L'Héritier Lié à la Lune
Lire le chapitre 27: The True Key
La lumière des torches vacillait sur les dalles humides quand Iona fit basculer la dernière pierre du caveau. L’air sentait la terre ancienne et le fer. Sous ses doigts, une boîte de chêne gravé reposait dans une niche creusée sous le domaine, comme si la maison elle-même avait gardé ce secret pendant des générations.
— Mon Dieu, murmura-t-elle.
Elle souleva le couvercle. Des parchemins jaunis, scellés à la cire noire des Blackwood, s’empilaient en ordre méticuleux. À côté, un flacon de cristal contenait un liquide ambré, presque doré, marqué d’un symbole qu’elle reconnut : la même spirale que celle du locket de sa mère.
Lachlan respirait faiblement derrière elle, allongé sur un lit de fortune. Malcolm, revenu de sa cueillette, lui tenait la main, le visage tendu.
— Qu’est-ce que c’est, Iona ? demanda-t-il.
Elle déroula le premier parchemin avec précaution. L’écriture était fine, précise, celle d’un scribe de l’époque. Elle dut s’y reprendre à deux fois – le français ancien lui écorchait l’esprit fatigué.
« *Par la volonté du Conseil des Gardiens, la lignée Blackwood détient la protection des terres du Nord. Les Ross, autrefois frères de sang, ont été exilés pour avoir cherché à dominer les Hommes par le pouvoir de notre loup. Que leur exil soit éternel. Que la clé demeure cachée jusqu’à ce que les deux sangs se rejoignent dans la vérité.* »
Sa voix se brisa. Elle lut la suite, plus bas, presque effacée par le temps :
« *Le remède à l’emportement : une goutte de la sève de l’arbre de vie, cueillie à la première lueur du printemps, mêlée au sang du loup qui refuse sa mue. Si le cœur est pur, la transformation devient choix, non destin.* »
Iona leva les yeux vers Malcolm. Dans l’autre main, elle saisit le flacon ambré.
— Ta mère. Ta mère était la dernière ambassadrice. Elle n’a jamais fui pour trahir. Elle a fui pour protéger cette vérité.
Malcolm lui rendit son regard, une lueur nouvelle dans les yeux.
— Et le locket…
— C’était la clé de ce caveau. Elle l’a brisé pour que je le voie enfin. C’est pour ça que la Ross la réclamait, elle ne savait pas que c’était une clé. Elle pensait que c’était un trophée.
Iona se tourna vers Lachlan. Son visage était pâle, ses lèvres bleuies par le poison qui rongeait ses veines. La pleine lune était à deux nuits. S’il ne se tournait pas, il mourrait. Mais s’il se tournait dans cet état, la fièvre risquait de le consumer.
Elle examina le flacon. Le liquide semblait vivant, miroitant d’une lueur interne.
— C’est quoi, cette « sève de l’arbre de vie » ? demanda-t-elle.
Malcolm parcourut un autre parchemin, le froissant entre ses doigts.
— Le vieux saule au bord du loch. Grand-père l’appelait l’Arbre des Ombres. Il disait qu’il ne mourait jamais, même au cœur de l’hiver. Certains y laissaient des offrandes. Je croyais à des superstitions.
— Il est encore là ?
— Oui, à l’est du domaine. On peut y être en vingt minutes.
Iona se leva, le flacon serré contre sa poitrine.
— Il me faut du sang de Lachlan. Et une nouvelle extraction.
— Attends, dit Malcolm en se levant à son tour. Tu sais ce que ça veut dire ? Si la Ross découvre qu’on a trouvé ce remède… elle fera tout pour le détruire. C’est une menace pour sa légitimité.
Iona lui fit face, les mâchoires serrées.
— Elle a déjà juré de nous chasser. Qu’elle vienne. Mais Lachlan ne mourra pas à cause de sa haine. Pas tant que je peux l’en empêcher.
Elle s’accroupit près de Lachlan, posa une main fraîche sur sa joue brûlante. Il ouvrit les yeux, mi-clos, la pupille encore dilatée par le poison.
— Iona… ne fais pas… de folie.
— Trop tard, chuchota-t-elle en souriant. Je suis déjà dans ton caveau.
Elle prit une petite lancette dans sa trousse, lui piqua le bout du doigt, recueillit deux gouttes de sang dans un récipient de verre qu’elle avait emporté. Puis elle se tourna vers Malcolm.
— Garde-le. Je reviens avant l’aube.
— Seule ?
— C’est mieux. Si la Ross rôde, je veux pouvoir lui offrir une explication avant qu’elle ne m’attaque. Je suis vétérinaire, pas combattante.
Malcolm hésita, puis hocha la tête.
— Je vais préparer les autres, verrouiller les issues.
Iona sortit par l’escalier de pierre qui menait au jardin, le vent de la nuit lui fouettant les cheveux. Le saule se dressait à l’orée du loch, immense et noueux, ses racines plongeant dans l’eau noire. Elle le rejoignit, la brume montant de la rive.
Elle s’agenouilla, sortit son couteau, incisa délicatement l’écorce argentée. Une sève claire s’écoula, épaisse comme du miel, parfumée à la résine et au sel. Elle en recueillit une cuillère, puis referma la plaie avec de la boue.
Sur le retour, un hurlement déchira la nuit. Non pas un hurlement de chasse, mais un cri de défi. Il venait des collines du nord. Elle accéléra, le cœur battant, sans se retourner.
Dans le caveau, elle mélangea la sève au sang de Lachlan dans un bol de pierre qu’elle trouva dans le coffre, suivant les indications d’un second parchemin. Elle fit chauffer le tout au-dessus d’une lampe à huile jusqu’à ce que le mélange prenne une teinte laiteuse. L’odeur était amère, presque métallique.
— Ouvre-lui la bouche, dit-elle à Malcolm.
Ils réveillèrent Lachlan, le firent boire à petites gorgées. Il grimaça, s’étrangla, mais avala tout. Pendant une longue minute, rien ne se passa. Puis son corps se détendit, les muscles se relâchant comme sous l’effet d’un baume profond. La pâleur céda la place à une roseur fragile. Il respira plus régulièrement.
— Ça marche, souffla Iona. Ça marche vraiment.
Elle resta à ses côtés, la main dans la sienne, pendant que Malcolm allait prévenir les autres. L’aube se levait, grise et douce, quand Lachlan rouvrit les yeux. Cette fois, son regard était clair, présent.
— Je croyais… que j’étais mort.
— Pas encore, dit-elle avec un sourire fatigué.
Il se redressa, découvrit le caveau autour de lui, les parchemins éparpillés.
— C’est donc ça. Le secret de notre famille.
— Tu as toujours été les gardiens, dit-elle en lui tendant le premier parchemin. Les Ross étaient une branche exilée. Ils veulent le pouvoir. Vous, vous vouliez protéger.
Il lut lentement, les traits se durcissant.
— « Que les deux sangs se rejoignent dans la vérité… » Nous avons passé des siècles à nous haïr pour un exil vieux de plusieurs générations.
— Le locket n’était pas un talisman, Lachlan. C’était une promesse. Il n’était pas destiné au combat. Il était destiné à la réconciliation.
Lachlan leva les yeux vers elle, une lueur nouvelle dans son regard d’ambre.
— Alors je me suis trompé. Nous nous sommes tous trompés.
Il pressa la main d’Iona contre son torse, là où le poison avait failli le tuer.
— Si c’est là ta vérité, je veux l’entendre jusqu’au bout. Dis-moi comment tu comptes rassembler deux meutes qui ne se sont jamais pardonnées.
Iona déglutit. Tout autour d’eux, la maison semblait retenir son souffle.
— On ne rassemble pas des meutes. On rassemble des gens. Tu connais le pouvoir du locket, maintenant. On va faire comprendre à Meghan qu’elle défend une guerre qui n’a plus de raison d’être, et à ton père qu’il n’a pas besoin de la solitude pour être fort.
Lachlan sourit, faiblement, mais le sourire était réel.
— Tu parles comme ma mère. Elle disait que le vrai pouvoir n’est pas de dominer, mais de choisir qui l’on devient.
Il se leva, vacilla, puis se tint debout. Pour la première fois depuis des jours, sa posture était droite.
— Alors on va choisir autre chose qu’un combat. Dis à Malcolm de préparer les chevaux. On doit tenir conseil avant que la nouvelle de mon rétablissement leur parvienne.
Iona secoua la tête.
— Pas encore. Tu es faible. Et la Ross n’est pas le seul danger, cette nuit, quelqu’un a hurlé sur les collines. Quelqu’un qu’on n’avait jamais entendu.
Le silence retomba, lourd.
— Que veux-tu dire ? demanda Lachlan.
— Qu’il y a une troisième voix, dans ce conflit. Et qu’elle chantait comme une Blackwood.
Continuer gratuitement
Débloquer ce chapitre
Regardez une courte publicité pour débloquer ce chapitre.
Aucun paiement requis.