L'Héritage d'Eau Salée
Lire le chapitre 22: The Tourist Trap
Oliver se tenait sur le perron de Gull's Rest comme s'il était chez lui, un sourire poli vissé sur un visage que six ans de vie londonienne avaient rendu à la fois familier et étranger. Il portait un blazer bleu marine——trop habillé pour Penzance, trop urbain pour ce décor de galets et de vent salé——et tenait une valise en cuir qui semblait avoir été choisie par un commercial.
« Surprise », dit-il en soulevant son sac à bout de bras, comme s'il exhibait un trophée.
Immy resta figée sur le seuil. Les deux couples de guests étaient au salon, absorbés par une partie de cartes que Toby avait installée la veille. Dans la cuisine, le ragoût de poisson mijotait. Elle avait une heure avant le dîner, une heure pour… quoi exactement ?
« Oliver. » Sa voix sortit plus sèche qu'elle ne l'aurait voulu. « Tu n'aurais pas dû venir sans prévenir. »
Il haussa un sourcil, ce geste qu'il avait toujours eu, un mélange de désinvolture et de reproche. « Tu n'as pas répondu à mes derniers messages. J'ai pensé qu'il était temps de remettre les choses en perspective. »
Le vent souleva des embruns depuis la plage, invisible mais présent. Immy jeta un coup d'œil par-dessus son épaule. Les Ashworth et les Green, installés dans le salon, semblaient absorbés par leur jeu, mais Mme Ashworth avait l'oreille orientée vers la porte, c'était flagrant.
« Pas ici, » souffla-t-elle.
Elle le mena le long du sentier qui descendait vers la crique, là où les rochers formaient une anse naturelle et où leurs voix ne pourraient pas être portées par le vent jusqu'aux fenêtres du pub. Oliver la suivit sur les pierres glissantes avec des chaussures à semelles fines, une expression d'inconfort qui lui donnait presque plaisir.
« Tu as l'air bien », dit-il lorsqu'ils atteignirent le sable. « Plus… décoiffée. »
Elle croisa les bras. « Qu'est-ce que tu fais ici, Oliver ? »
« Je t'ai manqué. » Il fit un pas vers elle. Du sable collait à ses mocassins. « Tu as disparu dans ce trou perdu sans même discuter de ce qui s'était passé à Londres – le projet, l'appartement, nous. »
Le projet. L'appartement. Nous. Dans cet ordre.
« Je t'ai envoyé des messages pour te dire que je restais ici jusqu'à la fin de l'été », répondit-elle. « Ce n'était pas une proposition ouverte à négociation. »
« Immy. » Il laissa retomber ses bras. « L'héritage, je comprends. Le deuil de ta grand-mère, tout ça. Mais tu ne peux pas sérieusement envisager de laisser tomber ta carrière pour une vieille bâtisse qui s'écroule. » Il jeta un regard circulaire sur la façade écaillée de Gull's Rest dans le lointain. « J'ai fait des recherches. Les réparations se comptent en centaines de milliers de livres. Tu ne peux pas sortir ça d'un chapeau. »
Elle ouvrit la bouche pour répondre, mais le mouvement sur les rochers attira son regard. Toby, immobile en haut de la falaise, les observait. Il faisait semblant de vérifier quelque chose dans la corde qu'il tenait enroulée autour de son épaule, mais ses yeux étaient fixés sur eux, sur eux. Immy détourna le regard, le cœur battant plus fort que la conversation ne le méritait.
« Je sais ce que coûte la rénovation », dit-elle calmement. « On en a le plan. On cherche des financements. »
« On ? » Oliver inclina la tête. « Il y a quelqu'un d'autre dans cette histoire ? »
« C'est compliqué. »
« Ça, c'est sûr que c'est compliqué, puisque tu ne réponds plus à mes appels. » Il plongea la main dans la poche intérieure de son blazer et en sortit un chèque. Il le lui tendit, plié en deux. Cinquante mille livres, lisible d'un seul coup d'œil.
« Oliver, je ne peux pas… »
« Ce n'est pas un cadeau. C'est un investissement. » Il avança jusqu'à ce qu'ils se tiennent à un mètre l'un de l'autre. « Nous avons parlé d'associer nos vies, de bâtir quelque chose ensemble après le projet Vermillion. Et voilà que ce bâtiment... » Il pointa Gull's Rest avec le chèque. « ...est, littéralement, un bâtiment. Un beau projet de restauration, je le concède. J'ai vu les photos que tu m'as envoyées avant de couper les ponts. Il y a un potentiel commercial réel : boutique d'artisanat au rez-de-chaussée, salons de thé, peut-être des appartements de vacances premium en haute saison. »
C'était la chose la plus insultante qu'il ait jamais dite, et de loin. Immy regarda le chèque. Cinquante mille livres. La moitié de la somme qu'Elias Penrose avait brandie comme une épée de Damoclès. La moitié des réparations, le toit, les fenêtres, le doute.
Elle pensa au rêve, la voix de sa grand-mère qui lui demandait pourquoi elle fuyait.
« Il y a un codicille au testament, dit-elle lentement. Je dois tenir l'auberge pendant un an avant de pouvoir vendre. Et le contrat de vente ne m'appartient pas seul. Il y a une clause de premier refus chez la famille Carrick. »
Oliver cligna des yeux. « En clair ? »
« En clair : je ne peux pas te vendre la moitié de quoi que ce soit. Je ne peux même pas te vendre ce dont je n'ai pas encore la totale propriété. Et même si je le pouvais... » Elle releva le menton. « Je ne veux pas que Gull's Rest devienne un complexe hôtelier avec spa et brunchs à vingt livres. »
Le visage d'Oliver se ferma. Il rangea le chèque mais ne le déchira pas. Il le glissa dans la poche de sa veste avec un soin méthodique qui la mit plus en colère que s'il l'avait lancé dans la mer.
« Tu t'es laissé prendre au piège sentimental », dit-il avec une petitesse dans la voix. « L'air marin, le folklore, le garçon du village qui te regarde avec ces yeux de chien battu. Ton arrière-grand-mère a laissé cette bâtisse pourrir pendant trente ans ; tu veux finir comme elle ? »
Immy sentit la colère monter, chaude, libératrice.
« Ma grand-mère », dit-elle, chaque syllabe nette comme un galet, « a tenu cet endroit toute seule, contre les Penrose, contre les tempêtes, contre un village qui pour moitié la haïssait. Elle n'a pas eu besoin d'un homme avec un chéquier pour rester debout. »
« Alors je te laisse tomber », dit Oliver. Il la toisa longuement, puis hocha la tête avec une froideur presque clinique. « Bonne chance, Immy. Tu vas en avoir besoin. »
Il remonta la plage, et elle resta sans bouger jusqu'à ce que le bruit de ses pas ait complètement disparu. Quand elle releva les yeux, Toby avait quitté son poste d'observation. Le chèque était toujours à ses pieds dans le sable, là où Oliver l'avait laissé tomber sans bruit——il l'avait fait exprès, pour qu'elle le ramasse.
Au lieu de cela, elle le ramassa.
Elle le regarda. Quarante-neuf mille, neuf cent soixante-deux comme s'il avait calculé chaque pence pour la blesser. Un prêt. Il avait dit « prêt ». Comme si elle lui devait quelque chose, comme si elle était une dette.
Elle froissa le papier épais et le déchira en huit morceaux bien nets. Le vent attrapa les fragments et les emporta vers l'écume. Ils flottèrent un instant comme des algues fantômes, puis disparurent dans le gris de l'eau.
Elle resta immobile jusqu'à ce que la lumière change, jusqu'à ce que le châle humide de l'air commence à s'infiltrer dans son pull.
Quand elle remonta vers Gull's Rest, Toby l'attendait sur les marches, un verre de vin blanc à la main, l'autre dans sa poche. Il ne posa pas de questions sur Oliver, ne fit pas de commentaire. Il lui tendit simplement le verre.
« Le ragoût est prêt. Les guests ont demandé si tu allais bien. » Il marqua une pause. « J'ai dit que tu réglais des trucs de Londonienne. »
Elle but une gorgée, le vin aigre et minéral.
« Merci, dit-elle. Pour ne pas avoir posé de questions. »
Il hocha la tête, mais ses yeux restaient fixés sur la ligne d'horizon, là où les débris du chèque avaient sombré. Quelque chose dans sa posture, droit et immobile, disait qu'il y avait encore une bataille à venir, et que celle-ci ne viendrait pas de Londres.
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