L'Héritier Lié à la Lune
Lire le chapitre 17: A Hidden Ally
La pluie s’était tue, mais l’air restait chargé d’électricité, comme si la nuit elle-même retenait son souffle. Iona ne prit pas le temps de fermer la porte de sa Land Rover. Elle courut vers la petite maison blanche à la lisière du village, celle du vieux docteur Fraser, le seul homme qu’elle connaissait assez pour lui faire confiance après une nuit pareille.
Elle frappa trois fois, rapides, avant que la porte ne s’ouvre sur un visage ridé et des yeux bleus perçants. Le docteur Fraser la dévisagea un instant, puis son regard glissa vers ses mains tremblantes.
— Entrez, dit-il simplement.
Il ne posa pas de questions tout de suite. Il la fit asseoir à la table de sa cuisine, lui versa un whisky dans un verre épais et attendit. Iona but une gorgée, sentit la chaleur couler en elle, puis elle sortit la pierre noire de sa poche et la posa entre eux.
Le docteur Fraser la regarda longtemps. Trop longtemps. Son visage, déjà pâle, se vida de toute couleur.
— Où avez-vous trouvé ça ?
— On l’a laissée dans mon cabinet. Après avoir détruit mes échantillons. Il y avait un mot. « Partez avant la prochaine lune. »
Le silence s’éternisa. Iona vit la pomme d’Adam du vieil homme monter et descendre tandis qu’il avalait une gorgée de whisky lui-même.
— Vous savez, n’est-ce pas ? demanda-t-elle. Vous savez ce qu’ils sont.
Le docteur Fraser laissa échapper un rire sans joie.
— Ma mère était sage-femme à Blackwood avant moi. Mon père y était jardinier. On naît avec certains secrets dans ce village, Iona. On les apprend avec l’alphabet.
— Et vous les avez aidés. Tous ces traitements pour la douleur, ces certificats médicaux pour des blessures impossibles…
— Ce sont mes patients. Comme vous êtes ma consœur. Comme tout le monde ici.
Iona poussa la pierre vers lui.
— Alors dites-moi ce que c’est. Lachlan a reconnu quelque chose au téléphone, je l’ai entendu dans sa voix. Il n’a pas voulu m’en parler devant le combiné.
Le docteur Fraser tourna la pierre entre ses doigts. Une pierre sombre, veinée de reflets verts, lisse comme du verre. Une pierre volcanique, presque.
— C’est une pierre de lever de lune, dit-il enfin. Les anciens de la famille les utilisaient pour marquer leur territoire. Elles sont rares. Très rares. Et je ne connais qu’un endroit où elles se taillent encore.
— Lequel ?
Il la regarda droit dans les yeux.
— La carrière de Dunloch. À trois heures d’ici. Utilisée par une branche de la famille qui ne vit plus au château depuis des générations.
Iona sentit un froid glacial lui parcourir l’échine. Lachlan lui avait dit que sa famille était la dernière de leur espèce. Elle lui avait cru.
— Il y a d’autres meutes ?
— Pas des meutes. Des familles. La famille Blackwood est la plus ancienne, la lignée pure. Mais il en existe d’autres, éparpillées. Et toutes n’acceptent pas la façon dont Lachlan dirige son domaine.
Le docteur Fraser se leva, remplit sa bouilloire d’eau, puis s’adossa au comptoir. Dans la lumière crue de la cuisine, il paraissait soudain plus vieux que son âge.
— Il y a au sein même du clan une faction qui rêve de purifier la lignée. Ils pensent que les mariages avec des étrangers ont affaibli le sang. Que Lachlan, en refusant de prendre une compagne de son rang, montre une faiblesse dangereuse.
— Une compagne… fit Iona, la gorge serrée.
— Une lunaire. Une partenaire choisie lors de la cérémonie de la lune bleue, celle qui ne revient que tous les deux ou trois ans. Lachlan en a refusé deux. La prochaine arrive dans trois mois. S’il se présente sans compagne, il perdra l’autorité sur les anciens.
Iona digéra l’information. Les pièces du puzzle s’assemblaient dans son esprit, rapides et terribles.
— Vous pensez que le cambriolage vient de l’intérieur. D’un membre du clan qui veut éliminer Lachlan… ou me faire partir pour le déstabiliser.
— Je pense que Lachlan est un bouclier, dit le docteur Fraser. Il absorbe toutes les attaques depuis des années. Sa réputation de loup solitaire, sa réticence à s’engager… Tout cela lui a permis de tenir les anciens à distance. Mais vous, Iona, vous êtes sa première faille depuis longtemps.
Elle voulut protester. Rien ne la liait à Lachlan. Elle était vétérinaire, il avait besoin de son aide pour son frère. C’était tout. C’était professionnel.
Mais elle pensa à ses mains autour de son bras la veille, à la façon dont il s’était interposé entre elle et la créature dans le couloir. Et elle ne dit rien.
— Il y a autre chose, finit-elle par dire.
Elle sortit le médaillon de sa poche, celui qui semblait toujours tiède sous ses doigts. Le docteur Fraser se figea.
— Ce médaillon appartenait à ma mère. Elle l’a laissé avec moi quand elle m’a abandonnée à Glasgow, avec une lettre disant qu’il venait « de là-bas » et qu’il me protégerait. Le locket est devenu chaud quand Lachlan a prononcé le nom de Morag.
Le docteur Fraser prit le médaillon entre deux doigts tremblants, le retourna. Il ne l’ouvrit pas.
— Vous êtes la fille d’Eilidh, dit-il doucement.
— Vous la connaissiez ?
— Tout le monde la connaissait. Elle travaillait ici, au village, comme infirmière auxiliaire. C’est elle qui a soigné le petit Calum quand il a eu sa première transformation, trop tôt, trop douloureuse. Elle était douée. Patient. Les Blackwood l’adoraient.
— Pourquoi est-elle partie ? Pourquoi m’a-t-elle laissée ?
Le vieil homme hésita. Il sembla peser un choix intérieur, puis il posa le médaillon sur la table.
— Votre mère est partie parce qu’elle a découvert quelque chose qu’elle n’aurait pas dû découvrir. Quelque chose dans la bibliothèque de la famille. Je ne sais pas quoi exactement, mais je sais que c’est lié à l’origine de la malédiction. Et je sais qu’elle a fui avec un secret.
Iona regarda le médaillon. Un anneau d’argent fin, une pierre bleue au centre, un dessin en filigrane d’arbre et de croissant.
— Ma grand-mère ? demanda-t-elle.
— Votre arrière-grand-mère. Elle s’appelait Ellis MacRae. Elle a tenu un journal qui est resté dans la bibliothèque de Blackwood. Personne ne l’a ouvert depuis sa mort, il y a soixante ans. Si quelqu’un sait quoi que ce soit sur ce médaillon et sur ce que votre mère a fui…
Il la regarda intensément.
— C’est dans ce journal, Iona. Vous devez aller chercher dans cette bibliothèque.
— Lachlan ne voudra jamais me laisser entrer là-dedans.
— Lachlan ne veut pas que quelqu’un d’autre soit blessé. Mais croyez-moi, il préférera vous voir dans sa bibliothèque que six pieds sous terre dans la carrière de Dunloch.
Iona prit le médaillon, sentit la tiédeur familière sous ses doigts. Elle savait ce qu’elle devait faire. Cela faisait monter une peur sourde dans sa poitrine, mais aussi une résolution nouvelle.
— Cette faction, dit-elle. Vous dites qu’ils veulent purifier la lignée. Ils ont laissé cette pierre pour me prévenir. Ils savent que je suis la fille d’Eilidh ?
Le docteur Fraser pâlit davantage.
— Si c’est le cas, le médaillon que vous portez au cou vient de devenir la chose la plus dangereuse des Highlands. Parce qu’il existe des légendes… des légendes sur un médaillon capable de lier un loup, de le forcer à obéir à celle ou celui qui le porte.
Iona baissa les yeux vers l’anneau d’argent. Une clé. Sa mère n’était pas partie avec un souvenir dans la poche. Elle était partie avec une arme.
— Merci, docteur.
Elle se leva, remit la chaise sous la table.
— Iona. Faites attention à vous. Cette faction ne s’arrêtera pas pour une menace écrite. Et si le loup qui rôde sur les landes n’est pas des leurs… alors peut-être cherche-t-il, lui aussi, ce que vous portez.
Iona hocha la tête, ouvrit la porte et sortit dans la nuit. La pluie reprenait, fine et froide. Elle marcha vers sa Land Rover, le médaillon brûlant à présent contre sa poitrine comme un avertissement lancé des décennies plus tôt.
Elle n’avait pas le choix. Il fallait pénétrer dans la bibliothèque de Blackwood.
Et cette fois, elle n’allait pas demander la permission.
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