L'Héritage d'Eau Salée
Lire le chapitre 7: Postcards from Nowhere
L'aube se leva sur Gull's Rest avec la couleur du thé froid. Imogen avait passé la nuit à tourner en rond entre la carte codée de sa grand-mère et la lettre du solicitor qu'elle n'arrivait toujours pas à ouvrir. Le papier crème l'attendait sur le bureau de l'office, comme une présence silencieuse.
Elle avait décidé d'aller à Pencarrick Cove à marée basse. C'était le plan. Mais le courrier arriva avant.
Le facteur – un homme aux joues rouges qu'elle n'avait jamais vu – déposa une liasse de lettres et de publicités sur le comptoir de la réception avec un sourire fatigué. Imogen tria le tout distraitement : factures, prospectus pour un service de location de vélos, carte postale.
Elle s'arrêta.
La carte postale représentait une photographie jaunie de Gull's Rest, prise probablement dans les années cinquante. La façade était plus propre, la peinture fraîche, et un drapeau Union Jack flottait au-dessus de la porte. Au dos, une écriture fine et penchée, à l'encre bleue :
*Ma chère Rose,* *Les eaux ici sont claires comme du verre et je pense à toi chaque jour. J'ai trouvé un travail dans une conserverie à Nelson. Encore quelques mois, et je serai à la maison. Je serai bientôt à la maison.* *Ton frère aimant,* *Jasper*
Le cachet de la poste indiquait Wellington, Nouvelle-Zélande. La date : il y a trois semaines.
Trois semaines après la mort de sa grand-mère.
Imogen retourna la carte entre ses doigts. Rose. C'était le prénom de Gran. Rose Renfrew. Et Jasper ? Elle n'avait jamais entendu ce nom. Ni de son père – qui ne parlait jamais de sa famille – ni dans les histoires que Gran lui racontait, assises devant la cheminée du salon quand elle était petite, quand Cornouailles signifiait encore vacances et sécurité, pas héritage et fuite.
« J'ai un grand-oncle, murmura-t-elle à la pièce vide. J'ai un grand-oncle en Nouvelle-Zélande. »
La carte sentait le sel et quelque chose d'autre, un parfum qu'elle ne pouvait pas identifier. Du tabac, peut-être. Ou de l'humidité de traversée maritime.
Elle s'assit sur la dernière marche de l'escalier, là où le soleil du matin commençait à lécher les lattes de bois usées. La carte – la photographie de l'auberge d'autrefois – la fixait depuis ses mains. Le drapeau. La peinture fraîche. Une femme devant la porte, silhouette floue, peut-être Gran dans sa jeunesse.
*Je serai bientôt à la maison.*
Mais la maison était ici. Et la maison appartenait maintenant à Imogen. Si Jasper comptait revenir, il trouverait une nièce qu'il n'avait jamais su exister et une maison qu'elle s'apprêtait à vendre au premier acheteur venu.
Un bruit sourd à la porte d'entrée la fit sursauter. La famille Ashworth sortait en rangs serrés, visages fermés, chaussures de randonnée lacées. Le père – un homme au cou épais nommé Brian – s'arrêta devant elle.
« Nous partons pour la journée. St. Ives. Il y a un festival d'art là-bas. » Il ne le demanda pas. Il l'informa.
« Le petit-déjeuner était correct, ajouta sa femme, Deborah, avec une générosité qui ressemblait à une insulte. Pour quelqu'un qui n'est pas cuisinière. »
Leurs deux enfants, des adolescents absorbés par leurs téléphones, la dépassèrent sans un mot. La porte claqua.
Imogen resta seule avec la carte postale et le poids soudain de toute une famille de secrets. Sa grand-mère avait une correspondance que personne ne connaissait. Un frère. Peut-être des lettres cachées quelque part, comme la lettre dans la barque, comme la carte au X dans la crique.
Elle remonta dans sa chambre, ouvrit la penderie, et sortit la boîte en fer-blanc que le solicitor avait mentionnée lors de la lecture du testament. Elle l'avait à peine ouverte depuis son arrivée. À l'intérieur : des photos de vacances en famille, des reçus, une mèche de cheveux attachée d'un ruban, et un album de timbres.
Elle l'avait déjà examiné superficiellement. Mais cette fois, elle cherchait autre chose.
Au fond de la boîte, sous une pile de faire-part et de cartes de vœux, elle trouva une enveloppe cachetée. Pas d'adresse. Juste, à l'intérieur, une lettre manuscrite à l'encre bleue – la même écriture penchée que celle de la carte postale.
*Ma chère Rose,* *Je sais que tu m'as dit de ne plus écrire. Je sais que tu as choisi ta vie, et je respecte ce choix. Mais je veux que tu saches que je n'ai jamais cessé de penser au temps où nous étions petits, avant que tout se brise. Je n'ai jamais cessé de penser à ce que père a fait au toit de l'auberge, et à la manière dont tu as porté cette responsabilité seule. Si tu changes d'avis, si tu veux que je revienne, je reviendrai. Il suffit de dire le mot.* *Ton frère,* *Jasper*
Imogen relut la lettre deux fois. Puis elle la posa à côté de la carte postale. *Ce que père a fait au toit.* Le toit de Gull's Rest ? Elle se souvint soudain des factures qu'elle avait trouvées dans l'office – des réparations de charpente, des paiements réguliers à un couvreur de Truro, effectués par sa grand-mère chaque année, comme pour une dette.
Une dette familiale.
Le téléphone sonna dans l'office. Imogen laissa la première sonnerie passer, puis courut.
« Gull's Rest, bonjour. »
« Imogen. » La voix de Roger Pemberton-Smythe était onctueuse comme du miel rance. « J'espérais vous joindre. Je me demandais si vous aviez eu le temps de réfléchir à ma proposition. »
« Votre proposition ? » Elle avait la lettre du solicitor dans sa poche arrière, toujours non ouverte.
« L'auberge. Je suis prêt à faire une offre très généreuse. Au-dessus du prix du marché, même. Je sais que la route est coupée, que vos clients sont – comment dire – difficiles à satisfaire en ce moment. Une vente rapide serait dans votre intérêt, non ? »
Imogen regarda la carte postale sur le bureau. L'image de l'auberge d'autrefois, le drapeau, Gran jeune devant la porte.
« Vous avez déjà retiré votre offre, monsieur Pemberton-Smythe. Vous étiez très clair là-dessus quand nous avons parlé. »
Un silence. Puis : « Les choses changent. Les affaires évoluent. Peut-être pourrions-nous en discuter autour d'un café, à St. Ives ? »
« La route est coupée. Vous l'avez dit vous-même. »
« Il y a d'autres chemins pour qui sait les trouver. » La voix prit une inflexion presque amusée. « Les sentiers côtiers fonctionnent très bien, même à marée haute, si on connaît le terrain. »
Imogen raccrocha sans répondre. Elle laissa son regard errer vers la carte posée sur le bureau, l'X tracé à l'encre à Pencarrick Cove.
Roger Pemberton-Smythe connaissait le terrain. Roger Pemberton-Smythe savait des choses sur les affaires de sa grand-mère. Et il semblait très déterminé à mettre la main sur Gull's Rest.
Elle prit la carte codée de Gran et la glissa dans la poche de sa veste. La marée serait basse dans quarante minutes.
Sur le pas de la porte, elle se retourna. La carte postale de Jasper était restée sur le comptoir. *Je serai bientôt à la maison,* disait-elle. Mais quelle maison ? Et dans quel état la trouverait-il ?
Imogen sortit sous le ciel gris et salé, l'odeur de varech dans les narines, le chemin de Pencarrick devant elle. Quelque chose dans cette histoire – le frère banni, le toit endommagé, l'acheteur trop pressé, la page arrachée du livre d'or – formait une trame qu'elle ne comprenait pas encore. Mais elle allait commencer à tirer le fil.
La falaise plongeait vers la crique en lacets abrupts. Le vent sifflait dans les herbes hautes et l'océan grondait en contrebas, impatient. Imogen compta ses pas pour ne pas penser à la lettre, au frère inconnu, à l'acheteur qui connaissait les sentiers mystérieux de Cornouailles.
Quand elle atteignit le creux de la crique, la mer s'était retirée, laissant des flaques miroitantes et des rochers couverts d'algues vertes. Elle sortit la carte. L'X était marqué près d'une formation rocheuse en forme de croc, à l'extrémité ouest de la plage. Elle s'y dirigea, guidée par les dessins précis de sa grand-mère.
Mais quand elle arriva au rocher en croc, il n'y avait rien. Rien à part un tas de galets et un morceau de métal rouillé émergeant du sable – l'épave d'une petite barque, mangée par la mer depuis des décennies.
Imogen s'accroupit, examina le métal. Puis elle vit quelque chose, gravé dans le flanc de la barque, à peine lisible sous la rouille.
*J.R.*
Jasper Renfrew.
Elle resta là, genoux dans le sable humide, la carte froissée dans sa main. Le frère de sa grand-mère avait eu une barque ici, dans cette crique. Une barque qui avait fini en épave.
Et quelque part, au fond d'elle, dans le recoin où elle cachait les choses qu'elle ne voulait pas voir, Imogen comprit que l'histoire de sa famille était des couches superposées de secrets, comme la peinture sur les murs de l'auberge – chaque couche cachant celle d'avant.
La marée commençait à remonter. Le froid lui mordait les chevilles. Imogen remit la carte dans sa poche et commença à remonter la falaise, mais quelque chose avait changé.
Elle n'était pas seulement ici pour vendre une maison. Elle était ici pour comprendre pourquoi sa grand-mère avait passé sa vie à payer pour un toit que quelqu'un d'autre avait brisé. Et pourquoi le nom de Jasper Renfrew semblait vouloir sortir de terre à chaque coin de cette propriété.
Derrière elle, l'océan commença à avaler la crique, et avec elle, la barque rouillée et tout ce qu'elle aurait pu raconter.