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Les Sept Jours de Juillet

Lire le chapitre 3: The Relic Dealer's Price

La devanture du Mont-de-Piété était si étroite qu'Alex faillit la dépasser sans la voir. Une enseigne de fer forgé rouillé représentait trois boules, du moins ce qu'il en restait, et la vitrine poussiéreuse ne laissait deviner qu'un amas d'ombres. Pierre s'y engouffra sans hésiter, et la clochette de cuivre au-dessus de la porte rendit un son étonnamment clair dans la pénombre.

— Par ici, m'sieur, souffla le gamin en disparaissant entre deux comptoirs encombrés.

Alex dut baisser la tête pour franchir le seuil. L'odeur le frappa d'abord : celle de la cire, du vieux cuir, de la poussière accumulée sur des décennies d'abandon. Des manteaux pendaient en rangées serrées comme des silhouettes suppliciées. Des montres mortes s'entassaient dans une vitrine, leurs aiguilles figées à des heures différentes. Au fond, derrière un comptoir de chêne massif rongé par les vers, une silhouette se tenait dans l'ombre.

— Qu'est-ce que c'est encore ? fit une voix cassée, pareille au grincement d'une porte mal huilée.

L'homme qui émergea des ténèbres était si vieux qu'Alex se demanda s'il datait du règne de Louis XIV. Sa peau était tannée comme du vieux cuir, parcheminée de rides profondes, et ses yeux avait la teinte laiteuse des aveugles — ou de ceux qui voyaient d'une autre manière. Il portait un gilet délavé, des manchettes de lin jauni, et il s'appuyait sur une canne qu'il utilisait moins pour marcher que pour pointer les objets tels un sceptre.

— C'est moi, père Jaubert, dit Pierre en trottant vers le comptoir. J'vous amène un client. Un étranger. Il a besoin d'habits.

Les yeux laiteux se tournèrent vers Alex. L'espace d'un instant — une fraction de seconde à peine — le vieil homme parut le reconnaître. Son visage se figea, puis se recomposa en un masque de neutralité. Alex frissonna. C'était là, à nouveau. La même expression que la foule avait eue dans la ruelle, quand il était tombé. Comme si quelque chose en lui ne leur faisait pas peur, mais leur disait qu'il n'était pas à sa place.

— Des habits, répéta le vieil homme. Pour un homme de cette stature... et de cette époque.

Il y avait quelque chose dans sa façon de prononcer le mot *époque* qui fit se raidir Alex. Mais le vieux Jaubert avait déjà tourné le dos et s'enfonçait dans un dédale d'étagères, sa canne frappant le sol à un rythme régulier.

— T'as de l'argent, m'sieur ? chuchota Pierre.

Alex n'avait que des euros modernes et quelques pièces de monnaie qu'il avait dénichées dans la poche de son pantalon — orphelines d'un voyage récent à travers l'Europe. Rien qui pût servir ici.

— Je vais lui parler, répondit-il, priant pour que sa voix ne trahisse pas son embarras.

Jaubert revint quelques minutes plus tard, les bras chargés d'un paquet volumineux qu'il déposa sur le comptoir avec un bruit sourd. Il défit le tissu d'emballage d'un geste sec, révélant une culotte de drap brun, une chemise de toile écru, une veste de laine, des bas, et une paire de souliers à boucle d'argent ternie.

— Voilà, dit-il. Un habit complet de petit bourgeois parisien. Rien d'ostentatoire. Rien qui attire l'attention. Exactement ce qu'il te faut.

*Exactement ce qu'il me faut*. Alex ignorait quelle expression il avait affichée, mais le vieil homme semblait lire dans ses pensées avec une précision déconcertante.

— Combien ? demanda-t-il, la gorge sèche.

— Combien as-tu ?

La question le prit de court. Il sortit ses pièces, les disposa sur le comptoir. L'or et l'argent européens du XXIe siècle luirent faiblement dans la pénombre. Les doigts décharnés de Jaubert les effleurèrent avec une délicatesse surprenante.

— Curieuse monnaie, murmura-t-il. Je n'ai jamais vu sa pareille. Et pourtant... elle vous ressemble, monsieur.

Il poussa un soupir et retourna les pièces entre ses doigts. Alex retint son souffle. Le moindre faux pas pouvait le trahir.

— Prends tout, dit finalement Jaubert en poussant les pièces vers une sébile de cuivre. Les habits sont à toi.

Pierre poussa un petit cri de joie et s'empara du paquet avant qu'Alex n'eût le temps de protester. Mais le vieil homme n'avait pas fini. Il se pencha, fouilla dans un tiroir sous le comptoir, et en tira un objet qu'il tint serré dans sa main fermée.

— J'ai autre chose pour toi, dit-il. Quelque chose que j'ai gardé toutes ces années. Gardé pour un homme qui ressemblerait à un étranger dans ma ville.

Sa main s'ouvrit. Une tabatière reposait sur sa paume ridée. Elle était en étain, de facture simple, mais un motif gravé sur le couvercle représentait un soleil naissant au-dessus de tours jumelles — les tours de la Bastille. Alex sentit son cœur se serrer.

— Prends-la, dit Jaubert, la lui tendant.

— Je ne fume pas. Je ne priserai pas.

— Ce n'est pas pour le tabac. C'est pour autre chose. Garde-la sur toi. Elle t'aidera peut-être à sortir de là où tu vas.

— Je n'ai pas d'argent pour l'acheter.

Ce fut presque un cri, un aveu. Le vieil homme le regarda, ses yeux opales fixés sur Alex avec une intensité qui semblait le traverser de part en part.

— Elle est gratuite, dit-il. Ou plutôt, elle est déjà payée.

Sa voix chuta, devint un murmure à peine audible :

— On m'a dit qu'un jour, un homme viendrait. Un homme qui ne serait pas de ce temps. Que je devrais lui donner cette tabatière. Qu'elle lui servirait de monnaie pour payer un passage.

Alex saisit l'objet. Il était lourd, de ce poids qui n'appartenait pas à sa masse mais à sa signification. Il le glissa dans la poche intérieure de sa veste — l'affreuse veste en laine — et sentit le contact froid de l'étain contre sa poitrine.

— Qui vous a dit cela ? demanda-t-il.

Mais le vieil homme avait déjà tourné le dos, sa canne frappant à nouveau le sol en un rythme qui semblait celui d'un cœur fatigué.

— Va-t'en, dit-il sans se retourner. Et emmène cette mouche d'égout avec toi. La nuit va tomber, et il n'est pas bon d'être dehors sous les étoiles avec une tête qui ne ressemble à aucune autre.

Pierre tira la manche d'Alex, qui laissa le paquet sous son bras et suivit le gamin dans la rue. Quatre heures sonnaient quelque part, un clocher lointain. La lumière, déjà basse, changeait de couleur. L'air sentait la poudre à fusil et la peur. Des hommes passaient en courant, portant des fusils de chasse et des bâtons noueux. L'un d'eux cria quelque chose à propos de Necker, de son renvoi, et de la nécessité de marcher sur l'Hôtel de Ville.

Alex enfila la chemise de toile dans l'ombre d'une auberge puante, les bas et la culotte, puis enfin la veste. Le vêtement était râpé mais propre. Il se débarrassa de son jean et de son t-shirt comme d'une peau morte, les roula en boule et les fourra dans un recoin derrière une pile de tonneaux. Il était maintenant vêtu comme un Parisien de 1789. Et pourtant, en passant les doigts sur l'étain de la tabatière, il avait la certitude absolue que ce petit objet était la seule chose qui le reliait à un vrai passage vers ailleurs.

— Pierre, demanda-t-il soudain. Est-ce que cet homme — le père Jaubert — avait déjà parlé de moi ? Avant aujourd'hui ?

Le gamin secoua la tête, une lueur d'incompréhension dans les yeux.

— Mais vous êtes le premier étranger qu'il traite comme un ami sans marchander, m'sieur. D'habitude, il écorche tout le monde.

Alex regarda derrière lui, vers la vitrine sombre du Mont-de-Piété. Derrière les rideaux poussiéreux, une silhouette indistincte se tenait encore, immobile, à les observer. Il détourna le regard et se força à avancer.

Il devait se fondre dans Paris. Il devait survivre jusqu'au quatorze juillet. Et il devait, avant cela, comprendre qui — ou quoi — l'attendait de l'autre côté du temps.