L'Héritier Lié à la Lune
Lire le chapitre 26: Broken Vows
La chambre sentait la cire, le bois ancien et l'odeur de mort qui s'accrochait à la peau de Lachlan comme un linceul. Iona avait les mains posées sur sa poitrine nue, les doigts écartés, et le médaillon reposait entre eux, tiède contre sa paume. Chaque battement de cœur de Lachlan était un coup sourd, irrégulier, comme un tambour qui se noie.
La lumière de l'aube filtrait à travers les rideaux épais, mais elle ne faisait que souligner la pâleur de son visage. Ses lèvres avaient la couleur du givre. Iona comptait les secondes entre ses respirations, et chaque fois que l'intervalle s'allongeait, elle serrait le médaillon plus fort, lui insufflant sa propre volonté.
Ça marchait. Un peu. Pas assez.
Le livre ouvert sur la table de chevet était annoté dans une écriture serrée qui devait appartenir à un Blackwood du dix-neuvième siècle, et la page qu'elle avait laissée ouverte parlait d'une cérémonie de transfert. « *Le Sang appelle le Sang, la Malédiction se donne, ne se prend point.* » Elle avait lu ce passage sept fois depuis que le soleil s'était levé, et chaque fois, son estomac se serrait un peu plus.
Le docteur avait dit que c'était une question de temps. Qu'au prochain soir de pleine lune, son corps ne pourrait plus résister, que la bête à l'intérieur de lui consumerait ce qui restait d'humain. Et dans six jours, la lune serait pleine. Lachlan n'avait pas six jours.
Malcolm entra sans frapper, les traits tirés, les yeux rougis. Il s'arrêta au pied du lit, regarda son frère, puis Iona.
« Il va mourir. » Ce n'était pas une question.
« Je vais faire quelque chose. »
« Quoi ? »
Iona retira ses mains, laissa le médaillon retomber contre sa poitrine. La pièce entière sembla expirer avec lui. « Il y a un rituel. Dans le livre. Le transfert de malédiction. »
Malcolm cligna des yeux, puis son visage se durcit. « De la merde. D'où est-ce que ça sort, ça ? »
« De tes archives. Le livre du gardien, celui qui date de l'exil des Ross. » Elle se leva, s'essuya les mains sur son pantalon sans raison, juste pour avoir quelque chose à faire. « Il faut des herbes. Du romarin sauvage, de l'achillée millefeuille, de la bruyère blanche cueillie avant l'aube, et une braise du foyer le plus ancien. »
« Tu parles comme un livre de sorcellerie. »
« Parce que c'est de la sorcellerie. » Elle le regarda droit dans les yeux. « Ou une espèce de merde ancienne dont ta famille a perdu le fil. Peu importe. Lui, il va mourir. Moi, je peux peut-être prendre ce poison à sa place et le rendre mou comme de l'eau. »
Malcolm ouvrit la bouche, la referma. Tourna la tête vers son frère, dont la respiration venait de s'interrompre un long moment avant de reprendre, trop faible, trop loin. « Tu ne sais pas ce que c'est, cette malédiction. Tu ne sais pas ce que ça fait de devenir — »
« Je sais ce que ça fait de regarder quelqu'un mourir. » Sa voix se cassa un peu, elle la reprit. « Je sais ce que ça fait de perdre. Alors m'aide, ou sors de ma route. »
Un long silence. Puis Malcolm tourna les talons.
« Dix minutes. Je t'apporte les herbes. Mais si mon frère se réveille et que tu es en train de faire quelque chose de stupide, je ne réponds plus de moi. »
La porte claqua.
Iona resta seule avec Lachlan, avec le bruit de sa respiration qui sifflait, avec le médaillon qui semblait peser plus lourd à chaque seconde. Elle s'assit au bord du lit, prit sa main, la posa contre sa joue. La peau était brûlante, et pourtant il tremblait.
« Tu m'as dit que tu préférais me voir partir plutôt que de me faire courir un risque », murmura-t-elle. « Alors tu devrais comprendre. »
Il ne répondit pas. Bien sûr qu'il ne répondit pas.
La cérémonie demandait d'être nue, à demi couverte de terre, les cheveux défaits. Cela semblait être un truc de conte de fées, une mise en scène pour faire monter l'angoisse. Mais elle fit ce que le livre disait. Elle prépara les herbes, les broya dans un mortier de pierre volé dans la cuisine, mélangea le sang du doigt de Lachlan à son propre sang, traça des lignes sur sa poitrine en parlant les mots qui n'avaient pas de traduction moderne. Elle se tenait pieds nus sur la pierre froide de la cheminée, le feu mourant derrière elle, et elle sentit quelque chose répondre. Un frémissement, comme un animal qui bouge sous la terre.
Le médaillon brillait.
Pas une lumière forte, mais une lueur sourde, comme une braise dans un foyer éteint. Et dans sa tête, une voix — pas la sienne — murmura des mots qu'elle ne comprenait pas. Elle les répéta quand même. Sa voix se fit plus grave, plus chargée, et autour d'elle, la poussière commença à trembler sur les étagères.
Le dos de Lachlan se cambra. Un grondement lui échappa, un son qui n'était pas humain. La malédiction savait. Elle se défendait.
« Tu ne lui prendras rien, » dit-elle à voix haute, au feu, à l'air. « C'est à moi qu'il faut tout prendre. »
Elle posa les mains sur lui, vit la chose noire qui montait de sa poitrine comme une fumée épaisse, qui se tordait contre sa volonté. Il fallait juste la tirer. La happer. L'absorber.
Elle ferma les yeux.
C'était comme plonger dans une eau glacée. La douleur arriva par vagues — des années de colère, des siècles de fureur contenue, une faim qui ne connaissait pas de limites. Elle la sentit se déverser dans sa propre poitrine, entre ses côtes, dans son sang. Ses genoux plièrent. Elle s'agrippa au rebord du lit pour ne pas tomber.
Encore. Encore un peu.
« Arrête. »
La voix était rauque, brisée, mais elle était là. Iona entrouvrit les yeux, le poison déjà en train de battre dans ses veines. Lachlan la regardait. Ses yeux étaient ouverts.
« Arrête, » répéta-t-il, et il essayait de se lever, mais son corps ne suivait pas. « Je préfère mourir que de te faire ça. »
Elle voulut sourire. Ses lèvres tremblaient. « Trop tard. »
« Non. » Sa main trouva la sienne, la saisit, trop faible mais tenace. « Tu ne sais pas ce que tu viens de faire. Tu ne sais pas ce que ça te fera. Écoute-moi, Iona. Écoute-moi. »
Les mots se brouillaient. Elle sentait la chose en elle qui bougeait, qui cherchait sa place, qui mordait. Mais elle le regardait, et il était réveillé, et sa main était chaude dans la sienne.
« Je ne te laisserai pas mourir, » dit-elle.
« Et moi je ne te laisserai pas te noyer pour moi. »
Il l'attira, ou ce fut elle qui bascula, elle ne savait plus. Son front contre le sien. Sa respiration courte. Le médaillon entre eux, coincé contre la peau de leurs deux poitrines, et la douleur pulsait, pulsait, pulsait.
« Il y a un moyen, » murmura-t-il. « Il y a toujours un moyen. »
« J'ai lu tous tes livres. Il n'y a pas de moyen. »
« Alors brûle-les. »
Elle aurait ri si elle avait eu la force. Au lieu de cela, elle sentit les larmes couler, chaudes sur sa peau glacée. « Je t'aime, Lachlan. Et je refuse — »
Elle s'arrêta. Le médaillon était brûlant. Non, plus que brûlant. Vibrant. Elle baissa les yeux : la surface d'argent se couvrait de fissures, de fines lignes lumineuses comme un réseau de veines.
« Que se passe-t-il ? » demanda-t-il.
« Je ne sais pas. Je ne sais pas ! »
La chose en elle s'était figée. Le poison, la malédiction qu'elle avait aspirée, tout cela semblait écouter. Regarder. Le médaillon vibrait, et Iona entendit la voix de sa mère, lointaine, comme dans un rêve : « *La vérité guérit les blessés, mais le mensonge nourrit les monstres.* »
Elle n'avait jamais compris ce que cela voulait dire.
Entre ses mains, le médaillon se fissurait, et elle voyait à l'intérieur une lumière dorée, dense, comme du miel solide. Elle pouvait la libérer. Elle savait qu'elle le pouvait. Tout la poussait à le faire.
« Iona. » Lachlan la prit par l'épaule, son regard affolé. « Qu'est-ce que tu fais ? »
« Je te rends ce que j'ai pris. »
Elle écarta les mains, et le médaillon tomba sur le lit entre eux. Il se brisa en tombant.
Ce n'était pas une explosion violente. C'était une onde, une vague de lumière chaude qui sortit de l'objet comme un soupir trop longtemps retenu. Elle traversa Iona de part en part, traversa Lachlan, emplit toute la chambre d'une couleur qui n'existait pas, une teinte entre l'or et l'ambre et le sang. Les rideaux claquèrent comme sous un vent d'orage. Les fenêtres tremblèrent. Le feu mourut puis se ralluma d'un coup, puis se tut.
Et la douleur dans la poitrine d'Iona se dissipa.
Elle tomba en avant, Lachlan la rattrapa, leurs deux corps en sueur, secoués, vivants. Sous la paume d'Iona, sur son ventre, elle sentait le cœur de Lachlan battre, régulier, fort. Comme un tambour qui renaît.
Autour d'eux, les débris du médaillon gisaient, éparpillés sur le drap, ternes, inertes, morts. Mais la lumière — la lumière persistait dans l'air, suspendue, comme si elle cherchait où aller.
« Tu es là, » murmura-t-elle. « Tu es là, tu n'es pas mort. »
« Tu es là, » répondit-il, la voix pleine de tremblements. « Et tu n'es pas partie. »
Il posa sa main sur sa joue, essuya une larme ou une sueur, elle ne savait pas. Elle ne savait plus rien. Elle avait seulement la certitude que la chose en elle s'était tue, et que Lachlan respirait contre elle, et que le médaillon était en morceaux.
Le silence retomba, doux, apaisé. La lumière continua de flotter un moment, puis commença à descendre, lentement, vers le sol, à se répandre comme une nappe. Elle passait à travers les planches, disparaissait dans le parquet, en dessous, plus bas, vers quelque chose qu'Iona ne pouvait pas voir.
Lachlan la regarda, puis regarda le sol.
« Qu'est-ce qu'il y a là-dessous ? » demanda-t-il.
Iona ne savait pas. Mais elle savait que, désormais, elle allait le découvrir avec lui.
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