Les Fantômes du Santa Catalina
Lire le chapitre 30: The True Treasure
Le tangage du *Sea Serpent* était presque imperceptible maintenant, la houle apaisée comme si la mer elle-même retenait son souffle. Mack s'accouda à la rambarde, les trois pièces d'or lourdes dans sa poche, leur froid contre sa cuisse.
« Tu es sûr de ça ? »
Abigail se tenait derrière lui, la carte dépliée entre ses mains, les lignes de l'île encore humides d'encre. Elle avait passé la nuit à la recopier, à vérifier chaque mesure, chaque repère.
« Je suis sûr que je ne veux pas la chercher », répondit Mack sans se retourner. « Pas après tout ça. »
Rosa monta du carré, une tasse de café fumant entre les doigts. Elle regarda la carte, puis Mack, puis la mer.
« C'est une fortune, patron. Même si tu es en cavale, même si tu te rends, tu pourrais payer des avocats, ta dette... »
Mack se retourna enfin. Ses yeux étaient cernés, mais il y avait quelque chose de neuf dans sa posture, une verticalité qu'on ne lui connaissait pas.
« C'est l'argent de l'Amiral Reyes. Ou de sa famille, plus exactement. Ce n'est pas à moi. »
« Il est mort », dit Abigail doucement. « Et cette carte, elle venait de... »
« D'un homme mort, lui aussi. Ça fait beaucoup de morts autour de ces trésors. » Mack prit la carte des mains d'Abigail, la plia soigneusement, la tendit à Rosa. « Tu sais où est sa famille. Les Reyes, à Nassau. Rends-leur la carte. Dis-leur que le *Santa Catalina* est cartographié, que je lègue mes relevés au musée maritime. Qu'ils en fassent ce qu'ils veulent. »
Rosa ouvrit la bouche, la referma. Elle prit la carte.
« Et les pièces ? » demanda Abigail.
Mack sortit les trois pièces de sa poche. Elles luisaient bizarrement à la lumière du matin, comme si elles absorbaient le soleil au lieu de le refléter.
« Elles restent avec moi. Jusqu'au casque, jusqu'à la cale. »
Un bruit sourd monta de l'intérieur du navire. Pete remonta l'échelle de la cale, les mains noires de graisse.
« J'ai pas trouvé le casque, patron. On a pourtant tout retourné. »
Abigail fronça les sourcils. « Il est forcément là. Le premier officier l'a dit à Jake, il a dit qu'il était sur le Sea Serpent... »
Elle s'interrompit. Mack avait posé les pièces sur le bastingage, le temps de se frotter les yeux. Trois pièces d'or, sans protection, à portée de main.
— trois pièces d'or, seules, sur le plat-bord.
Un rire rauque s'éleva du côté bâbord.
« Eh ben, donovan. T'as vraiment perdu la main. »
Mack se retourna d'un bloc. Un homme se tenait à l'ombre du treuil de levage, les mains dans les poches de son caban. Il était petit, râblé, une balafre qui lui fendait la lèvre. Mack mit une seconde à le reconnaître.
« Tolbert. »
« Le regretté partenaire de Cruz, oui. » Tolbert sourit, découvrant des dents jaunes. « Je t'ai suivi depuis Curaçao, espèce de crétin. Tout le monde cherchait le trésor de Blackwood, et toi, tu l'as trouvé. Puis tu t'en es débarrassé. T'as fait parler les fantômes, t'as purgé la malédiction... et tu gardes les pièces. Les trois dernières. »
Sa main jaillit avant que quiconque puisse bouger. Il attrapa les pièces, sauta par-dessus le bastingage et atterrit sur le ponton du quai avec une souplesse de matou.
« Tolbert ! » hurla Mack. « Ces pièces sont maudites ! Tu vas— »
« Je vais les vendre à des collectionneurs qui ne posent pas de questions ! » Tolbert courut déjà vers la plage. « Merci pour l'effort, donovan. Dis à Rosa qu'elle a un bel avenir dans la ferraille ! »
Pete fit un pas pour le poursuivre, mais Mack le retint.
« Laisse. »
« Quoi ?! » Pete se dégagea. « Il vient de voler... »
« Il vient de se voler lui-même », coupa Mack. Il regarda Tolbert disparaître entre les palmiers, sa silhouette rapetissant vers l'intérieur de l'île. « Tu as vu ce qui arrive à ceux qui prennent ces pièces, Pete. Blackwood. L'équipage. Moi. »
« Mais la malédiction ? » demanda Abigail. « Tu n'as pas besoin des pièces pour le rituel ? »
Mack prit une longue inspiration. Il regarda le point où Tolbert avait disparu, puis son navire, puis les trois visages tournés vers lui.
« Peut-être. Mais je ne vais pas courir après un imbécile pour le sauver de lui-même. S'il veut s'enterrer, c'est son choix. »
Il se tourna vers Rosa.
« On fait route vers Nassau. Je te rédige un acte de cession pour le Sea Serpent. »
« Quoi ? » Rosa posa sa tasse, la carte toujours dans les mains. « Patron, tu ne peux pas... »
« Je me rends, Rosa. J'ai dit que je le ferais, et je le fais. Le navire, les relevés, l'entreprise : c'est à toi. Tu es la meilleure capitaine que j'aie jamais eue. »
Elle resta interdite. Mack descendit dans sa cabine sans un mot de plus, ouvrit le coffre, sortit le vieux carnet de plongée. Il l'ouvrit à la première page, où la date de son enrôlement était inscrite. En dessous, il écrivit : *« J'ai falsifié des rapports de plongée sur l'épave du San Marco. Je certifie que ces informations sont exactes et volontaires. »*
Il signa. La pointe du stylo déchira presque le papier, tant sa main tremblait.
Derrière lui, la porte grinça. Abigail entra, referma doucement.
« Tu vas vraiment le faire ? »
« Je n'ai plus rien à cacher, Abigail. » Il referma le carnet. « Et j'ai l'impression que c'est la première fois de ma vie que je sais exactement ce que je devrais faire. »
Elle le regarda un long moment. Puis, sans un mot, elle s'assit à sa table, prit la plume, et commença à rédiger l'acte de cession.
Au loin, à travers le hublot, un vol d'oiseaux passa au-dessus de l'île. Vers l'intérieur des terres. Là où Tolbert venait de disparaître.
Mack ne le savait pas encore, mais trois pièces d'or venaient de trouver leur nouveau maître.
Et la mer n'avait pas fini de rendre ses comptes.
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