Les Voies Qui Changent
Lire le chapitre 30: The Long Trek Back
La pente remontait à travers un chaos de rochers brisés et de racines gelées. Le corps de Maya pesait sur ses épaules comme une promesse qu'il ne pouvait plus tenir. Il la déposa sous un pin tordu, recouvrit son visage de son écharpe, et reprit sa marche seul.
La neige arrivait par rafales, horizontale, coupante. Le vent hurlait entre les crêtes comme une bête qu'on égorge. Declan s'arrêta, leva le nez, renifla. La direction du vent venait de tourner — nord-ouest à nord-est. Il connaissait cette montagne comme les lignes de sa main, même dans le noir, même les yeux fermés. Il ajusta sa boussole interne et oblique vers l'est, vers la vallée de la rivière Meridian.
Ses jambes étaient des piliers de plomb. Chaque pas creusait une tranchée dans la neige fraîche. Le fragment de Maya battait maintenant dans sa poche, chaud comme un cœur sauvage, contre la cuisse. Il ne savait pas quoi en faire. Il ne pouvait pas le jeter — les fragments survivraient, Maya l'avait dit. Il ne pouvait pas le garder — c'était un aimant pour le pire. Alors il marchait, et le fragment battait, et la tempête hurlait.
Il atteignit la lisière du plateau de cèdres à la tombée de la nuit. La lumière baisse, bleue, liquide. Il reconnut la trace ancienne d'un ancien portage, un sentier de trappeurs que son grand-père lui avait appris à lire. Ansel. L'homme qui l'avait dressé pour le sacrifice, pas pour la survie. Il serra les mâchoires et continua. Il ne serait pas le mouton que Maya croyait dresser. Ni celui que son grand-père avait dessiné en pointillés.
Ses pieds étaient engourdis depuis longtemps. Ses doigts, dans les moufles, ne répondaient plus qu'en retard. Il s'accroupit derrière un rocher, sortit un bâton de cendre du fond de son sac, le mâcha lentement. L'énergie brute et chimique lui remonta le long de la mâchoire. Pas de campement. Pas de feu. Pas de halte. La ranger station était à moins de quinze kilomètres maintenant, de l'autre côté de la ligne des pins.
À minuit, la tempête céda.
Le ciel se déchira comme un rideau de théâtre, laissant tomber d'un coup une nuit d'un bleu profond, constellée d'étoiles tranchantes. Le froid saisit l'occasion pour mordre plus fort : moins quarante, peut-être moins. Chaque inspiration gelait l'intérieur de ses narines. Mais au moins, il voyait. Il se guida sur la Grande Ourse, recoupa le lit de la rivière gelée, remonta la crête basse.
Et là, en contrebas, une lumière.
Orange, fixe, diffuse. La lampe de la ranger station.
Il ne se rappelait pas la dernière descente. Le versant ouest de la crête, une pente de neige durcie, il la dévala en glissade contrôlée, talons enfoncés hors des traces. Il ne se rappelait pas avoir traversé la clairière. Il se rappelait la porte en bois, massive, fermée. Il se rappelait avoir frappé, un coup, deux, à moitié tombé contre le chambranle.
Puis le bruit. Un battement régulier, au-dessus — rotor. Un hélicoptère.
Il leva la tête. Le vent de l'hélice faucha la neige autour de lui en spirales blanches. Un projecteur balaya la clairière, l'aveugla. Des voix — humaines, fortes, coupant dans le crachotement de la radio.
« — Cross ! Declan Cross ! »
Des silhouettes coururent vers lui. Des parkas fluorescentes, des lampes frontales. Il reconnut la stature épaisse de Sergent Nolan, la moustache en bataille, la voix de rocaille.
« Mon gars. Mon gars. T'as fait le chemin jusqu'ici. »
Il voulut répondre, mais ses lèvres étaient deux plaques de glace. Il montra la poche de sa cuisse, puis leva la main en direction de la vallée, derrière lui, où il avait laissé Maya sous le pin. Il pensa à son corps, à l'écharpe qui bougeait encore au vent quand il s'était éloigné.
« Maya », articula-t-il.
Nolan hocha la tête. Deux secouristes partirent déjà, avec un sac de transport, en suivant la direction qu'il avait indiquée.
Il se laissa tomber à genoux. Les genoux dans la neige, les mains sur les cuisses. Le fragment glissa dans sa poche, toujours chaud, toujours pulsant. Il ne le sentait plus comme un cœur. Plutôt comme un compte à rebours.
« Vous l'avez fait, Cross. Vous l'avez fait », répéta Nolan en le soutenant sous les épaules.
Les voix se brouillaient autour de lui, appelaient son nom, résonnaient dans sa tête comme un écho. Il sentit une couverture de survie se poser sur les épaules, un thermos de bouillon chaud contre ses lèvres. Le goût du sel et du bouillon d'os. Il avala, hoqueta, avala encore.
Le froid commençait à lâcher prise, remplacé par une fatigue si profonde qu'elle ressemblait à un fossé ouvert dans sa poitrine. Les lumières dansaient. Les voix devenaient lointaines, comme au fond d'un tunnel.
Il ferma les yeux.
« Debout, Cross. Viens. L'hélico chauffe. »
Il rouvrit les yeux une dernière fois. Au-dessus de la ligne des pins, la tempête était passée. Les étoiles brillaient, nettes, indifférentes. La montagne était silencieuse. Il se demanda si Lindqvist avait brûlé dans la chambre, ou s'il rampait quelque part dans le noir, avec ses semelles en forme de fauve.
Il laissa Nolan le hisser. Ses jambes refusaient de le porter, mais il les traînait. Un pas. Deux. Le bruit du rotor grossissait, l'air tourbillonnait, le sol vibrait.
Il monta dans l'appareil, s'affala sur la banquette métallique, et le vacarme du monde se referma sur lui comme une porte.
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