Les Fantômes du Santa Catalina
Lire le chapitre 8: The Captain's Journal
Le marteau-piqueur résonna dans la cage thoracique de Mack avant même qu'il n'ouvre les yeux. Non pas un outil, mais son cœur, cognant contre ses côtes comme un prisonnier contre les barreaux. La cabine oscillait doucement, et pourtant il se sentait au bord d'un précipice.
Il avait compté les pièces la veille, une par une, dans le noir. Trente. Trente doublons qui l'attendaient dans le coffre blindé qu'il avait improvisé sous la couchette. Trente promesses de liberté. Et pourtant, Abigail avait lu l'inscription gravée dans l'or : au-delà de trente, le seuil serait franchi. Il avait promis de ne pas replonger.
Mais les dettes, elles, ne promettaient rien. Elles exigeaient.
Un cognement à la porte. Trois coups secs.
— Mack ? La voix d'Abigail, étouffée par le bois. Il faut que vous voyiez quelque chose.
Il enfila un pantalon et ouvrit. La lumière du petit matin dessinait des halos dorés autour des cheveux emmêlés de la chercheuse. Ses yeux, d'ordinaire si méthodiques, brillaient d'une excitation fiévreuse.
— Qu'est-ce que c'est ?
— Suivez-moi.
Elle l'entraîna sur le pont arrière, où une masse informe gisait sous une bâche. Rosa se tenait à côté, les bras croisés, le regard aussi vide qu'une mer d'huile. Elle ne le salua pas.
— J'ai trouvé ça à l'aube, dit Abigail en tirant la bâche. À trois mètres de l'épave, à moitié enfoui dans le sable.
Le coffre était petit, guère plus grand qu'une mallette, en bois noirci par deux siècles de pression marine. Des ferrures de cuivre oxydé le cinglaient, et un sceau de cire sombre obstruait la serrure.
— Noir d'ébène, murmura Mack. Comme les pièces.
— Exactement. Abigail s'accroupit, un couteau à la main. La serrure est rongée, mais le sceau est intact. Je peux l'ouvrir.
— C'est peut-être piégé. Rosa n'avait pas bougé, mais sa voix portait la froideur d'un banc de brume. Tout ce qui touche à ce navire semble l'être.
Mack hésita. Trente pièces déjà dans ses cales, et ce coffre... Ce coffre pouvait contenir la réponse. Ou une nouvelle porte vers l'enfer.
— Ouvrez-le.
Abigail inséra la lame sous le sceau. La cire céda avec un bruit sec, presque un soupir. Elle souleva le couvercle, et une odeur de vieux cuir et de sel s'échappa, prenant à la gorge comme un fantôme qui aurait retenu son souffle trop longtemps.
À l'intérieur, protégé par des feuilles de plomb et enveloppé d'un cuir graissé, un journal reposait. La couverture portait un titre manuscrit, à l'encre délavée mais encore lisible : *Journal de bord du capitaine Josiah Blackwood, Santa Catalina, 1729*.
— Mon Dieu. Abigail retint son souffle et souleva le volume avec des gestes d'orfèvre. C'est son journal. Le journal du capitaine.
La première page était couverte d'une écriture serrée, penchée comme un homme qui navigue contre le vent. Abigail parcourut les lignes, traduisant à voix basse, puis plus rapidement, sa voix s'animant au fil des pages.
— Il raconte le voyage initial... Un convoi de marchandises entre la Jamaïque et la Floride... Il décrit son équipage, ses officiers... Et puis, ça devient étrange. À la quatorzième entrée, il parle d'une mission secrète. Un ordre direct du gouverneur de la Jamaïque.
Mack se pencha. L'écriture devenait plus serrée, plus nerveuse, comme si Blackwood écrivait à la hâte.
— « Je dois livrer le colis à l'amiral Sir Geoffrey Thorpe, au large des Açores. Les instructions sont claires : ne l'ouvrez pas, ne le laissez pas tomber entre des mains ennemies. La Couronne y tient plus qu'à ma vie. »
— Un colis ? Mack fronça les sourcils. Quel genre de colis ?
— Ce n'est pas précisé. Mais il décrit sa route. Il devait remonter vers le nord-est, longer les Bahamas, puis traverser l'Atlantique et croiser le convoi de l'amiral au large des Açores. Il donne les coordonnées exactes de la rencontre.
Elle tourna plusieurs pages, sa voix se chargeant d'une tension nouvelle.
— Mais voilà... Trois semaines après avoir quitté la Jamaïque, il écrit : « Mon quartier-maître, Elias Croft, complote contre moi. Je l'ai surpris ce soir, en train de fouiller ma cabine. Il cherche le colis. Je sais qu'il complote. Je le sens. »
— Croft, répéta Mack. C'est son nom que vous avez trouvé sur le canon de l'épave.
— Oui. Abigail hocha la tête. La mutinerie. Croft l'a trahi, l'a tué avec son équipage, et a coulé le Santa Catalina. Ce que nous savions déjà. Mais ce que nous ignorions, c'est ça.
Elle tourna la dernière page, froissée, tachée, presque illisible. Une écriture tremblante, précédée de quelques gouttes d'encre qui ressemblent à des larmes.
— « Si le navire périt, que mon colis soit perdu avec lui, la malédiction sera semée dans les profondeurs. Ceux qui prendront mon or deviendront mes chaînes. Ils devront accomplir mon dernier voyage, livrer ce que la Couronne attendait. Sinon, l'or ne sera jamais que la promesse d'une mort lente. Les pièces ne se dépensent pas. Elles se paient. »
Le silence s'abattit sur le pont comme une voile qui se déchire.
Mack relut mentalement les mots. Les pièces ne se dépensent pas. Elles se paient. Il pensa aux trente doublons dans le coffre, à l'argent qu'il espérait en tirer pour rembourser Reyes. Une nausée froide lui noua l'estomac.
— Attendez, dit-il. Il y a forcément une issue. Un rituel, un contre-sort, quelque chose...
Abigail parcourut la dernière page, puis la retourna. Son visage se ferma.
— Il est écrit : « Accomplir le voyage et livrer le colis à l'amiral Thorpe, ou à ses héritiers légitimes. C'est le seul absolution. Sans le colis, le fléau croît. Chaque pièce prise sans mission accomplie nourrit la colère de ceux qui reposent sous l'eau. »
— Et ce colis, demanda Rosa en s'avançant, les yeux durs. Où est-il maintenant ?
Abigail haussa les épaules, impuissante.
— Croft ne l'a pas trouvé avant la mutinerie. Le journal ne dit pas où Blackwood l'avait caché. Mais s'il était à bord...
— Il est au fond de la mer. Mack fixa l'horizon, où les premières teintes de l'aube éclairaient l'eau d'argent. Dans l'épave.
Rosa s'approcha de lui, ses yeux plongés dans les siens.
— Et vous comptez replonger pour le trouver ?
— Je n'ai pas le choix. Si je ne complète pas ce voyage, les pièces ne vaudront rien. Pire, elles me tueront — elles nous tueront peut-être tous.
— Mais le seuil, objecta Abigail en levant le journal. Vous êtes à trente pièces. Prendre quoi que ce soit de plus, même le colis, même un objet sans valeur...
— Ce n'est pas une pièce. Mack se passa une main sur la nuque. Le colis n'est pas de l'or. La malédiction concerne l'or.
— Vous n'en savez rien. La voix de Rosa portait une inquiétude qu'elle tentait de masquer. Et si le colis est aussi protégé ? Aussi piégé ?
— Il le sera. Mais c'est notre seule chance.
Mack s'approcha du bastingage et regarda l'eau sombre, à l'endroit où l'épave se tapissait dans les profondeurs. La chaleur inhabituelle de sa poche — les trois pièces qu'il gardait toujours sur lui — pulsait avec une régularité énervante, comme un deuxième cœur. Comme s'il sentait le colis.
Le colis.
Que contenait-il, pour qu'une couronne entière exige son transport, qu'un capitaine meure pour le protéger, et qu'un fantôme enchaîne les vivants à son sort ?
Une idée glaciale lui traversa l'esprit. Et si le colis était précisément ce qui rendait la mort de Blackwood si puissante ? Et si ce qu'il devait livrer n'était pas une simple marchandise, mais la clé de tout ?
Il se retourna.
— Préparez l'équipement. Je replonge.
Rosa ouvrit la bouche pour protester, mais il l'interrompit d'un geste.
— Pas pour l'or. Pour le colis. On finira ce que Blackwood a commencé.
Dans sa poche, les pièces s'embrasèrent, comme si elles venaient de comprendre.