Les Fantômes du Santa Catalina
Lire le chapitre 5: The Whispering Coin
La pièce pesait dans sa paume comme une promesse et une menace. Mack s'accroupit derrière le cabestan, hors de vue du cockpit, et la fit rouler entre ses doigts. L'or était chaud, anormalement chaud, comme s'il venait d'être retiré d'une forge. Sur une face, un crâne aux orbites profondes surmontait deux tibias croisés, finement ciselés. Sur l'autre, un « B » calligraphié s'entrelaçait avec une ancre, entouré de la même inscription latine que celle gravée sur la carte.
*« Qui aurum capit, mortuum capit. »*
Qui prend l'or, prend le mort.
Mack glissa la pièce dans la poche de son short. Elle brûlait contre sa cuisse. Il se releva, s'étira, fit semblant de vérifier l'amarrage d'un bout, puis rentra dans la cabine principale.
Le soleil déclinait sur l'horizon des Caicos, incendiant la mer en un miroir de cuivre liquide. Rosa était à la barre, son visage fermé tourné vers l'ouest. Pete bricolait quelque chose près de la rambarde — un cliquetis de métal contre métal rythmait ses gestes fatigués. Abigail était assise à la table de la cuisine, la carte déployée devant elle, une loupe dans une main et un crayon dans l'autre.
Mack passa devant elle sans un mot et s'effondra sur la couchette de sa cabine.
Il ne voulait pas dormir. Il voulait juste fermer les yeux une minute, reposer son corps encore vibrant de l'adrénaline de la plongée. La pièce dans sa poche semblait battre au rythme de son cœur.
Quand il ouvrit les yeux, il n'était plus sur le bateau.
Il se tenait sur un pont en bois, ruisselant d'embruns. Le ciel était noir, déchiré par des éclairs qui illuminaient des voiles en loques. Autour de lui, des hommes criaient — des cris d'hommes qui savaient qu'ils allaient mourir. La mer montait par-dessus la proue, des murs d'eau verte qui s'écrasaient sur le gaillard d'arrière.
Un homme se tenait à la barre, immobile au milieu du chaos.
Il était grand, vêtu d'un manteau de capitaine noir dégoulinant de pluie. Un tricorne était enfoncé sur son crâne, et sous le bord, ses yeux étaient deux braises blanches qui semblaient regarder à travers la tempête, droit à travers la mer, droit à travers le temps. Droit vers Mack.
L'homme sourit. Des dents noires.
« Tu l'as prise, dit-il. La première. Maintenant, viens chercher les autres. »
Un mât craqua quelque part au-dessus. Mack leva les yeux. Une voile immense se détacha et tomba vers lui, lente comme un linceul —
Mack se réveilla en sursaut.
Sa chemise était trempée de sueur. La couchette grinça sous son poids quand il s'assit. La cabine était plongée dans l'obscurité, à peine trouée par la lumière jaune qui filtrait sous la porte. Dehors, le moteur du Sea Serpent ronronnait à régime régulier.
Il sortit la pièce de sa poche.
Elle luisait. Une lueur pâle, spectralement bleutée, pulsait sous l'or comme une veine de phosphore. Mack la contempla, le cœur battant. Les gravures semblaient plus profondes qu'avant. Le crâne, avec ses orbites vides, semblait le regarder.
Il la remit dans sa poche et la pressa contre sa cuisse, comme pour la faire taire.
Le fracas d'un outil qui tombe sur le pont le fit sursauter.
— Nom de Dieu, Pete ! aboya-t-il en jaillissant de la cabine. Tu veux réveiller tout l'océan ?
Pete se figea, la clé à molette encore à la main, ramassée en plein geste. La quarantaine, des bras de marin marqués de cicatrices de travaux forcés sur d'autres ponts. Il cligna des yeux, blessé et confus.
— J'ai glissé, chef. C'est tout.
Mack inspira profondément. Il se força à sourire, mais ça devait ressembler à une grimace.
— Désolé. Je suis... nerveux. La journée a été longue. Retourne te coucher.
Pete hocha lentement la tête et disparut sous le pont, en traînant les pieds. Mack s'appuya contre la rambarde, les mains tremblantes. La mer était noire. La pièce brûlait dans sa poche.
— Tu dors mal, dit une voix derrière lui.
Rosa. Elle se tenait dans l'encadrement de la cabine, sa silhouette fine découpée par la lumière interne. Elle n'était pas montée avec un café. Elle était montée pour regarder.
— Mal de mer, mentit Mack.
— Tu n'as jamais eu le mal de mer depuis que je te connais.
Il ne répondit pas. Un silence s'étira entre eux, épais comme l'air d'avant la tempête.
— Quand j'étais petite, dit Rosa d'une voix douce, ma grand-mère me racontait l'histoire du Santa Catalina. Je t'ai dit que c'était un piège. Je l'ai dit avant qu'on parte, et je te le redis encore.
— Je sais.
— Non. Tu ne sais pas. Parce que si tu savais, tu aurais jeté cette pièce par-dessus bord à l'instant où tu l'as trouvée.
La phrase resta suspendue dans l'air entre eux. Mack ne la nia pas. Il ne pouvait pas.
Une lampe s'alluma dans la cuisine. Abigail apparut, en pyjama de flanelle, ses cheveux noirs en désordre. Elle tenait la carte d'une main, et dans l'autre une loupe dont le verre brillait d'intensité.
— Il faut que vous voyiez ça, dit-elle. Les trois.
Ils s'entassèrent autour de la petite table en Formica de la cuisine. La carte était déployée, éclairée par la lampe à huile vacillante. Abigail pointa un endroit au verso de la carte, là où le papier était plus épais, près du pli central.
— Il y a une écriture cachée, dit-elle. Invisible à l'œil nu. Je l'ai trouvée avec la loupe et une lampe UV. Quelqu'un a écrit ça avec un composé chimique qui ne réagit qu'à certaines longueurs d'onde.
— C'est quoi ? demanda Mack, penché au-dessus.
Abigail traduisit lentement :
— « Pour réclamer l'or, tu dois d'abord accomplir le dernier voyage du capitaine. »
Un silence.
— Le dernier voyage ? répéta Pete. Il est mort. Son dernier voyage, c'est d'aller au fond, non ? C'est fait. Il est au fond depuis deux cents ans.
Abigail secoua la tête.
— Dans le vocabulaire maritime du XVIIIe, « dernier voyage » avait un sens précis. Ça désignait le trajet funéraire — le passage vers l'après-vie. On mettait le défunt dans une barque avec ses affaires, et on le poussait vers l'horizon. La cérémonie du dernier voyage.
Rosa se croisa les bras.
— Donc pour prendre son or, il faut d'abord le conduire vers sa mort définitive. Le libérer.
— Ou l'y aider, dit Abigail d'une voix hésitante.
Mack regarda la carte. Puis la pièce dans sa poche brûla encore plus fort. Il sentit presque une pression contre sa cuisse, comme si la pièce le tirait vers une direction précise.
— Et ça dit quoi, des coordonnées ? demanda-t-il.
— Juste le texte. Pas de coordonnées. Mais il y a une autre chose.
Abigail retourna la carte. Sur le parchemin, à côté du tracé des îles, elle pointa un symbole que Mack n'avait pas remarqué avant. Un petit cercle, finement gravé, entourant une ancre brisée.
— Le port d'attache de la Santa Catalina n'était pas Nassau, comme tout le monde le croyait. C'était une île privée au sud de Cuba. Elle s'appelait Isla de los Santos Perdidos — l'Île des Saints Perdus. Aujourd'hui, elle est abandonnée, rayée des cartes modernes.
Mack regarda le cercle. Son doigt suivit mentalement les lignes qui reliaient l'île au point de naufrage.
— Il a pris un itinéraire précis, dit-il. De son île jusqu'ici.
— Exactement. Le dernier voyage est documenté — ou plutôt, il se déduit. L'île, sa base, puis l'endroit où il est mort. Si la malédiction exige que tu « accomplisses » son voyage, alors tu dois naviguer de son île jusqu'au point du naufrage avant de pouvoir garder l'or.
— Deux cents ans trop tard, siffla Pete.
— Le temps n'a pas d'importance pour un fantôme, dit Rosa calmement.
Mack roula la carte et la remit dans son étui imperméable. Il ne dit rien au sujet de la voix qui l'avait salué sous l'eau, ni du rêve, ni de la lueur sur la pièce.
— Demain matin, dit-il, on refait le plein à Cockburn Town. Ensuite, on met le cap sur cette île.
Pete échangea un regard avec Rosa. Abigail semblait vouloir protester, mais elle se tut. Mack sentit leurs yeux sur lui, lourds d'interrogations. Il n'avait pas envie d'y répondre. La pièce dans sa poche ne brûlait plus, elle vibrait — un bourdonnement sourd, continu, comme un moteur sous-marin très lointain qui attendait qu'il descende encore.
Il éteignit la lampe et resta seul dans le noir, la pièce dans la main.
Elle luisait toujours.