Les Voies Qui Changent
Lire le chapitre 20: Secret Alliance
La silhouette de Lindqvist demeurait immobile, presque sculpturale, dans la lumière blafarde qui filtrait à travers les nuages déchirés. Le fragment qu'elle tenait émettait une lueur sourde, pulsant comme un cœur malade. Declan ne détourna pas les yeux, mais il sentit Maya bouger à sa périphérie, son souffle formant des nuages de condensation.
— Tu le connaissais, dit-elle, la voix à peine audible par-dessus le gémissement du vent.
Declan referma le poing sur la carte. Il la glissa dans sa parka, contre sa poitrine, là où la chaleur de son corps ne pourrait pas l'endommager. Puis il se tourna vers elle. Ses cheveux sombres s'échappaient de son bonnet, gelés en mèches rigides, et ses yeux—les yeux d'une femme qui avait déjà vu la mort de trop près—scrutaient les siens.
— Ansel. Mon mentor. Il m'a appris à lire les traces avant que quiconque ici n'ait entendu parler de cette montagne.
— Et il t'a laissé ça. Une carte vers une vallée qui n'existe sur aucun relevé officiel.
La voix de Maya n'était pas une accusation. C'était une invitation.
Declan jeta un coup d'œil vers Jules. Le blessé était adossé contre la paroi rocheuse, sa jambe enveloppée dans un pansement improvisé qui s'assombrissait déjà. Ses yeux étaient clos, ses lèvres presque bleues. Son souffle, court et irrégulier, sifflait douloureusement entre ses dents.
— Il ne tiendra pas dix kilomètres, murmura Declan.
— Dans cet état, il ne tiendra pas le reste de la nuit.
Maya s'accroupit près de lui, vérifia la pression de son bandage sans le déranger. Quand elle se releva, une détermination nouvelle durcissait ses traits.
— Mon frère est mort dans cette vallée.
Declan hocha lentement. Une pièce venait de se mettre en place, une pièce qu'il avait pressentie depuis qu'elle avait prononcé le nom de son frère sans jamais donner de détails.
— Le rapport officiel parlait d'une avalanche.
— Un rapport rempli par des hommes qui n'ont jamais mis les pieds sur cette montagne. Mon frère était en mission de reconnaissance. Il enquêtait sur la même chose que ton mentor. Le même fragment. Le même symbole.
Elle tira une chaîne de sous son col. Au bout pendait un médaillon en cuivre usé, gravé du même nœud à trois boucles. Le symbole de la carte. Celui du fragment dans la poche de Declan. Celui du talisman d'Ansel.
— Il m'a envoyé ça une semaine avant sa mort. Sans message. Juste ce symbole, et ces coordonnées. Je les ai cherchées partout. Elles ne menaient nulle part. Jusqu'à ce que tu ouvres cette carte.
Le silence qui suivit était lourd, chargé de tout ce qui n'était pas dit. Lindqvist, toujours immobile à l'entrée de l'abri, tourna légèrement la tête. Elle semblait écouter. Attendre.
— Il nous guide, dit Declan, les mots amers dans sa bouche.
— Ou il nous mène quelque part pour nous finir.
— Peut-être les deux.
Il tira la carte à nouveau, l'ouvrit à moitié pour comparer le tracé avec la position approximative du soleil derrière les nuages.
— La vallée d'Ansel se trouve à environ trois jours d'ici à marche normale. Avec Jules dans cet état, c'est une semaine. Il n'a pas une semaine.
Maya saisit son bras, forçant son regard.
— Alors il faut décider maintenant. On le laisse ici avec un signal de détresse et on file devant, ou on reste et on le regarde mourir pour que Lindqvist nous serve de guide jusqu'à sa porte.
La brutalité de son pragmatisme le heurta. Mais c'était une brutalité juste—celle d'une personne qui avait appris que dans cette nature, l'hésitation tuait plus sûrement que la glace.
— Tu veux partir sans lui.
— Je veux finir ce qu'il a commencé. Ce que ton mentor a commencé. Ce que mon frère a commencé. Et si Attwater était là, il me dirait de poursuivre.
Le nom de sa victime de l'hiver dernier frappa Declan comme un coup physique. Il avait porté ce poids chaque jour depuis. Il se fichait de ne pas en avoir parlé—une chose comme ça flottait visible sur la peau d'un homme, et Maya lisait les blessures comme d'autres lisent les cartes.
— Attwater est mort parce que j'ai hésité.
— Non. Attwater est mort parce que quelqu'un a décidé que ce que cette vallée contenait valait plus que sa vie. Et si nous ne l'empêchons pas, d'autres mourront. Beaucoup d'autres. Tes yeux ont vu ce que ce fragment a fait à Lindqvist. Imaginons ce que ça ferait si quelqu'un réussissait à en fabriquer davantage.
Un cri déchira l'air. Pas le même que tout à l'heure—plus proche, plus humain, plus désespéré. Lindqvist tourna la tête vers l'origine du son, puis regarda Declan. Ses yeux, encore humains malgré la mue partielle qui lui affaissait les traits, semblaient porter une question.
— Il y a quelqu'un d'autre, dit Maya.
— Ou quelque chose qui imite une voix humaine.
— Tu ne peux pas savoir ça.
— Je connais la différence entre un appel et un leurre.
Le cri retentit à nouveau. Indéniablement humain, chargé de douleur et de peur réelle. Lindqvist fit un pas vers le son, puis un autre.
— Elle y va, souffla Maya.
— On a besoin d'un plan. Pas d'une course dans une tempête sur la foi d'un cri.
— Et si c'est un survivant ? Si l'équipe d'Elias n'était pas entièrement morte ?
Declan baissa les yeux vers Jules, dont les lèvres remuaient à peine, murmurant des mots sans suite. Il se pencha.
— …l'ont pris… ils ont pris l'autre fragment… il doit pouvoir…
Sa tête roula sur le côté. Il était inconscient à nouveau.
Maya se releva. Elle tira le fusil de sa sangle et vérifia la culasse d'un geste net.
— Voilà ce qu'on va faire. Je le suis. Toi, tu restes avec Jules. Tu cries si ça tourne mal. Et si elle m'emmène quelque part, je laisse des marques.
— Maya. Arrête. Réfléchis.
— Je dois réfléchir en marchant, Declan. Chaque minute qu'on perd ici, le froid en mange un peu plus.
Elle franchit l'entrée de l'abri avant qu'il puisse protester, le fusil au poing, ses empreintes suivant celles de la créature dans la neige poudreuse. Declan la regarda s'éloigner, le cœur serré.
Puis il se tourna vers Jules et tira la carte de son manteau. La carte d'Ansel, annotée de sa main, avec des symboles que Declan avait appris à lire à ses côtés. Le nœud à trois boucles revenait partout, à chaque intersection du tracé, comme un sceau sur les points de passage.
Et au dos—là où son mentor avait écrit quelque chose qu'il n'avait jamais montré à personne ?
Une date. La date de la disparition d'Ansel. Quatre jours après ce qu'on lui avait rapporté comme sa mort.
Et dessous, une seule ligne, écrite au crayon, presque effacée par le frottement contre du cuir :
*Vous n'avez jamais su qui remonte en premier.*
La carte lui tomba des mains. Dehors, le cri résonna à nouveau, plus proche. Puis un coup de feu.
Le coup de feu de Maya.
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