L'Héritage du Château
Lire le chapitre 12: The Map's Mark
L’aube était encore grise quand Élodie retrouva Luc au bord du puits. Il avait apporté deux pelles qu’il tenait comme un持ち人 mal à l’aise, et une lampe torche dont le faisceau balayait l’herbe humide. Elle avait la carte pliée dans la poche de sa veste, le papier froissé par ses nuits d’insomnie à l’étudier.
— Trois mètres au nord, dit-elle en désignant un point à la droite du puits. Pas plus.
Luc planta sa pelle dans le sol à l’endroit indiqué. La terre était meuble ici, plus que le reste du jardin, comme si quelqu’un l’avait retournée récemment. Élodie s’accroupit et passa la main sur le gazon. Des racines coupées, nettes. Quelqu’un avait creusé ici dans les dernières semaines.
— On n’est pas les premiers, murmura-t-elle.
Luc la regarda, puis baissa les yeux vers la pelouse. Il ne dit rien, mais son silence en disait long. Il se remit à creuser avec une détermination calme, tandis qu’Élodie faisait le guet vers le château. Les Allemands ne devaient pas se lever avant huit heures. Pierre, lui, était parti faire ses courses au village, comme chaque samedi. Ils avaient peut-être deux heures devant eux.
Le métal de la pelle heurta quelque chose de dur à vingt centimètres de profondeur. Luc s’immobilisa, puis creusa plus délicatement autour de l’objet. Une boîte en métal, rouillée aux coins, pas plus grande qu’un livre de cuisine. Elle avait été enfouie dans un sac plastique épais, ce qui expliquait son état remarquablement préservé.
Luc la souleva à deux mains et la posa sur le sol. Le couvercle résista, puis céda avec un grincement. À l’intérieur, un cahier cartonné, vert, usé, les pages jaunies mais lisibles. Une écriture cursive, élégante, penchée, couvrait les premières lignes.
Élodie retint son souffle. Elle n’avait jamais vu cette écriture, mais elle la reconnaissait pourtant, de manière instinctive. Sa mère écrivait comme ça, avec les mêmes boucles serrées et les mêmes yeux qui pointaient bizarrement sur les i.
— Ta grand-mère ? demanda Luc.
— Ma mère écrit exactement comme ça. C’est son écriture à elle, ou celle de sa mère.
D’un geste hésitant, Élodie tourna la première page. Une date était inscrite en tête : le 14 mars 1962. Et une phrase, soulignée deux fois :
*« Nous avons fait un pacte. Il nous faut maintenant le tenir. »*
Le reste de la page était vierge. La seconde page ne commençait que quelques semaines plus tard.
— On ne peut pas lire ça ici, dit-elle. Pas avec les invités qui vont se lever. Et Pierre qui peut revenir.
Luc hocha la tête, puis se tourna vers le château. Il consulta sa montre.
— J’ai une chambre réservée à l’auberge du village. On peut y aller maintenant, si tu veux. Mais tu devrais être revenue pour le petit-déjeuner de tes hôtes.
Élodie hésita. L’idée de s’éloigner du château avec ce cahier la rendait nerveuse, comme si les murs eux-mêmes surveillaient ce qu’ils découvraient. Mais le regard de Luc était franc, et son offre était raisonnable.
— Je préviens Marie-Claire que je reviens dans une heure, dit-elle en sortant son téléphone. Elle peut tenir le service du matin.
Dix minutes plus tard, ils étaient installés dans une petite chambre d’auberge aux murs en pierre apparente. La lumière jaune d’une lampe de chevet éclairait le cahier ouvert entre eux sur la table en bois. Luc avait pris un café, Élodie un thé qu’elle ne touchait pas, trop absorbée par l’écriture de sa grand-mère.
La première entrée complète datait du 2 avril 1962.
*« Aujourd’hui A. m’a répété ce qu’il m’avait dit la semaine passée : il ne restera pas ici. Pas après ce qu’il a vu. Je lui ai demandé ce qu’il avait vu, mais il a détourné le regard. Il m’a dit de ne pas poser de questions. Je suis trop naïve, il dit. Je vois trop les gens comme ils devraient être, et pas comme ils sont. »*
Élodie leva les yeux vers Luc qui lisait par-dessus son épaule.
— A. pour Antoine, murmura-t-elle. L’homme du testament. L’homme de la photo.
Luc acquiesça, mais ne dit rien. Elle continua.
*« 13 avril 1962. Antoine m’a avoué que ce n’était pas lui qui avait volé la montre de grand-père. Je le savais déjà. Mais il refusait de dire qui c’était. Il m’a regardé avec ces yeux tristes qu’il a et m’a dit qu’il valait mieux que tout le monde pense que c’était lui. Ça m’a terrifiée. Pourquoi protéger le coupable si ce n’est pas sa faute ? »*
Élodie sentit son cœur se serrer. Elle s’interrompit pour boire une gorgée de son thé, comme pour se donner le temps de digérer le mot. *grand-père*. Ce n’était pas son arrière-grand-père à elle, mais Amélie écrivait de son point de vue. Et si Antoine n’était pas le voleur, alors quelqu’un dans sa propre famille l’était.
— Quelqu’un de la famille, dit-elle à voix haute. Ma grand-mère l’écrit noir sur blanc.
Luc tourna quelques pages plus loin, l’air pensif.
— Il y a peut-être plus de noms ici. Continue.
*« 1er mai 1962. Le pacte. Maman est venue me voir hier soir, l’air grave. Elle savait pour Antoine et moi. Je ne sais pas comment, mais elle savait. Elle m’a demandé de cacher quelque chose pour lui. Quelque chose qu’il avait apporté et qu’elle avait peur qu’on trouve. Je lui ai dit que je ne comprenais pas. Elle m’a dit que c’était lié à grand-père, et que grand-père était l’homme le plus dangereux qu’elle ait jamais connu. Je n’ai pas posé plus de questions. Le pacte, c’était de se taire. De tenir, jusqu’au bout. »*
Amélie parlait de sa mère à elle. Mais qui était « grand-père » ? Élodie tourna la page pour vérifier la date en haut. Mai 1962. Amélie devait avoir vingt-cinq ans à l’époque. Sa mère, c’était la femme qui avait élevé Marguerite et dont elle ne savait presque rien. Mais « grand-père » — l’homme le plus dangereux qu’elle ait jamais connu.
Un froid lui parcourut la nuque. Elle se souvint de ce que Capitaine Roussel lui avait appris, des soupçons pesant sur son arrière-grand-père pour réception de biens volés. Et si le voleur n’avait pas été Antoine, mais celui qu’Antoine protégeait ?
Elle ferma le cahier, brusquement. Luc la regarda, surpris.
— Il y a un hypothèse qui nous a échappé, dit-elle lentement. Et si on s’était trompé depuis le début ? On a cherché du côté d’Antoine parce que c’est lui qui a disparu. Mais peut-être qu’Antoine n’a pas disparu parce qu’il était le coupable. Peut-être qu’il a disparu parce qu’il savait qui était le vrai voleur.
Luc la dévisagea longuement, puis dit, d’une voix prudente :
— Et si ce n’est pas quelqu’un de la famille, mais quelqu’un qui a fait chanter la famille ?
Élodie secoua la tête et rouvrit le cahier à la dernière page écrite. Une écriture différente, plus pressée, avait été ajoutée au bas, d’une main malhabile ou pressée :
*« S’il arrive quoi que ce soit, sache que j’ai tout noté. Tout. Le trésor doit revenir à la famille, pas à lui. »*
Le trésor. Il y avait un trésor.
Elle regarda Luc.
— On doit cacher ce cahier avant de revenir. Si quelqu’un, Lefèvre ou un autre, apprend qu’on l’a trouvé, il fera tout pour nous le prendre. Comme il a pris la photo cette nuit-là.
Luc prit le cahier, le glissa dans sa veste.
— Je le mets dans le coffre de ma voiture, sous la roue de secours. Personne ne cherchera là. Mais toi, il faut que tu retournes au château avant que quelqu’un s’inquiète.
Élodie se leva, le cœur battant. une seule question tournait dans son esprit, en boucle.
*Quel trésor ? Et qui était « lui » ?*
À l’instant où elle ouvrit la porte de la chambre, son téléphone vibra. Un message de Marie-Claire :
*« Un monsieur est arrivé à la réception. Il dit qu’il s’appelle Lefèvre. Il demande à te parler. »*
Élodie serra le téléphone dans sa main. Lefèvre était revenu.
— Non… murmura-t-elle, à demi pour elle-même.
Luc l’avait entendue. Il se leva d’un bond, le visage grave.
— Il ne faut pas qu’il te voie avec moi. Rentres-y. Je te suivrai à distance.
Elle acquiesça, puis sortit sous le soleil déjà plus haut. Un seul nom cognait dans sa tête, les mots du cahier de sa grand-mère :
*Le pacte. Le trésor. Lui.*
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