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Les Lettres Tachées de Sel

Lire le chapitre 7: The Handwriting

La pluie tambourinait contre les vitres du salon quand Elowen étala les lettres sur le bureau de chêne. Les deux lettres anonymes, celle de la veille et celle de la nuit précédente, côtoyaient les notes que Merrick lui avait remises—des fragments de l'écriture de Lillian, extraits du journal qu'il prétendait avoir trouvé dans le cabinet de cuivre.

Elle avait demandé à les comparer. Il avait hésité, puis cédé, comme on accorde une faveur à contrecœur, en la laissant seule avec les documents.

La lampe à pétrole vacillait, projetant des ombres mouvantes sur le papier jauni. Elowen sortit la loupe de son sac, celle qu'elle utilisait pour examiner les premières éditions, et se pencha sur la première lettre anonyme.

Les mots avaient été tracés d'une main ferme, presque mécanique : *« Les morts n'oublient jamais ce qu'ils ont laissé derrière eux. »*

Elle reposa la loupe. Ses doigts tremblaient légèrement en saisissant les notes de Lillian. La phrase en exergue de son carnet : *« Il faut parfois revenir là où tout a commencé pour comprendre où tout finira. »*

Son cœur rata un battement.

L'inclinaison des lettres était identique. La même pression sur le papier, la même façon de boucler les « l » et les « t ». Le même abandon dans les courbes des « s » allongés.

Elowen recula, comme si les feuilles pouvaient la mordre.

— Non, murmura-t-elle.

Elle fit glisser les documents côte à côte. La lettre anonyme disait : *« J'ai trouvé la porte. Elle n'était pas fermée à clé, seulement oubliée. »*

Le journal de Lillian, page quarante-deux : *« La porte est là, au bout du tunnel. Personne ne l'ouvre depuis des décennies. Peut-être que personne ne devrait. »*

Même cadence. Même respiration entre les virgules.

Elowen se leva si brusquement que la chaise racla le plancher. Elle fit les cent pas, les mains pressées contre ses tempes. Les lettres anonymes venaient de sa sœur. Elles ne pouvaient venir que d'elle. Mais Lillian était morte—noyée, disait le rapport, au large des côtes de Cornouailles, trois ans plus tôt. Le corps n'avait jamais été retrouvé.

La pluie redoubla contre les fenêtres. Le vent gémissait dans les cheminées.

— Non, répéta-t-elle, plus fort.

Elle attrapa son téléphone. Le signal clignotait à une barre—un miracle dans ce coin perdu. Elle composa le numéro de son éditeur, une habitude, un fil tendu vers le monde réel. La tonalité grésilla. Puis une voix, lointaine et déformée :

— Allô ?

— Clarisse ? C'est Elowen. Écoute, j'ai besoin que tu vérifies quelque chose. Le manuscrit que je t'ai envoyé la semaine dernière—

La ligne grésilla. Des parasites, comme une respiration parasite.

— Clarisse ?

Une voix différente, presque inaudible, chuchota dans la statique :

— Il faut finir, Elowen. Il faut que tu finisses.

La communication s'éteignit.

Elle fixa l'écran sombre. Le silence de la maison lui parut soudain vivant, comme si les murs retenaient leur souffle. Elle recomposa le numéro. Rien. Pas de tonalité. Pas de signal.

— Ce n'est rien, dit-elle à voix haute. Juste la tempête. Les lignes sont coupées.

Mais la phrase qu'elle avait entendue—*il faut que tu finisses*—n'était pas une coïncidence. C'était la ligne qu'elle avait écrite la veille dans son brouillon, la réplique que le personnage féminin adressait au mystérieux gardien avant de découvrir la vérité.

La même phrase qui apparaissait, légèrement modifiée, dans la première lettre anonyme.

Elowen se figea.

Elle n'avait parlé de ce brouillon à personne. Il était dans son carnet, celui qu'elle gardait contre son cœur, celui qu'elle ne sortait que la nuit. Personne ne l'avait lu—pas même Merrick, du moins pas à sa connaissance—

Sauf que le matin même, elle l'avait laissé sur la table de la cuisine en allant chercher du bois. Cinq minutes, peut-être moins. Merrick était dans le jardin, elle l'avait vu par la fenêtre. Mais la maison avait des yeux. La maison avait des oreilles.

La maison avait des lettres.

Elle retourna au bureau, saisit le carnet entre ses mains moites. La couverture de cuir était froide, presque glacée. Elle l'ouvrit à la page de la veille. L'encre bleue de son stylo favori. La phrase, telle quelle : *« Il faut finir, Elowen. Il faut que tu finisses. »*

Une main avait ajouté, en dessous, au crayon : *« Ou c'est elle qui finira à ta place. »*

L'écriture était celle de Lillian.

Elowen lâcha le carnet comme s'il brûlait. Il tomba au sol, s'ouvrant sur la page. La phrase au crayon semblait la narguer. Elle recula jusqu'au mur, dos contre la tapisserie froide, et regarda la pièce—les étagères pleines de livres qu'elle n'avait pas ouverts, le portrait pâli au-dessus de la cheminée, la porte entrouverte vers le couloir sombre.

Elle n'était pas seule.

Pas au sens habituel du terme. Lillian était morte, elle en était certaine—le vide dans sa poitrine, l'absence brutale, le deuil qu'elle portait chaque jour. Mais quelque chose d'elle était resté ici. Quelque chose qui écrivait, qui savait, qui attendait.

Le téléphone dans sa main vibra. Elle sursauta et le laissa tomber. Il vibra de nouveau. Elle le ramassa. Un message vocal d'un numéro inconnu, code régional 01872—Cornouailles.

Elle hésita. Puis pressa lecture.

La voix de Merrick, rauque, comme s'il parlait à contrecœur depuis une chambre éloignée :

— J'ai trouvé d'autres papiers. Dans le carnet de Tomas. Il mentionne une cave sous la chapelle, scellée depuis 1952. Il dit avoir vu une femme entrer. Il dit avoir vu une femme sortir, des années plus tard.

Silence.

Une respiration.

— Elle ressemblait à votre sœur.

La tonalité retentit.

Elowen resta immobile, le combiné pressé contre son oreille, écoutant la tonalité morte comme si elle pouvait faire revenir la voix. Puis elle reprit le téléphone et rappela. Le numéro inconnu ne répondit pas. Elle recomposa. Rien.

Une femme entrer. Une femme sortir.

Quatre ans entre les deux.

Quatre ans, comme l'âge d'Isolde Merryn lors de sa disparition en 1952.

Et Lillian avait-t-elle passé quatre ans sous la chapelle ?

La pensée était absurde. Noyée, on avait dit. Accident de voile, on avait dit. Le rapport de police, l'enquête, tout concordait. Mais le corps avait disparu. La mer ne l'avait jamais rendu.

Elowen s'accroupit lentement, ramassa le carnet, le referma. La phrase au crayon demeurait gravée dans sa mémoire. Elle le glissa dans la poche de sa veste, puis sortit son manteau de l'entrée.

La pluie tombait toujours. La nuit était d'encre.

Elle ouvrit la porte et se fraya un chemin le long du sentier mouillé, vers la chapelle en ruine qui se dressait à l'ouest de la maison. La lampe torche tremblait dans sa main. Le vent hurlait.

Derrière elle, dans la maison, une ombre se déplaça derrière la fenêtre du premier étage. Deuxième fenêtre à gauche.

La fenêtre de la chambre de Merrick.

Mais la chambre était vide, elle aurait pu le jurer.

Sous la tempête, elle pressa le pas. La pluie cinglait son visage, mais elle ne sentait plus le froid. Seulement la certitude que quelque chose, dans cette maison, connaissait la vérité—et que la vérité attendait sous la chapelle, derrière une porte scellée depuis 1952, taillée pour quelqu'un qui n'aurait jamais dû revenir.

Sa sœur.

Ou peut-être, elle-même.

Elle atteignit les premières pierres de la chapelle quand un bruit sourd retentit derrière elle. Elle se retourna. Ce n'était pas la porte qu'elle avait laissée entrouverte—elle était maintenant fermée, la lumière du hall éteinte.

Et dans la boue du sentier, il y avait des traces de pas qui n'étaient pas les siennes.

Elles allaient vers la maison.

Elles n'arrivaient pas de la maison.

Elles venaient de la chapelle.

Elowen resta figée sous la pluie, la torche éclairant la boue, le vent hurlant autour d'elle. Les empreintes étaient petites. Féminines.

Elles étaient fraîches.