Les Voies Qui Changent
Lire le chapitre 5: The Second Set
Le vent sifflait entre les épinettes, charriant des cristaux de glace qui piquaient la peau comme des aiguilles. Declan se retourna, scrutant la piste que Maya venait d'indiquer du menton. Les traces étaient là — profondes, lourdes, impossibles à confondre avec celles d'un humain.
Il s'accroupit, retira son gant droit, et laissa ses doigts effleurer la neige compacte de l'empreinte. Trois orteils seulement. Un coussinet central massif, presque circulaire. Chaque marque descendait à près de quinze centimètres dans la neige, comme si la créature avait pesé trois fois ce que Declan pesait.
— Tu dis que tu n'as vu aucune créature cette nuit-là.
Maya était restée derrière lui, à quelques pas. Elle enserrait sa parka autour de son corps menu, et son souffle formait de petits nuages pressés.
— Je dis ce que j'ai vu. Et je n'ai pas vu ça.
— Mais tu l'as entendu. Tu as bien décrit un cri étrange avant l'attaque du camp.
Elle ne rata pas une seconde.
— J'ai décrit ce que j'ai entendu. Les autres dormaient. Elias était de garde.
Declan pinça les lèvres. Il s'attarda sur le mot *était*, comme on tâte une plaie. Le fils d'Isaac. Le garçon qu'il n'avait jamais connu, seulement dont il avait vu la photo dans le canoë d'Isaac — une photo pliée et repliée tant de fois que le pli blanc était devenu plus large que le visage.
— Viens voir.
Il lui tendit la main. Elle hésita une seconde de trop — la seconde qu'il remarquait parce qu'il était entraîneur, tracker, chasseur d'infimes variations. Puis elle saisit sa main, et ses doigts étaient si froids qu'ils semblaient appartenir à un autre corps.
Il la guida jusqu'à la piste, à genoux, ses yeux marron fixant les empreintes pendant presque dix secondes sans parler.
— Tu vois l'orifice des orteils ?
— Oui.
— Un ours, un loup, un chien — tous ont des griffes visibles. Traîne ou pointue. Ici, rien. Pas une marque de griffe. Trois orteils, pas quatre.
Elle se releva brusquement.
— Une fois, à une conférence à Ottawa, un paléontologue qui travaillait sur l'arctique nous a parlé d'un mammifère du Pléistocène. Un prédateur qui marchait sur trois doigts, comme les équidés anciens, mais avec des coussinets plantaires comme un ours.
Declan la regarda. Elle avait ramassé ses mains devant elle, et il vit alors ce que le froid pouvait masquer au premier abord : elles tremblaient. Pas le tremblement du gel qui s'installe, mais celui de la peur qui ne veut pas sortir.
— Tu étais géologue ? demanda-t-il.
— Glaciologue. Le biome m'intéresse seulement quand il m'empêche de faire mon travail.
Elle se retourna, comme pour parler à la forêt plus qu'à lui. Les traces s'étiraient vers le nord-ouest, parallèles à celles qu'ils avaient suivies depuis la grotte. La double piste — deux créatures, séparées d'une heure peut-être, se dirigeant dans la même direction.
— Ce n'est pas humain, dit-il tout bas.
— Non.
Elle poussa un long soupir. La buée s'éleva dans l'air glacé et se déchira.
— Mais c'est pourtant ce que j'ai le plus entendu. Quand ça criait cette nuit-là, quand je pensais que c'était un loup enragé, il y avait quelque chose de… de vocal dans le son.
Declan se releva. Il fixa la piste secondaire, celles des pas humains qui les précédaient depuis la grotte, qui s'enfonçaient vers le refuge. La même direction que les traces aux trois doigts. Comme deux chemins parallèles, dessinés par des mains différentes, vers un même but.
— Ces traces-là, déclara-t-il en désignant les pas humains, elles ne zigzaguent pas. Elles ne ralentissent pas. Si un survivant marchait, il changerait de cadence, il hésiterait, il regarderait derrière lui. Ce gars-là — celle-là — marche comme un automobiliste sur un boulevard.
Maya s'approcha et regarda la piste. Ses moustaches de givre s'étaient formées déjà au bord de sa capuche, et ses yeux brillèrent d'une lueur que Declan connaissait bien : le moment où un savoir scientifique ne suffit plus et où la réalité sauvage prend le dessus.
— Deux pistes. Même destination.
— C'est ce qu'on doit vérifier.
Il écouta une seconde, la tête tournée vers l'ouest. La tempête les rattrapait, une masse grise qui avalait les crêtes une à une. Il restait peut-être trois heures avant que la visibilité tombe à zéro.
— On établit le camp.
— Ici ?
— Ici, sous le surplomb rocheux qu'on a croisé à cent mètres. On ne marche pas dans une nuit pareille avec cette piste-là qui nous suit.
— Qui nous suit ? reprit-elle d'une voix tendue. Tu ne penses pas qu'elle file aussi vers l'ouest ?
Il la fixa. Son visage était dans l'ombre, mais elle n'était pas idiote. Elle comprît ce qu'il venait de dire, et son regard vola vers les empreintes à trois orteils, dont la direction traversait les leurs de biais — pas exactement comme un chemin parallèle, mais comme celui d'une créature qui aurait ajusté sa ligne pour traverser leur propre piste.
— Depuis combien de temps elle nous suit ?
Il ne répondit pas immédiatement. Il refit le chemin de ses observations en mémoire, la façon dont les traces se rapprochaient légèrement à chaque relais. La première fois, à la grotte, elle était à trente mètres. À mi-chemin, à vingt. Maintenant, en l'écoutant respirer, elle était peut-être à quinze.
— Depuis le début.
Il posa son sac à dos contre une souche et commença à examiner les environs pour le campement. Son esprit, pourtant, restait un fil tendu. La nuit d'été passée avec Isaac, un an avant sa mort, près du lac. Isaac avait évoqué les gobelins blancs du Nord qu'il appelait *esna*, des esprits qui imitaient la voix humaine pour attirer les chasseurs, et qui ne laissaient jamais de traces de griffes.
— Tu as froid ? demanda-t-il à Maya.
— Non.
Ses mains, pourtant, continuaient à trembler quand elle les tendit vers le petit brûleur qu'il installa. Elle ne le regarda pas dans les yeux.
Un hurlement déchira le vent, à l'ouest. Il était long, modulé, presque en deux temps. Il commença comme une note de loup — mais il se termina comme un appel, une syllabe chargée, une intention.
Maya se figea.
Declan écouta, et ce fut le poil de sa nuque qui répondit avant sa raison. Que ceci ressemblait moins au cri d'un animal qu'à une voix qui essayait de rappeler un autre membre de son espèce.
— C'est ça que tu as entendu cette nuit-là ?
Elle acquiesça. Un hochement bref, un geste involontaire.
— Presque pareil. Mais cette nuit-là, ça chantait, dit-elle d'une voix à peine audible. Je me souviens d'un air.
— Un air ?
— Une mélodie. Comme si quelqu'un fredonnait, entre les hurlements. Pour recommencer.
Ses mains tremblèrent plus fort. Il ne les prit pas, cette fois. Il enfila ses gants et tira la toile de tente du sac, calculant l'angle du surplomb pour s'abriter du vent. La nuit venait. Le refuge était à huit heures de marche. Et quelque chose chantait dans l'obscurité pour les attirer.
— On monte le camp, dit-il en plantant un piquet dans la glace. On boit chaud, on dort deux heures, et on repart avant l'aube, quand la piste sera fraîche et que la neige aura effacé le mensonge des yeux.
Il la vit déglutir, les yeux fixés sur ses doigts terreux, et pour la première fois depuis qu'ils marchaient, Declan comprit qu'il ne traquait pas seulement des traces de créature. Il traquait la peur que Maya portait comme une seconde peau, et qu'elle ne voulait — ou ne pouvait — nommer.