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Les Plans de Nous Deux

Lire le chapitre 10: Paper Plans

Le carnet de Thomas pesait dans la poche de Maggie comme un secret trop lourd à porter. Elle l'avait glissé dans son cabas avant de quitter la maison, sous le regard oblique de sa mère qui pliait des draps dans une valise ouverte.

Le café près de Bow Road sentait le chicorée et la sueur. Thomas l'attendait à une table du fond, un crayon à la main, le front plissé sur une feuille de papier buvard arrachée d'un registre. Il leva les yeux lorsqu'elle s'approcha, et son sourire effaça les cernes sous ses yeux.

« Vous êtes venue, dit-il en refermant la main sur le crayon.

— J'ai promis le café. Et vous, vous avez promis... quoi exactement ?

— Approchez. »

Elle s'assit en face de lui, posa le thermos entre eux. Il tourna la feuille vers elle. Des traits fins, précis, dessinaient une façade symétrique, deux fenêtres au rez-de-chaussée, trois à l'étage, une porte centrale sous un linteau de brique. Un toit en pente douce. Des annotations minuscules dans les marges.

« C'est une maison, dit-il, comme si ça expliquait tout.

— Je vois ça. » Elle pencha la tête. « Il y a un jardin ?

— Derrière. » Il tourna la page – non, la feuille était unique. Il utilisa son doigt pour tracer un rectangle imaginaire au revers. « Un carré d'herbe, un pommier, peut-être. Et une allée en gravier qui mène à une remise à outils. »

Elle sourit malgré le poids dans sa poitrine. « Et une bibliothèque ?

— Dedans. » Il tapota un carré sur le plan, à gauche de l'entrée. « Pièce de séjour avec un mur entier de rayonnages. Vous m'avez dit – la bibliothèque de Maggie Hollis, c'est comme ça que vous l'avez appelée. À Bow Road. Pendant que l'eau montait.

— Vous vous souvenez de tout.

— Je me souviens de ce qui compte. »

Le silence entre eux se remplit du cliquetis des tasses et de la rumeur de la rue. Maggie posa sa main sur la feuille, effleurant les traits de crayon comme si elle pouvait sentir la chaleur de sa main à lui.

« C'est un blueprint ? demanda-t-elle.

— Un premier jet. Pas un vrai plan d'ingénieur – il faudrait des semaines pour le calculer. Mais c'est là. » Il tapota sa tempe. « Je le construirai après la guerre. Quelque part au sud de Londres, dans un endroit calme. Pas trop loin de la ville, mais assez pour entendre les oiseaux au petit matin.

— Et le pommier.

— Et le pommier. » Il sourit. « Et un potager, parce qu'une maison sans potager, c'est une coquille vide. Vous viendrez voir – je pourrai vous montrer où je planterai les tomates.

— Vous me montrerez aussi les rayonnages ?

— Je vous donnerai le premier étage pour vos livres. Je ferai des étagères sur mesures, en chêne. Solides. »

Maggie sentit sa gorge se serrer. Elle prit le thermos, versa le café dans le couvercle qui servait de tasse. Ses mains tremblaient légèrement, mais il ne semblait pas le remarquer – ou il faisait semblant.

« Vous avez écrit à Peter ? demanda-t-elle pour changer de sujet.

— Ce matin. » Il baissa les yeux sur le plan. « Je lui ai dit qu'on avait trouvé un site pour la maison. Qu'il y aurait une chambre pour lui, s'il voulait. »

Le cœur de Maggie se brisa un peu. « C'est une belle lettre à écrire.

— Il la lira peut-être. » Thomas haussa les épaules, un geste fragile. « C'est ce qu'on m'a dit – probablement perdu, pas confirmé. Alors j'écris.

— À lui et à Paris.

— À lui et à Paris. » Il reprit le crayon, ajouta une ligne au toit. « Babylon House recevra la même lettre. Une pour Peter, une pour la maison de Paris. Je distribue mes espoirs. »

Elle rit, un son étranglé. « Comme des graines.

— Exactement. » Il leva les yeux, et quelque chose dans son regard la fit taire. « On ne sait jamais lesquelles prendront. Mais si on ne sème rien, il ne pousse rien. »

Maggie but une gorgée de café, laissa l'amertume lui brûler la langue. Dix jours. Dix jours avant le départ pour Toronto. Dix jours avant que le paquebot l'emporte loin de ce plan, de ce crayon, de cet homme qui dessinait des maisons pour elle dans un café qui sentait la fumée et la sueur.

« Thomas.

— Maggie. »

Elle reposa la tasse. « Cette maison – vous l'avez dessinée pour qui ?

— Pour nous. » Il ne détourna pas le regard. « Si vous voulez d'elle. »

Le mot resta suspendu entre eux. *Nous*. Elle avait rêvé de ce mot des nuits entières, dans le refuge, pendant les raids, quand le sol tremblait sous les bombes et que sa mère serrait le chapelet de sa grand-mère.

« Je veux d'elle, dit-elle. Je veux... »

Elle s'arrêta. Les mots *de vous* restèrent coincés dans sa gorge, trop lourds, trop vrais. Elle détourna les yeux, les posa sur le plan. Les lignes se brouillèrent.

« Il faut que je vous dise quelque chose. »

Thomas posa son crayon. Il croisa les mains sur la table. « Je vous écoute.

— Ma famille – mes parents, mes frères – on part à Toronto. Le 12 septembre. » Elle vit son visage se fermer, mais elle continua, rapide, comme si elle retirait un pansement. « Mon père a un poste à l'université là-bas. Ils veulent m'emmener. Ils pensent que c'est plus sûr.

— Sûr. » Il répéta le mot comme s'il le goûtait, en trouva le goût amer. « Et vous ?

— Je ne veux pas partir. » Sa voix se brisa. « Je ne veux pas de Toronto. Je veux de ceci. De ce plan. De ce café. De cet après-midi. Je veux bâtir cette maison avec vous, même si elle n'est qu'une feuille de papier pour l'instant. »

Il resta un long moment immobile. Puis il tendit la main et, à son grand soulagement, il prit la sienne sur la table. Ses doigts étaient tachés de graphite.

« Le 12 septembre, répéta-t-il. C'est dans dix jours.

— Je sais.

— Et vous avez promis de m'apporter du café demain, à l'intervention.

— Je vous l'ai promis.

— Alors nous avons dix jours pour trouver une solution. » Il serra sa main. « Dix jours, c'est beaucoup.

— Mon père ne veut pas en entendre parler. Il a tout organisé – les billets, la maison à Toronto, les écoles pour les garçons. Il dit que Londres est une ville morte.

— Londres n'est pas morte. » Il sourit, mais ce n'était pas un sourire heureux. « Londres est blessée, peut-être. Mais elle est pleine de ceci. » Il désigna la feuille, le thermos, leurs mains enlacées. « De plans. De promesses. De café tiède bu dans des endroits impossibles. »

Elle rit, un peu. « Vous êtes un incorrigible optimiste.

— Non. Je suis un ingénieur. Je trouve des solutions à des problèmes qui semblent impossibles. C'est mon métier. » Il se pencha. « Et voici le problème : Maggie Hollis doit rester à Londres. Nous trouverons un chemin.

— Mon père a dit que je devais obéir. Que j'étais leur fille jusqu'à ce qu'ils décident autrement.

— Et vous ? Qu'est-ce que vous voulez ?

— Vous l'avez dit : cette maison. Ces rayonnages. Ce pommier. »

Il lâcha sa main, attrapa le crayon, et écrivit au bas du plan, en capitales minuscules et régulières : *MAGGIE – RESTERA À LONDRES. OPTION A : CONVAINCRE LE PÈRE. OPTION B : ATTENDRE LE DÉPART – RESTER EN ARRIÈRE. OPTION C : AUTRE.*

« Regardez, dit-il. Trois options. Nous avons dix jours pour en faire fonctionner une. Demain, après l'intervention, nous en parlons. Je vous donnerai du papier et un plan – un vrai plan, cette fois. »

Elle prit la feuille, la tourna entre ses mains. Le crayon avait laissé une légère empreinte sur le bois de la table, comme une cicatrice.

« Et si aucune ne fonctionne ?

— Alors j'en trouverai une quatrième. » Il se leva, boutonna son manteau. « C'est ce que font les ingénieurs, Maggie. Ils refusent de croire que le problème est insoluble. Ils dessinent, ils mesurent, ils essayent encore. »

Il se pencha et déposa un baiser sur son front, léger, précis, comme s'il traçait une ligne sur un blueprint.

« Rendez-moi mon carnet, dit-il en souriant. Je vous promets de vous le redonner quand tout sera réglé, avec des pages et des pages de plans de bibliothèque. »

Elle fouilla dans son cabas, lui tendit le carnet. Leurs doigts se frôlèrent. Il partit sans se retourner, et Maggie resta à la table, la feuille de plan serrée contre sa poitrine, le mot *OPTION C* qui lui brûlait les yeux.

Dehors, la sirène commença à hurler. Mais pour la première fois depuis des semaines, Maggie n'eut pas peur. Elle avait un plan.