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L'Héritage du Vigneron

Lire le chapitre 6: The Lawyer's Visit

Le jour du rendez-vous arriva avec un ciel blanc et lourd, cette lumière de plomb qui précède les orages sans jamais les délivrer. Maître Roussel, le notaire de Paris, s'était annoncé par télégramme — une formalité, avait-il écrit, pour apposer les dernières signatures.

Élise avait mis une robe propre — la seule qui ne sentait pas encore la poussière de la vigne — et s'était tenue sur le perron quand la traction avant noire avait cahoté dans l'allée défoncée. L'homme qui en descendit était petit, sec, avec des lunettes cerclées d'or et une serviette en cuir qu'il serrait contre sa poitrine comme un bouclier.

« Madame Delacroix, dit-il en s'avançant, une main tendue, une grimace polie sur le visage. Je vous avoue que j'ai été surpris d'apprendre que vous aviez accepté la condition de Maître Delmas. »

— La condition ?

— Résider trois ans sur la propriété, la travailler de vos mains. Beaucoup auraient renoncé. Surtout après… eh bien.

Il laissa la phrase en suspens, awkward, et Élise le fit entrer dans la maison qui sentait encore la craie et le vieux bois. Julien était dans la cour, à réparer une clôture, et il ne leva pas les yeux quand elle ferma la porte. Elle s'en aperçut — elle commençait à s'en apercevoir toujours.

Maître Roussel sortit les papiers : actes de propriété, registres, quittances. Il déroula des plans du domaine, expliqua les limites — le ruisseau au sud, la route au nord, les vignes sur le coteau. Élise signa sans lire, parce qu'elle savait lire à présent — et parce qu'elle préférait ne pas trouver, dans les lignes fines du contrat, une autre raison de douter.

Ce fut après la deuxième signature qu'elle posa la question qui lui brûlait la langue depuis des semaines.

« Maître Roussel. La mort de ma tante. On m'a dit que c'était une crise cardiaque. »

Le stylo du notaire s'arrêta net.

« C'est ce que le rapport médical indique, oui. »

— Vous l'avez vue ? Avant ?

Il reposa son stylo, ôta ses lunettes, les essuya avec un mouchoir qui sentait la lavande.

« Madame Delacroix… je suis notaire, pas médecin. J'ai été informé du décès par son avocate à Aix. Le certificat a été signé par le docteur Brunet, d'Avignon. Tout est en règle. »

— Il y a une page dans son registre. Trois cent mille francs versés à un marchand d'Avignon, trois semaines avant sa mort.

Le silence se fit épais, comme une jarre de terre que l'on ferme. Maître Roussel regarda la porte, puis la fenêtre, puis le plafond fissuré. Il appartenait à cette génération d'hommes pour qui les questions des femmes étaient des intempéries — on s'abritait, on attendait que ça passe.

« Madame Delacroix. Votre tante était une femme. Comment dire… tourmentée. Ses dernières années ont été difficiles. Les dettes, la solitude, cette vieille histoire avec votre mère. Il n'y a pas de mystère ici. Il y a une fatigue. Une fin. C'est triste, mais cela n'a rien d'extraordinaire. »

Il fourra les papiers dans sa serviette avec la hâte d'un homme qui veut partir avant la pluie. Élise le regarda faire, puis elle le raccompagna à sa voiture — toujours pas un regard de Julien, plié sur sa clôture, invisible.

« Attendez, dit-elle quand il ouvrit la portière. Ma tante a laissé des affaires ? Des bagages ? L'avocate d'Aix a dit que la maison avait été vidée après sa mort. »

Le notaire s'immobilisa, la main sur le châssis.

« Les fins de succession ont été confiées à une maison de vente à Avignon. Je crois qu'une partie des effets personnels n'a pas encore été dispersée. Ils sont entreposés dans un débarras, au fond de leur entrepôt. Je peux vous donner le nom. »

Il le lui donna — une adresse rue des Teinturiers — puis il monta en voiture et démarra sans un au revoir. Élise resta sur le perron, la carte entre les doigts, le vent du soir qui se levait déjà, chargé de cette odeur de terre et de raisin vert qu'elle apprenait à connaître.

Elle prit le bus pour Avignon le lendemain matin.

L'entrepôt était une bâtisse grise, froide, qui sentait le moisi et le cèdre. Le gardien, un vieil homme aux mains rugueuses, la laissa fouiller sans protester. Les cartons de Marguerite étaient au fond — trois cartons de déménagement, scellés d'un ruban adhésif jauni.

Elle les ouvrit un à un. Des vêtements — des robes simples, sans ornement, la garde-robe d'une femme qui n'avait plus de raisons de plaire. Des chaussures usées. Des livres, des revues de viticulture. Un carnet de recettes presque vide. Et tout en bas du troisième carton, au milieu d'une pile de torchons, une valise de cuir brun, cabossée, qui avait connu des trains et des bateaux.

Élise l'ouvrit.

Des lettres, d'abord — des enveloppes non ouvertes, adressées à Marguerite Vasseur.

Vasseur. Le nom lui fit un choc — un éclair violet dans le creux des côtes.

Elle ouvrit les enveloppes. Les lettres étaient datées des années trente. Elles venaient d'un homme nommé Paul Vasseur, et elles racontaient des vendanges, des gelées tardives, l'achat d'une parcelle, la naissance d'un fils.

Julien.

Au fond de la valise, sous les lettres, il y avait une photographie. Élise la retourna.

Elle était déchirée en deux, recollée avec un ruban adhésif ancien qui jaunissait aux bords. On y voyait un homme jeune — les yeux clairs, le menton volontaire, cette mâchoire qu'elle connaissait pour la voir chaque jour dans la cour du domaine. Ce n'était pas Julien lui-même — c'était son père. Cela ne faisait aucun doute.

À côté de lui, la main posée sur son épaule, souriait une femme en robe légère.

Marguerite. Sa tante.

Et derrière eux, plus jeune mais reconnaissable, la silhouette de sa mère.

Élise remit la photo dans la valise, referma le carton, remercia le gardien d'une voix qu'elle n'entendit pas elle-même. Le bus de retour ne vint qu'une heure plus tard. Elle passa cette heure assise sur un banc face au Rhône, la valise entre les pieds, à regarder l'eau grise emporter des branches mortes.

Elle rentra au domaine à la tombée de la nuit. Julien était encore dans la cour, à ranger ses outils. Quand elle descendit de la micheline, il s'arrêta net — elle dut avoir l'air de ce qu'elle était, une femme qui avait trouvé quelque chose.

« Il faut qu'on parle », dit-elle.

— Il est tard. Je dois finir le treillis avant lundi, ce sera—

« Maintenant. »

Il la suivit dans la maison. Elle posa la valise sur la table de la cuisine, l'ouvrit, sortit les lettres et la photographie, et les aligna devant lui comme on étale des cartes compromettantes.

« Vasseur, dit-elle. Ton nom, c'est Vasseur. Tu as dit que tu n'étais pas de la famille. Que tu connaissais à peine ma tante. »

Il regarda les lettres. Sa respiration changea à peine — mais ses épaules, elle vit ses épaules se bander comme une corde qu'on tend.

« Ces lettres, c'est ton père qui les écrivait. À Marguerite. Elles parlent de vendanges, d'une parcelle, d'un fils.

Il resta immobile. Elle vit la veine à sa tempe battre sous la peau fine.

« Julien. »

Le silence s'étira jusqu'à la fissure du plafond, jusqu'au vent qui secouait la porte mal fermée. Quand il parla enfin, sa voix était basse, rocailleuse, comme une porte qui s'ouvre sur une cave depuis longtemps fermée.

« Marguerite Delacroix n'était pas ma tante. C'était ma mère. »