Les Sept Jours de Juillet
Lire le chapitre 35: The Bastille's Last Key
La nuit était tombée sur Paris comme un couvercle de plomb. Alexandre courait dans les ruelles étroites du Marais, la sueur collant sa chemise à sa peau blessée. Devant lui, la silhouette de Camille de la Tour vacillait entre les ombres, sa jupe relevée d'une main, l'autre serrant le fameux liste contre sa poitrine.
« Il est là », souffla-t-elle en s'arrêtant au coin de la rue Saint-Antoine.
Alexandre suivit son regard. À cinquante pas, sous un lanternon fumeux, un homme en manteau sombre attendait près d'une charrette de foin. L'assassin. Celui que le père du talon rouge avait engagé pour tuer Lafayette.
« Vous êtes sûr de votre rôle ? » demanda Camille, sans le regarder.
« Je suis le comte de Valmont, agent royaliste, porteur d'une liste de patriotes à éliminer. Je dois lui remettre cette liste pour qu'il sache qui "protéger" demain matin. »
Elle lui tendit un papier épais, scellé de cire rouge. « C'est une copie. La vraie est cachée. S'il la compare aux originaux... »
« Je sais. »
Alexandre inspira profondément. Sa blessure à l'épaule le lançait, et chaque mouvement rappelait qu'il n'avait pas mangé depuis deux jours. Mais le temps pressait. Dans quelques heures, le soleil se lèverait sur un Paris où Lafayette pourrait être mort, et l'histoire basculerait dans un chaos imprévisible.
Il traversa la rue, les pavés glissants sous ses bottes. L'homme ne bougea pas, mais ses yeux — des yeux gris, sans âge — le suivirent depuis l'ombre de son chapeau.
« La liste », dit l'homme, sans préambule.
Alexandre la lui tendit. L'autre l'examina rapidement, puis hocha la tête.
« Il est temps. Suivez-moi. »
Ils contournèrent la charrette et pénétrèrent dans un passage couvert. À l'intérieur, une vingtaine d'hommes armés attendaient, et au centre, adossé à un tonneau de poudre, se tenait le talon rouge — le visage éclairé par une lanterne qu'il tenait à hauteur de menton.
« Ah, le faux comte », dit-il avec un sourire mince. « Mon père parlait de vous avec... admiration. »
Alexandre se figea. « Je ne suis pas— »
« Ne mentez pas. Vous êtes Alexandre Renard, espion anglais, ami de Lafayette, et l'homme qui a volé la clé de mon père. » Il jeta quelque chose sur le sol. Le médaillon en or de Camille de la Tour, avec son portrait. « Votre complice est moins fidèle que vous ne le croyiez. »
Le sol parut s'ouvrir sous Alexandre. Camille. Ce n'était pas possible. Elle avait la vraie liste, elle l'avait envoyé dans ce piège volontairement ?
« Où est-elle ? » demanda-t-il.
« Partie. Elle a fait un choix — sa famille d'abord. Le nom de ton père, celui du duc de la Tour, pèse plus lourd que ta vie d'espion. »
Alexandre n'avait plus le temps de comprendre. Derrière lui, la porte du passage claqua. Les hommes armés formèrent un cercle, leurs baïonnettes luisant à la lumière des lanternes.
« Vous allez mourir ici, Renard. Mais pas avant d'avoir compris que vous n'avez rien changé. Le peuple prendra la Bastille demain, Lafayette vivra un jour de plus, et personne ne se souviendra de vous. »
Le talon rouge fit un pas en avant, une dague fine à la main. Alexandre recula, cherchant une issue. La charrette de poudre. Le tonneau. Les hommes.
Sa main trouva quelque chose dans sa poche — le contact froid du métal. La clé. Cette clé de prison forgée, énorme comme un poignard, qu'il avait touchée dans la rame de métro, celle qui l'avait projeté ici. Il l'avait gardée, sans savoir pourquoi.
Le talon rouge frappa. Alexandre esquiva d'un pas, la douleur de sa blessure réveillée par le mouvement. La dague s'enfonça dans le bois derrière lui, puis se retira avec un bruit humide.
Alexandre brandit la clé comme une arme, et le talon rouge rit.
« Une clé ? Vous allez m'ouvrir une prison avec ça ? »
Les hommes autour de lui rirent aussi. Alexandre sentit sa colère monter — froide, lucide, désespérée. Il avait traversé les siècles, survécu aux tribunaux, manifesté devant la Bastille. Il ne mourrait pas dans un passage sombre, ridiculisé.
Il fonça.
Le geste fut presque instinctif. Le talon rouge leva sa dague pour parer, mais la clé était plus lourde, plus longue. Alexandre la planta de toutes ses forces — elle s'enfonça sous les côtes de l'homme, pas avec la lame d'une épée, mais avec la force brute d'une barre de fer.
Le talon rouge hoqueta, les yeux exorbités de surprise. Il tomba, la clé enfoncée dans son flanc.
Et Alexandre comprit.
Ce n'était pas la clé qui l'avait sauvé des limbes du temps — c'était celle-ci, cette même clé qu'il venait d'utiliser pour tuer un homme. Le paradoxe se refermait sur lui comme une mâchoire de fer : la clé l'avait transporté ici pour qu'il puisse s'en servir comme d'une arme. Et maintenant, ce qu'elle avait ouvert, elle devait le refermer.
Une douleur atroce lui déchira le dos. L'un des sbires l'avait frappé par-derrière — une baïonnette qui transperçait sa chair, entre les omoplates. Alexandre tomba à genoux, le souffle coupé, le métal rendant la nuit impossible à respirer.
Les hommes se redressèrent, regardèrent le corps de leur maître, puis l'homme à terre devant eux. Alexandre entendit leurs murmures — ils ne savaient plus quoi faire. Certains prirent la fuite. D'autres restèrent, indécis.
Mais Alexandre ne les voyait plus. Il voyait Camille, quelque part, avec la vraie liste. Il voyait Louise, prisonnière quelque part. Il voyait Lafayette, ignorant du complot, prêt à chevaucher vers sa perte. Son message avait-il atteint son destinataire ? Pierre avait-il réussi ?
Le sol se refroidit sous sa joue. Le sang s'engouffrait à travers lui, portant avec elle toute sa vie. Paris, 1789, coque de pierre et de flammes.
Il n'avait pas terminé. Il y avait encore tant de choses...
Sa main chercha la clé, toujours enfoncée dans le corps du talon rouge. Il ne la récupérerait jamais. Elle était restée là, comme lui — coincée dans un moment qui ne pouvait plus être délié.
« Camille... », murmura-t-il, comme une prière.
La nuit l'avala.
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