poisson pour la troisième fois à une barmaid qui feignait poliment l'intérêt.

« On pourrait vendre le moteur de secours, dit Rosa sans lever les yeux.

— Ça nous donnerait quoi ? Deux mille, trois mille maximum. Reyes veut quatre-vingt mille. »

Elle soupira. « On pourrait pêcher.

— On est des plongeurs, pas des pêcheurs. Et les vivaneaux ne paient pas les dettes. »

La porte du bar s'ouvrit dans un grincement de métal fatigué, et une bourrasque d'air salé traversa la pièce. Mack ne leva pas les yeux. Les allées et venues des ivrognes locaux ne l'intéressaient plus. Mais quand une ombre s'arrêta devant leur table, il leva enfin la tête.

Une vieille femme se tenait là. Pas vieille comme fragile, mais vieille comme nouée, comme un cordage qui a tenu des décennies de tempêtes. Sa peau parcheminée était sillonnée de rides profondes, et ses yeux, d'un bleu si pâle qu'ils en semblaient lavés par le sel, le fixaient avec une intensité dérangeante. Elle tenait contre sa poitrine une bouteille verte, scellée de cire noire.

« Marcus Donovan », dit-elle.

Sa voix était un frottement de gravier. Mack échangea un regard avec Rosa.

« Connais pas, dit-il.

— Tu mens mal. Le mensonge, ça se voit dans les épaules. Les tiennes viennent de se raidir. »

Rosa posa sa main sur son avant-bras. « On ne veut pas de problème.

— Je ne suis pas un problème. Je suis une réponse. »

La femme posa la bouteille sur la table. À l'intérieur, un parchemin roulé, jauni par les années, dansait doucement contre le verre. Mack la regarda, puis regarda la bouteille, puis regarda la femme.

« Qu'est-ce que c'est ?

— Une carte. La route de la *Santa Catalina*. »

Le nom frappa Mack comme une décharge électrique. Le *Santa Catalina*. Le navire de Blackwood, disparu en 1727 avec sa cargaison d'or volé à la flotte espagnole. Jack en parlait comme d'une légende, d'un rêve impossible. « Il y a eu des centaines de chasseurs de trésors après ce bateau, dit Mack. Des expéditions financées par des milliardaires. Ils ont tous échoué.

— Parce qu'ils cherchaient avec leurs machines et leur arrogance. Pas avec leur sang. »

Le sang. Le mot resta suspendu dans l'air comme une odeur de soufre. Mack sentit un frisson lui parcourir l'échine, mais il ne pouvait pas détacher son regard de la bouteille.

« D'où vous tenez ça ? demanda Rosa, la voix tendue.

— D'où on tient toutes les choses importantes. D'un mort. »

La femme se pencha et Mack sentit une odeur d'iode et de vieux bois. « Blackwood n'a pas coulé, Marcus Donovan. Il a été maudit. Et sa malédiction cherche un nouveau port. »

Elle tourna les talons et se dirigea vers la porte. Mack se leva brusquement, sa chaise raclant le sol. « Attendez ! Qui vous a envoyée ? »

La femme s'arrêta, la main sur la poignée. Elle ne se retourna pas. « Un homme qui t'a déjà sauvé une fois. Et qui espère que tu seras plus malin que lui. »

Elle sortit. Mack courut vers la porte et l'ouvrit d'un coup. Le quai était vide. Le vent était tombé, et un silence inhabituel pesait sur le port. Comme si le monde entier retenait son souffle.

« Putain », souffla-t-il.

Rosa le rejoignit, la bouteille dans les mains. « Elle a dit qu'un homme t'avait sauvé une fois. Qui ?

— Jack. Ça ne peut être que Jack. »

Rosa serra la bouteille plus fort. « Jack a disparu il y a huit mois, Mack. On a dragué la zone pendant trois semaines. On n'a rien trouvé. Rien. »

« Justement. » Mack tendit la main. « Donne-moi ça. »

Rosa hésita. Quelque chose dans ses yeux disait qu'elle voulait jeter la bouteille dans la mer. Mais elle la lui tendit quand même. Mack l'examina sous la lumière jaune du lampadaire. Le verre était ancien, soufflé à la main, avec des bulles prisonnières dans l'épaisseur. La cire du sceau portait une empreinte : une tête de mort dont un œil était barré d'une lame.

« Je connais ce symbole, murmura-t-il. L'étendard de Blackwood. Les archives navales de Kingston en ont des gravures. »

Il cassa le sceau d'un coup sec sur le rebord du comptoir extérieur. Le verre céda avec un bruit clair, et il sortit le parchemin. Il était doux, presque soyeux sous ses doigts calleux, et couvert d'une encre brune qui avait pâli avec les siècles. Des lignes de côte, des profondeurs marquées en vieux espagnol, des croix rouges à intervalles irréguliers.

Et au centre, une inscription en latin, calligraphiée d'une main précise :

*Non aurum sed animae. Celui qui prend l'or prend les morts.*

« Qu'est-ce que ça dit ? demanda Pete, qui les avait rejoints.

— Que l'or a un prix », répondit Mack.

Rosa s'approcha, lisant la carte par-dessus son épaule. « C'est une carte des îles Caïques. Je connais ces fonds. Il y a des fosses sous-marines là-bas qui n'ont jamais été cartographiées correctement. Personne ne plonge là. »

« C'est peut-être pour ça que personne n'a rien trouvé. »

Elle le dévisagea. « Mack. Réfléchis. Cette vieille femme sort de nulle part, elle te donne une carte vieille de trois siècles, et par coïncidence tu as une dette de quatre-vingt mille dollars à payer dans trente jours. C'est trop beau. C'est un piège ou c'est un miracle, et je ne crois pas aux miracles. »

« Je ne crois pas non plus. » Mack roula le parchemin avec précaution et le glissa dans la poche intérieure de sa veste. « Mais je crois que Jack a essayé de trouver ce bateau. Et je crois que cette carte est arrivée jusqu'à moi pour une raison. »

« Et si la raison, c'est que quelqu'un veut que tu ailles au fond d'une fosse avec une ceinture de plomb ? »

Pete siffla doucement. « Elle a un point, chef.

— Elle a toujours un point. Mais elle n'a pas les huissiers de Reyes sur le dos. » Mack regarda le port, le *Sea Serpent* qui tanguait doucement à son amarrage, ses lumières de pont vacillant dans la brume. Il avait passé huit ans à construire cette vie. Huit ans à creuser la mer pour en extraire de quoi survivre, pas pour en tirer une fortune.

Mais maintenant, cette fortune était peut-être là-bas, au fond d'une fosse, à l'attendre.

« On part demain à l'aube, dit-il.

— Mack, je te jure que je vais te tuer moi-même si tu fais ça, dit Rosa.

— Tu me tueras seulement si je me trompe. Et si j'ai raison, on sera assez riches pour boire du rhum sur une plage privée. »

Rosa secoua la tête, mais elle ne dit rien de plus. Elle savait que rien de ce qu'elle pourrait dire ne le ferait changer d'avis. C'était ce qui la terrifiait depuis le début, peut-être. Mack ne s'arrêtait jamais, même quand il aurait dû. Surtout quand il aurait dû.

Une heure plus tard, sur le pont du *Sea Serpent*, Mack déplia la carte sous la lampe de la cabine. Il traça du doigt la route dessinée à l'encre rouge, ses méandres serpentant entre les récifs des Caïques, jusqu'à une croix noire marquée d'un crâne minuscule. Il sentit un mélange d'excitation et de peur, cette vieille alchimie qu'il connaissait depuis la Navy.

Le vent se leva soudain, et le bateau tangua. Sur les haut-parleurs du pont, une rafale de parasites dansa dans la nuit. Mack tendit l'oreille.

Il aurait juré avoir entendu une voix. Pas une voix humaine. Un chuchotement de sel et de bois pourri.

*Reviens.*

Il secoua la tête et éteignit la radio. Fatigue. C'était juste la fatigue.

Mais dans le reflet de la vitre de la cabine, derrière son propre visage épuisé, il vit une silhouette. Un homme en tricorne, debout sur le pont, dont les yeux étaient deux braises mourantes.

Quand il se retourna, il n'y avait rien.

Il resta immobile un long moment, le cœur battant. Puis il releva le col de sa veste et monta sur le pont, vérifiant que la mer était vide. Elle l'était. Vide et noire, comme une page qu'on n'a pas encore écrite.

Il repensa à l'inscription latine. *Celui qui prend l'or prend les morts.*

« Qu'est-ce que j'ai fait », murmura-t-il au vent.

Le vent ne répondit pas. Mais sous la ligne de flottaison, quelque part dans les profondeurs du *Sea Serpent*, une corde qu'il n'avait pas attachée se mit à vibrer, comme si un doigt invisible la pinçait.

Mack rentra dans la cabine et prit la carte. Il regarda la croix noire des Caïques. Il ne savait pas encore que cette croix n'était pas une destination.

C'était une tombe.