Les Voies Qui Changent
Lire le chapitre 23: Turn: The Spiral
Le vent avait cessé, comme si la vallée retenait son souffle.
Declan s'arrêta devant le mur de pierre, la lampe frontale tremblant dans sa main gantée. La spirale s'étalait sur trois mètres de diamètre, creusée profondément dans la roche nue, ses replis si serrés qu'ils semblaient vibrer sous la lumière. Une chaleur émanait du centre, palpable même à travers ses semelles — une tiédeur anormale qui faisait fondre la neige autour des rainures, créant de fines volutes de vapeur qui montaient en spirale dans l'air glacé.
— C'est là, murmura Maya derrière lui.
Il hocha la tête, mais il ne pouvait détacher son regard du glyphe central. Trois boucles entrelacées. Le nœud d'Ansel. Le nœud du pendentif que Declan portait sous sa parka depuis quinze ans, celui que son mentor lui avait donné le jour de sa première expédition.
« Si tu te perds, avait dit Ansel, suis le fil. »
Declan sortit le talisman de son col. Le symbole correspondait parfaitement à celui gravé dans la pierre.
Un son monta du centre de la spirale — un bourdonnement grave, presque en dessous du seuil de l'audition, mais qui résonnait dans ses dents. La chaleur augmenta encore, et Declan sentit un relâchement dans sa poitrine. Ses épaules tombèrent. La tension de dix jours de traque, de peur, de survie, se dissipa comme de la glace au soleil.
— Declan ? dit Maya, la voix soudain lointaine.
Il fit un pas vers la spirale. Ses mains pendaient le long de son corps. Le bourdonnement s'intensifia, se transformant en quelque chose qui ressemblait presque à une mélodie, une harmonie simple et ancienne qui résonnait au fond de son crâne. Il voulait s'approcher. Il voulait toucher le centre. Il voulait s'abandonner.
— *Declan !*
La voix de Maya était un coup de couteau dans la brume. Il cligna des yeux. Un autre pas — il avait déjà presque atteint le bord de la spirale. Ses doigts étaient à quelques centimètres de la pierre brûlante.
Il recula d'un bond, le cœur cognant violemment contre sa cage thoracique.
— Qu'est-ce que... commença-t-il.
Un hurlement déchira l'air. Pas un hurlement de vent. Pas les plaintes lointaines qu'ils entendaient depuis des heures. Un cri de souffrance animale, proche, à moins de trente mètres, dans les rochers derrière eux.
Maya pivota, son fusil dans les mains, le faisceau de sa lampe balayant la neige dansante. Declan s'accroupit, le couteau de chasse dégainé, le talisman serré dans son autre main. Son pouls, qui ralentissait à mesure qu'il s'éloignait de la spirale, accéléra de nouveau.
La silhouette émergea des rochers.
Elle marchait sur deux jambes, mais elle n'avait plus rien d'humain. Le torse était voûté, trop long, les bras démesurés terminés par des griffes noires qui raclaient le sol gelé. La fourrure grise et hirsute couvrait une peau striée de plaques cartilagineuses, comme un exosquelette en formation. Le visage — ce qui restait du visage — était un masque de souffrance figé : le nez allongé en museau, les dents trop grandes pour la mâchoire. Les yeux, eux, étaient restés humains. Bleus. Fiévreux. Délirants.
— Jules, souffla Maya.
Le nom se figea dans l'air entre eux.
Declan regarda la chose qui avait été Jules, l'homme qu'ils avaient laissé dormant dans la cave scellée avec le fragment de météorite et un fusil à pompe. La chose tenait quelque chose dans sa main gauche — un objet sombre qui luisait faiblement d'une lumière interne. Le fragment. Jules — ou ce qui restait de lui — avait suivi l'appel.
— Il est venu vers la spirale, dit Declan. Le fragment l'a guidé.
La chose pencha la tête, un mouvement presque humain, presque interrogateur. Puis elle ouvrit sa gueule et poussa un cri qui n'était plus un hurlement, mais une supplication stridente, un appel qui faisait vibrer la spirale derrière eux en réponse.
La chaleur augmenta. Le bourdonnement devint assourdissant.
— Il nous coupe de la sortie ! cria Maya. Il nous pousse vers la spirale !
Elle avait raison. La chose avançait lentement, délibérément, formant un arc entre eux et le sentier qui remontait la vallée. Ses griffes raclaient les pierres. Sa poitrine se soulevait en hoquets irréguliers. Mais le fragment dans sa main palpita d'une lumière nouvelle, et la chose bondit — d'un mouvement trop rapide pour sa masse, trop précis pour sa taille.
Declan roula sur le côté. Les griffes déchirèrent sa parka au niveau de l'épaule, mordant la doublure, le froid soudain sur sa peau. Maya tira un coup — le fusil claqua, résonnant dans le canyon — et la chose hurla, chancelant sur sa gauche.
— La spirale ! cria-t-il. La chaleur !
Il chercha du regard le centre du mur — et le vit. Les rainures profondes de la spirale n'étaient pas une simple inscription. Le long du tracé le plus large, à la base du mur, un espace sombre s'ouvrait — un passage taillé dans la roche vive, assez large pour qu'un homme s'y glisse en baissant la tête. Une chaleur sèche s'en échappait, chargée d'une odeur minérale.
La chose se jeta de nouveau sur eux.
Maya le poussa vers l'ouverture. Il trébucha, attrappa son poignet, l'entraîna avec lui dans le passage au moment où les griffes balayaient l'air à l'endroit exact où elle se tenait une seconde plus tôt. Le tunnel les engloutit dans l'obscurité. Ils rampèrent, le souffle court, la pierre chaude contre leurs mains, tandis que derrière eux la chose poussait des cris qui n'étaient plus ceux d'un homme, mais quelque chose d'autre, quelque chose qui n'avait pas encore trouvé sa forme.
Un dernier regard en arrière. Dans la pénombre du passage, la chose s'était arrêtée au seuil. Ses yeux bleus, fiévreux, rencontrèrent ceux de Declan. Et pendant un instant, il y vit l'homme qu'il avait connu — le géologue nerveux, l'ami de Maya, celui qui disait toujours que les montagnes gardaient leurs secrets.
Puis la chose recula, se retourna vers la spirale, et le bourdonnement s'intensifia jusqu'à ce que le sol tremble.
Le tunnel rétrécissait. Ils s'avancèrent dans la chaleur et l'obscurité, poursuivis par le silence soudain.
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