Lumen Reads

Les Fantômes du Santa Catalina

Lire le chapitre 4: The Devil's Trench

Le crépuscule enveloppait la mer d'une patine de cuivre quand le *Sea Serpent* coupa ses moteurs. Mack coupa le contact, et le silence s'abattit soudain sur le pont, seulement troué par le clapotis léger de la houle contre la coque.

Abigail s'avança, les yeux rivés sur l'écran du sonar. « Vingt-trois mètres. Le plancher est régulier. »

« Trop régulier », murmura Mack en ajustant sa ceinture de plombs. « Un récif naturel, c'est chaotique. Ça, c'est du remblai de merde. On est sur une épave. »

Il avait à peine fini sa phrase qu'un moteur diesel gronda au loin. Tous se tournèrent vers l'horizon, où la silhouette sombre d'un chalutier de cinquante pieds approchait, sa proue fendant les vagues en lame de couteau. Sur son gaillard d'avant, trois hommes se tenaient immobiles comme des figures de proue. Le seul à bouger, un homme au teint basané coiffé d'un panama blanc, leva une main en signe de reconnaissance.

« Merde », souffla Pete.

Mack ne dit rien. Il connaissait cet homme. Tout le monde dans le milieu connaissait Vincente Cruz.

Le chalutier accosta le long du *Sea Serpent*, ses défenses en pneus rebondissant contre la coque. Cruz sauta sur le pont avec une facilité presque animale, s'époussetant le costume comme s'il sortait d'une réunion d'affaires. Son sourire découvrit deux rangées de dents éclatantes.

« Commandant Donovan. Quel plaisir de vous voir par ici. » La voix était douce, presque onctueuse, avec l'accent traînant de Cartagena. « Vous vous êtes égaré, non ? La passe de navigation est à quinze milles au nord. »

Mack ne bougea pas. « Je sais où je suis. »

« Ah. » Cruz inclina la tête, comme un serpent qui évalue sa proie. « Alors vous êtes venu pour la même raison que moi. La vieille coque qu'on a repérée au sonar cet hiver. » Il sortit un document plastifié de sa poche intérieure et le déplia. « J'ai le permis du gouvernement des Îles Turques-et-Caïques. Étude archéologique préliminaire. Signé il y a deux semaines. »

Abigail fit un pas en avant, les sourcils froncés. « Un permis d'étude ne vous donne pas de droit d'exploitation. »

« Et alors ? » Cruz haussa les épaules avec une élégance cruelle. « Le permis de Donovan ne lui donne pas de droits non plus. Nous sommes des chercheurs, nous. Le premier qui trouve une épave archéologiquement significative obtient la sauvegarde. » Il plongea son regard dans celui de Mack. « Et la sauvegarde, c'est le droit de tout piller avant que le gouvernement ne saisisse. Vous connaissez les règles du jeu, commandant. »

Mack sortit son propre document de la poche intérieure de son gilet, mais ne le tendit pas. Il le tint à hauteur des yeux de Cruz. « Le mien est daté d'il y a six mois. Antériorité. La loi est de mon côté. »

Cruz plissa les yeux, scrutant le papier. Son sourire s'amincit, puis disparut. Il s'inclina légèrement, un geste qui ressemblait à une révérence forcée.

« Le destin est un circuit fermé, commandant. Nous nous reverrons. » Il fit volte-face et regagna son bateau. Le moteur du chalutier cracha une bouffée noire et l'engin s'éloigna dans le crépuscule.

Pete expira longuement. « J'ai cru qu'on allait se battre. »

« Pas encore », dit Mack, défaisant la fermeture de sa combinaison étanche. « Mais il reviendra. Il sait ce qu'on sait. » Il tourna le dos à l'horizon vide et jeta son masque. « Je plonge. Maintenant. Avant qu'il fasse noir. »

Rosa saisit son bras. « Tout seul ? Il n'y a pas un courant qui te permettra— »

Mack se dégagea doucement. « J'ai plongé seul bien plus profond que ça. Tu sais combien de temps il me reste, Rosa. Chaque heure compte. »

Elle recula, les lèvres serrées, mais ne dit rien.

Il bascula par-dessus le bastingage, et la mer s'ouvrit sous lui. Le froid le saisit, mais il l'ignora, laissant le poids de sa ceinture l'emporter vers les profondeurs. Le visage de son masque traversa des colonnes de lumière oblique, puis le monde devint vert, bleu, enfin noir teinté d'encre. À vingt-trois mètres, ses palmes touchèrent le fameux « plancher régulier » d'Abigail. Il alluma son projecteur.

La coque émergeait du sable à la manière d'un squelette de baleine, effondrée sur son flanc bâbord, ses membranes de cuivre rongées de vert-de-gris. Elle avait été belle, un plan de voilure noble taillé pour la course, mais les siècles l'avaient tordue en quelque chose de monstrueux. Et au milieu du bordage tribord, béait un trou net, circulaire, d'environ un mètre de diamètre.

Les trous de ce genre, Mack en avait vu des dizaines. La coque fuit par l'abordage, ou l'explosion, ou la mer qui la broie contre le récif. Mais il n'avait jamais vu un trou parfaitement rond, aux bords réguliers comme si celui qui l'avait percé disposait d'un foret de précision. Il éclaira l'intérieur.

Un alignement de coffres se dessinait dans la pénombre, des formes trapues soulignées par un reflet doré par son faisceau. Le cœur de Mack se serra. La caisse de chêne qui avait passé trois cents ans dans l'obscurité était intacte, son couvercle encore scellé de bitume. Il rampa à travers le trou, le battement de ses palmes remuant des sédiments qui tourbillonnaient comme des ombres folles.

Il sortit son pied-de-biche et fit levier sous le couvercle. Le bois gémit, puis céda avec un craquement sourd. La lumière de son casque révéla l'intérieur : des lingots, non pas empilés en bon ordre mais jetés en désordre négligent, et au sommet, une petite pelle qui contenait ce qu'il cherchait. Des doublons d'or, empilés comme des écailles. Il en prit un entre le pouce et l'index.

Le souffle froid lui caressa l'oreille.

Il tressaillit, et une bouffée d'air s'échappa de son détendeur en un panache de bulles. Mais quand il se retourna, mitraillant l'intérieur du coffre avec son projecteur, il n'y avait rien. Rien que les ombres mouvantes des sédiments et le battement régulier de son propre cœur.

Le poids du doublon dans sa paume lui semblait anormal. Il le glissa dans sa poche, remonta à travers le trou, et nagea vers la surface, frappant l'eau comme pour échapper à quelque chose qui le suivait. Il crut percevoir, à la lisière de son ouïe, un murmure indistinct, noyé sous le grésillement du régulateur.

Il émergea, haletant, ses mains agrippant l'échelle de descente. Rosa et Pete se penchèrent par-dessus le bastingage. « Alors ? » demanda Pete.

Mack restait là, flottant dans la houle, la lumière du couchant faisant rougeoyer l'eau autour de lui. Il finit par dire : « Je l'ai trouvée. L'épave est là. Et elle est chargée. »

Mais dans sa poche, le doublon semblait brûler, comme s'il portait en lui toute la chaleur du soleil disparu sous la mer. Et au creux de son oreille, le murmure qu'il avait entendu recommença, la même phrase sussurée sur un ton de glas.

*« Tu as pris ce qui n'était pas à toi. »*

Mack serra les mâchoires. Il ne dirait rien de ce qu'il avait entendu. Il ne dirait rien de ce que l'eau lui avait chuchoté. Il était parti pour la fortune, et cette fortune commençait à sentir le soufre.