Les Voies Qui Changent
Lire le chapitre 4: The Guide's Debt
Le vent hurlait entre les épinettes noires, charriant des flocons si denses qu'ils semblaient suspendus dans l'air. Declan s'arrêta, la main levée. Il l'avait entendu — un bruit sourd, presque un sanglot étouffé, quelque part sous la crête de la colline. Il baissa sa lampe frontale, coupa le faisceau. Le noir absolu l'enveloppa, mais ses yeux, entraînés par des années à lire la forêt, distinguèrent une masse sombre tassée contre le tronc d'un épinette massive.
La silhouette était humaine, recroquevillée sur elle-même.
Il s'approcha lentement, les pieds s'enfonçant dans une couche de poudreuse qui lui montait aux genoux. Son fusil resta pointé vers le sol, mais sa main droite ne quitta pas le pontet. À deux mètres, il distingua les cheveux blonds qui dépassaient d'une capuche bordée de fourrure synthétique, les épaules qui tremblaient par saccades régulières.
« Je suis Declan Cross, équipe de recherche et sauvetage de Val-d'Or. » Sa voix porta malgré le vent. « Vous êtes seule ? »
La tête se releva. Deux yeux bleus, écarquillés, le fixèrent avec une intensité qui le fit presque reculer. La femme avait le visage blême, strié de traces de larmes qui avaient gelé en fines croûtes translucides sur ses joues.
« Il y en avait d'autres, dit-il. Où sont les autres ? »
Elle secoua la tête, un mouvement saccadé. Puis elle tendit une main tremblante hors de la capuche.
« Maya. Maya Chen. Biologiste — enfin, technicienne de laboratoire. » Sa voix était rauque, brisée par l'effort de parler. « J'étais avec le groupe. Ils — »
Elle s'interrompit, les yeux se perdant dans la nuit au-delà de Declan.
« Ils ont été attaqués. Quelque chose — une espèce de loup, mais plus grand. Bien plus grand. »
Declan s'accroupit à sa hauteur, baissant sa lampe pour ne pas l'éblouir. Les traces de morsures sur l'avant-bras de la jeune femme — trois entailles profondes, parallèles — traversaient sa veste déchirée. Des griffes. Pas des dents.
« Vous étiez combien quand ça a commencé ? »
Maya avala sa salive. « Sept. C'était sept au départ. » Elle marqua une pause, comme si compter lui demandait un effort terrible. « Et le guide. Huit avec lui. »
« Whitmore, le coordinateur, n'a jamais nommé le guide sur la liste que j'ai reçue. » Declan fit courir son regard sur les traces autour de l'épinette — des traces uniques, ceux de Maya, qui s'arrêtaient net à l'extrémité d'une zone de piétinement. Tout le reste avait été effacé par la neige qui tombait de plus en plus dru. « Il s'appelait comment ? »
Maya le regarda, et quelque chose passa dans ses yeux — une hésitation, comme un voile qui se baisse. « Elias. Elias Littlebear. »
Le nom frappa Declan comme un coup physique. Littlebear. Le même nom qu'Isaac. Et soudain, la photographie dans la poche de cuir lui brûla la hanche, le poids de la pierre de quartz contre sa cuisse.
« Elias Littlebear, répéta-t-il lentement. Un homme d'une trentaine d'années ? Longues nattes, visage anguleux, un tatouage au poignet ? »
Maya cligna des yeux. « Je ne sais pas pour le tatouage. Les nattes, oui. » Elle fronça les sourcils. « Vous le connaissez ? »
« Je connaissais son père. » Le mot était lourd, volontairement ambigu. Isaac Littlebear — mort officiellement d'une crise cardiaque à Kamloops un an plus tôt, à moins de cinquante kilomètres de cette pente. Le vieil homme qui avait appris à Declan à lire un ciel de neige, à sentir le vent tourner, à comprendre que la forêt gardait ses secrets mieux qu'aucun humain. « Quand l'avez-vous vu pour la dernière fois ? »
Maya détourna le regard. « La première nuit. Quand — quand la chose est venue. Elias était près du feu, une arme à la main. Il a crié pour que nous courions. Je me suis enfuie. Je n'ai pas regardé derrière.
Elle mentait. Declan le savait avec une certitude viscérale, la même qu'il utilisait pour déceler une piste qui s'arrête net au milieu d'un champ de neige. La courbe de son cou, la façon dont ses doigts se crispaient sur le revers de sa veste.
« Vous avez vu ce qui s'est passé après. » Ce n'était pas une question. Sa voix s'était faite plate, une technique qu'il maîtrisait — parfois, le ton neutre faisait plus pour ouvrir un témoignage que la pression la plus directe.
Les épaules de Maya se soulevèrent et s'abaissèrent lentement. « Il n'y a rien eu à voir. Il a crié, puis le cri s'est arrêté. Et quand je me suis enfuie, je n'ai entendu que les pas derrière moi. Des pas lourds. Puis plus rien. »
« Vous n'avez pas vu la créature depuis ? »
Maya secoua la tête. « Mais je sais qu'elle est là. Parfois, la nuit — » Elle s'interrompit, cherchant ses mots. « Vous ne pouvez pas comprendre. Vous ne l'avez pas vue. »
Declan leva les yeux vers le ciel. La neige tombait toujours plus drue. Il avait vu la silhouette ce soir, l'ombre qui s'était effacée au moment où il l'avait aperçue. Et il avait vu les traces à griffes qui suivaient la piste humaine en parallèle.
« Nous avons deux options. » Il se releva, tendant la main à Maya, qui hésita avant de la prendre. « Refaire le chemin vers le plateau et l'abri que j'ai trouvé plus bas, ou suivre la piste des autres vers la vallée. À ton avis, elle mène où ? »
« Au refuge de chasse abandonné », dit Maya. Sa voix s'était raffermie légèrement, mais ses doigts continuaient de trembler contre le poignet de Declan. « Le camp de base de l'équipe. Nous devions attendre la fin de la tempête là-bas. Elias l'a dit que le toit est réparé — il avait dit que son père l'avait construit pour les trappeurs, il y a des années. »
Le mot fit écho dans la poitrine de Declan. Le refuge d'Isaac Littlebear, sur son territoire de chasse. Le vieil homme lui avait parlé de ce refuge une fois, en montrant une carte de la région qu'ils n'avaient jamais pu couvrir avant la fermeture de la saison. Et maintenant, son fils y conduisait les scientifiques disparus.
« Nous y allons. » La décision s'imposa à lui sans qu'il la délibère. Son devoir était de retrouver les autres, mais plus encore — mieux que personne, il mesurait la dette qu'il portait envers le vieil homme qui l'avait remis sur ses pieds quand la première saison de chasse avait failli le tuer. Si le fils d'Isaac était là-bas, Declan irait. Pour la mémoire du vieil homme. Pour la photo qui brûlait dans la pochette de cuir.
Maya le regarda, et quelque chose s'ouvrit dans son expression — une faille, un doute qui remontait à la surface. « Monsieur Cross — »
« Declan. »
« Declan. » Elle prit une inspiration tremblante, puis sembla se décider. « Elias n'a pas disparu simplement. Je l'ai vu — j'ai vu quelque chose d'autre, avant de fuir. Il y avait une seconde paire de traces autour du feu, mais elles n'appartenaient à personne que je connaissais. Elles commençaient au milieu de la neige, comme s'il y avait eu quelque chose de debout là tout le temps, invisible, à nous observer. Quand j'ai couru, j'ai vu la piste s'arrêter — pas la mienne, celle de l'autre — et elle ne continuait nulle part. Elle s'arrêtait juste. Comme si l'autre avait pris une forme que la neige ne pouvait pas porter. »
Les poils de nuque de Declan se hérissèrent. Les mêmes traces, la même signature immatérielle que celles qu'il avait vues près de la grotte. Quelque chose attendait là — avait attendu — et la neige ne mentait jamais.
Sauf quand elle le faisait.
« Nous y allons, répéta-t-il. Et si tu entends quoi que ce soit, tu me le dis avant de le regarder. Compris ? »
Maya hocha la tête, et Declan tourna son visage dans la direction de la vallée, la lampe frontale taillant un cône blanc dans la nuit. Quelque part dans cette direction, le refuge attendait. Et quelque part dans les ténèbres encore plus profondes, un être que la forêt n'avait jamais nommé suivait toujours, patient, de sa propre piste qui ne commençait nulle part.
« Marchons », dit-il.
Derrière eux, le vent rabattit la neige sur leurs traces, effaçant leur passage comme s'ils n'avaient jamais existé.