L'Héritier Lié à la Lune
Lire le chapitre 19: Moonlit Confessions
La nuit était tombée sur Blackwood quand Iona frappa à la porte de l'étude. Lachlan leva les yeux de la carte qu'il étudiait, et quelque chose dans son regard—une fatigue vieille de cent ans—lui serra la gorge. Elle referma derrière elle et croisa les bras.
« Tu sais quelque chose sur ma famille, Lachlan. Pas juste sur Eilidh. Sur ma mère. Sur la raison pour laquelle elle m'a envoyée ici sans un mot. »
Il posa ses deux mains à plat sur le bureau. Les muscles de sa mâchoire tressaillirent. « Il y a une chose que le portrait ne t'explique pas. »
« Alors explique-la-moi. »
Lachlan fit le tour du bureau et s'arrêta à deux pas d'elle. Dans la lumière basse de la lampe, ses yeux avaient cette teinte ambrée qui annonçait la lune prochaine. « Ton médaillon n'a jamais été un simple bijou de famille. Il a été forgé au dix-huitième siècle par un forgeron qui avait juré de protéger sa fille d'un mariage forcé avec l'un des nôtres. Il a découvert que certains d'entre nous—une lignée rare—ne pouvaient pas toujours contrôler la métamorphose lors des lunes faibles. Le médaillon, quand il est porté par une femme de sang lié au nôtre, peut stabiliser un loup pendant la transition. »
Iona toucha instinctivement le métal froid sous son pull. « Stabiliser comment ? »
« L'empêcher de rester prisonnier de sa forme animale. » Lachlan baissa la voix. « Mon frère, Malcolm… il y a six ans, une chasse a mal tourné. Une tempête, une lune voilée. Il s'est changé à mi-chemin et n'a jamais retrouvé sa forme humaine complète. Il vit à moitié loup, à moitié homme, incapable de parler, incapable de revenir. Les anciens ont tout essayé. La science, les rituels. Rien n'a fonctionné. »
Iona sentit un vide se creuser dans sa poitrine. « C'est pour cela que tu m'as laissée fouiller ta bibliothèque. Que tu m'as montré le portrait. Tu savais que le médaillon pourrait l'aider. »
« Ce n'est pas la seule raison. » Il s'approcha encore. « Quand j'ai vu le médaillon la première fois, autour de ton cou, j'ai su ce qu'il était. Et j'ai su que tu étais la descendante d'Eilidh—qu'elle l'avait volé pour protéger ta mère, et que ta mère te l'a donné pour te protéger d'une vérité qu'elle n'osait pas affronter. »
« Cette vérité étant… »
Lachlan hésita. Mais la lune montait derrière les fenêtres, et il semblait sentir son poids sur sa peau. « Ta mère a quitté les Highlands pour une raison précise, Iona. Quelqu'un du clan—pas moi, pas les anciens mais quelqu'un d'assez puissant—voulait utiliser ton médaillon pour contrôler Malcolm. Pour le garder comme une arme. Elle a refusé, elle est partie, et elle a juré de ne jamais revenir. »
« Jusqu'à ce qu'elle m'envoie ici. »
« Oui. »
La pièce sembla se rétrécir. Iona pensa à sa mère, à ses silences, à ses yeux qui se remplissaient de larmes chaque fois qu'on parlait du nord. Puis elle pensa au loup qui rôdait sur la lande de Sgùrr Dubh, à la créature colossale qui n'était pas un loup de leur espèce, et au médaillon qui avait chauffé contre sa peau.
« La nuit prochaine est une lune pleine. » Elle le savait par cœur, comme tous les vétérinaires qui travaillaient avec des animaux nocturnes. « Si le médaillon peut aider ton frère… je veux être présente. Dans la caverne. »
Lachlan secoua la tête avec une violence contenue. « Non. C'est trop dangereux. La métamorphose est imprévisible, et si le médaillon échoue— »
« Ce ne sera pas pire que ce qui lui arrive déjà. » Iona ne recula pas. « Je suis vétérinaire, Lachlan. J'ai vu des animaux souffrir. Je ne peux pas rester les bras croisés quand j'ai un outil qui pourrait le sauver. »
Il la fixa longtemps. Quelque chose céda dans son regard—pas sa volonté, mais une résistance plus ancienne, plus personnelle. « Tu ne comprends pas ce que tu proposes. Si tu entres dans la caverne pendant la transformation, tu verras ce que nous sommes vraiment. Sans filtre. Sans humanité. »
« Je sais déjà ce que vous êtes. » Elle sortit le médaillon de sous son pull et le tint entre eux. « Et je sais ce que je suis prête à risquer. »
---
La caverne de Blackwood s'ouvrait au flanc d'une colline battue par les vents, dissimulée par des rochers effondrés et un rideau de fougères sèches. Iona suivit Lachlan dans le noir, la lampe torche de son téléphone jetant des ombres tremblantes sur les parois striées de quartz. L'odeur de terre humide et de poil sauvage emplit ses narines.
Au fond de la caverne, une forme massive reposait sur un lit de paille et de fourrures. Malcolm. Iona avait vu des grands loups dans sa carrière—des malamutes, des huskies croisés. Mais celui-ci était différent. Sa silhouette était trop allongée, ses pattes trop articulées, ses yeux d'un bleu étrangement humain qui la fixèrent dès qu'elle entra.
« Malcolm, » dit Lachlan doucement, en gaélique d'abord, puis en anglais. « C'est Iona. Elle est venue t'aider. »
Le loup-garou grogna, mais le son était plus proche d'une plainte que d'une menace. Iona s'accroupit à distance respectueuse, le médaillon dans sa main ouverte. La pierre noire au centre du bijou—si semblable aux pierres de Dunloch—scintilla faiblement.
« Je vais rester près de toi. » Elle parlait comme elle aurait parlé à un chien paniqué, doucement, sans gestes brusques. « Je ne vais pas te faire de mal. »
Quand Lachlan commença à se déshabiller pour rejoindre son frère, Iona détourna les yeux. La transformation de Lachlan commençait toujours dans la lumière, proprement, presque élégamment. Mais celle de Malcolm était une agonie. Ses membres se tordirent, ses os craquèrent, et il poussa un hurlement déchirant qui sembla ébranler les murs de la caverne.
« Maintenant, » souffla Lachlan, sa voix déjà rauque, déformée par sa propre métamorphose. « Le médaillon, Iona. Approche-le de lui. »
Elle s'avança, mains tremblantes. Les poils de Malcolm se hérissèrent, mais une force invisible sembla le retenir lorsqu'elle passa le médaillon au-dessus de son cou—non, elle ne pouvait pas l'attacher à un loup. Elle le posa sur son front, entre ses yeux qui roulaient dans leurs orbites.
Le métal devint brûlant aussitôt. Iona serra les dents, refusant de retirer sa main. La chaleur traversa son pull, mordit sa peau, creusa une douleur fulgurante dans sa poitrine. Un cri lui échappa.
Mais Malcolm se figea. Son corps cessa de se convulser. Ses yeux clignèrent, et quelque chose de lucide y remonta—une conscience, une présence. Il poussa un long gémissement, puis sa silhouette commença à se stabiliser, les contours de sa gueule s'adoucissant légèrement.
Lachlan, à moitié changé, s'immobilisa, les yeux écarquillés. « Ça marche. »
Iona retira sa main et vit une marque rouge en forme de médaillon sur sa peau, déjà couverte de cloques naissantes. Elle serra les dents contre la douleur et se recula, laissant Malcolm respirer régulièrement sous l'influence de la pierre.
Quand tout fut fini—quand Lachlan eut retrouvé sa forme humaine et que Malcolm reposa, apaisé, dans un sommeil profond mais stable—Lachlan s'agenouilla devant Iona dans la pénombre de l'aube naissante. Ses mains étaient encore tremblantes.
« Reste, » dit-il. « Reste avec nous. Aide-moi à le soigner pour de bon. Je te donnerai tout ce que tu demandes. L'accès à la bibliothèque, au domaine, à notre protection. »
Iona baissa les yeux vers son médaillon. La pierre noire semblait avoir absorbé quelque chose de la nuit—elle pulsait doucement, comme un cœur. Elle pensa à sa mère, à la route qu'elle avait prise pour venir ici, et au loup qui l'attendait toujours sur la lande.
« Je ne resterai pas pour ton domaine, Lachlan. » Elle leva les yeux vers lui. « Je resterai parce que Malcolm mérite de guérir. Et parce que cette chose sur Sgùrr Dubh n'a pas fini avec nous. »
Il y avait autre chose, pourtant. Quelque chose dans la façon dont Lachlan la regardait—comme s'il cherchait dans son visage les traits d'une autre personne. Une pièce manquante du puzzle. Il ouvrit la bouche pour dire quelque chose, puis se ravisa.
« Quoi ? » demanda Iona.
Il secoua la tête et se releva, lui tendant la main pour l'aider à se lever. « Rien. Nous parlerons demain. Il faut que tu reposes. »
Mais Iona savait que ce n'était pas rien. Et elle comprit, en regardant le médaillon qui brûlait encore contre sa poitrine, que certaines vérités ne pouvaient pas rester enterrées éternellement.
Continuer gratuitement
Débloquer ce chapitre
Regardez une courte publicité pour débloquer ce chapitre.
Aucun paiement requis.