L'Héritier Lié à la Lune
Lire le chapitre 29: The Heirloom's Secret
Le couloir sentait la poussière et le bois ancien, et Iona marchait pieds nus, la lampe tempête à la main, quand elle entendit le tintement. Un son minuscule, presque un murmure, qui venait du petit sac de velours qu’elle portait autour du cou — celui qui contenait les fragments de la chaîne de sa mère, récupérés dans les cendres et la pierre du sol de la voûte. Elle s’arrêta, fronça les sourcils, et posa le sac sur le rebord de la fenêtre grillagée.
Elle l’ouvrit avec précaution. Les morceaux du locket lui-même — le médaillon d’argent brisé en trois — étaient intacts, leur éclat terne. Mais la chaîne, qu’elle avait crue en métal, semblait différente à la lumière de la flamme. Plus fibreuse. Plus douce. Iona la fit rouler entre ses doigts et un frisson lui parcourut la nuque.
Ce n’était pas de l’argent. Ou pas entièrement. Des touffes de poil — longs, épais, d’un noir bleuté qu’elle n’aurait su décrire autrement que *de loup* — étaient tressées avec un fil d’argent fin, presque invisible à l’œil nu. Elle les approcha de la lampe. Ils captaient la lumière comme s’ils étaient vivants.
— Qu’est-ce que c’est que ça… murmura-t-elle.
— Quoi donc ?
La voix de Lachlan. Elle sursauta, la chaîne lui échappa des doigts, mais il fut plus rapide — malgré sa faiblesse, malgré la pâleur qui persistait encore sur ses traits, il attrapa le sac au vol avant qu’il ne touche le sol. Il se tenait dans l’embrasure de la porte, vêtu d’une chemise blanche déboutonnée, le bandage visible à son flanc. Il lui sourit, mais son regard glissa immédiatement vers le contenu du sac.
— Je t’ai fait peur, dit-il, plus doucement.
— Tu m’as fait tout sauf peur, corrigea-t-elle. Tu m’as fait perdre la main.
Il rit, mais le rire se figea quand il vit la chaîne à présent dépliée entre eux. Lachlan la prit avec une délicatesse que ses doigts bruts n’avaient pas montrée depuis qu’elle le connaissait. Il l’éleva à la lumière.
— C’est… une tresse, dit-il. Elle sentait le métamorphose. Le poil. Iona, d’où vient ceci ?
— C’était autour du cou de ma mère. Je pensais que c’était une chaîne ordinaire, mais elle a été endommagée dans la voûte, et ce soir, en la touchant, j’ai senti comme une pulsation. Comme si elle était *encore vivante*.
Lachlan ne répondit pas. Il approcha la chaîne de son visage et huma longuement. Ses pupilles se dilatèrent. Puis il la posa délicatement sur le rebord de la fenêtre, comme s’il manipulait une relique sainte.
— Iona, dit-il, la voix changée, plus grave. Ce poil ne vient pas d’un loup ordinaire. Il est trop épais, trop dense, avec un reflet bleuté que je ne connais que chez une seule lignée de la région.
— La noire ?
— Celle du premier alpha Blackwood. Le fondateur. Celui qui a scellé l’alliance avec les Ross, il y a trois siècles. Sa fourrure était si noire qu’elle paraissait bleue à la lumière des lunes d’hiver. Et voilà… sa trace, tressée avec l’argent, autour du cou de ta mère.
Iona resta muette. Elle s’assit sur le banc de bois, sous la fenêtre, et Lachlan vint à côté d’elle, sans s’appuyer trop lourdement sur sa jambe valide.
— Tu m’as dit, reprit-elle lentement, que le locket était un gage d’alliance, un objet de traité.
— C’était aussi un objet de famille. Le poil était passé de génération en génération. La branche cadette des Blackwood — car il y a toujours eu des branches cachées, surtout chez les filles — portait cette chaîne pour se souvenir de son origine. Ma mère m’avait parlé de cette pratique. Quand une fille Blackwood épousait hors du loup, ou disparaissait, elle gardait la chaîne.
— Alors ma mère était bien une Blackwood de naissance, pas seulement une espionne des Ross qui s’était éprise de mon père.
Il hocha la tête lentement.
— Elle avait les deux sangs. Et toi aussi.
Iona regarda la tresse entre ses doigts. Une masse légère, presque sans poids. Et pourtant, cette masse portait des siècles de secrets, de promesses trahies, de liens coupés. Elle la fit passer autour de son poignet, et son cœur s’emballa quand elle remarqua que le poil semblait se réchauffer à son contact.
— Quand j’étais petite, dit-elle, ma mère me disait de garder le locket près de mon cœur. Je croyais que c’était une superstition de famille. Une peur du vol.
— C’était une peur du vol. Mais pas des bijoux.
Un long silence s’installa entre eux. Dehors, la nuit tombait sur le loch, et la lune, encore presque pleine de cette première phase, rougeoyait sur l’eau à l’horizon. Iona sentit la fatigue de la journée — les soins, les menaces, la présence de Malcolm rétabli mais instable — peser sur ses épaules. Mais Lachlan la regardait avec une intensité qui la réchauffait malgré tout.
— Tu n’es pas ma demi-sœur, dit-il doucement. Ce soir, j’en ai la preuve. Tu es Blackwood par ta mère. Et Ross par ton père. Tu es bien plus que la fille d’un espion et d’une traitresse. Tu es le maillon que nous cherchions.
— Le lien dont parlait la voûte ? La « fille de deux sangs » ?
— Oui. Tu es la première en trois siècles à porter à la fois la ligne des gardiens et celle des exilés. Et c’est toi qui tiens le locket — qui tenait la clé du pacte. Le poil de l’alpha fondateur tressé avec le métal est le symbole du serment que les deux familles se sont fait jurer. Ta mère n’a pas fui avec un simple bijou. Elle a fui avec le témoin du traité. Elle l’a donné à son enfant issue des deux lignées. C’est le seul moyen pour que le traité soit validé à nouveau.
Iona réfléchit. Son cerveau pratique de vétérinaire s’accrochait aux faits — poil, argent, alliance, déchirure — tandis que son cœur, lui, battait plus vite. Elle leva les yeux vers Lachlan. Il était pâle encore, marqué par sa blessure, mais ses yeux noirs étaient pleins de cette lueur qu’elle n’avait vue qu’une fois, la nuit où il avait failli mourir en la protégeant.
— Cela veut dire, dit-elle lentement, que je ne suis pas seulement une intermédiaire neutre. Je suis une héritière légitime. Et les Ross seront obligés de le reconnaître si on leur montre cette chaîne.
— Ou ils essaieront de te la prendre par la force dès qu’ils la verront, dit Lachlan. Mais tu vas bien à cette parley, n’est-ce pas ?
— J’y vais encore mieux, maintenant. Avec une arme que je n’avais pas.
Il lui prit les mains. Chaleur sèche de ses paumes, encore légèrement fiévreuses, mais fermes. Il avait des cals de coureur, de bucheron, de loup. Elle se laissa aller un instant à les regarder avant de relever les yeux.
— Reste avec moi, Iona. Pas seulement pour la parley. Pas seulement pour le traité. Je te demande d’être la matriarche de cette famille, si tu veux bien de nous. Nous avons besoin d’un guide qui n’est pas né dans la haine. Et Moi, j’ai besoin de toi. Chaque nuit à te savoir dans ma maison, sous mon toit, sans savoir si demain tu seras encore là — c’est une plaie que même le poil de l’alpha ne peut pas soigner.
Iona sentit les mots heurter son poitrail comme des pierres chaudes. Le doute, la peur, l’habitude glasgowienne de fuir avant que l’on s’attache — tout cela se disputait en elle. Mais le poil du bracelet s’enroulait autour de son poignet comme une promesse muette.
— Je ne te demande pas de réponse ce soir, poursuivit-il, se méprenant sur son silence. Mais dis-moi seulement que tu n’as pas encore choisi de partir. Dis-moi que tu viens à cette parley pour tout le monde, pas seulement pour moi. Cela me suffira.
Elle ne répondit pas avec des mots. Elle se pencha et posa ses lèvres sur les siennes, un baiser doux, appuyé, qui parlait mieux que toutes les phrases. Il répondit du même geste, et lorsqu’ils se séparèrent, le bracelet avait changé de couleur : le poil avait pris une teinte dorée, comme s’il avait absorbé quelque chose de leur échange.
Iona regarda sa main, stupéfaite.
— Qu’est-ce que cela veut dire ? s’enquit-elle.
Lachlan suivit son regard et blêmit.
— C’est une réaction de sang, murmura-t-il. Le poil confirme la légitimité d’un pacte scellé par la loyauté. Il devient doré quand il détecte un serment de cœur. Ma mère m’a raconté que cela n’arrivait que lorsqu’un Blackwood consentait librement à protéger un autre loup… sans condition.
— Sans condition ?
— Le seul serment que le fondateur ait jamais honoré, dit Lachlan. Celui de ne jamais abandonner l’autre, même quand tout le reste est perdu. C’est le pacte que ta mère a scellé avec ton père quand elle a fui.
Iona déglutit. Le poil doré luisait maintenant à son poignet comme une veilleuse.
— Et où cela nous laisse-t-il, pour la parley ?
Lachlan eut un sourire triste.
— Cela nous laisse quatre nuits pour trouver une alliée dans la maison Ross. Car si Meghan comprend ce que cela signifie — que tu es une Blackwood vivante qui a scellé un pacte de cœur avec le chef de la meute — elle ne viendra plus en négociatrice. Elle viendra en chasseresse. Nous aurons besoin de plus qu’un traité pour survivre à cette rencontre, Iona. Nous aurons besoin d’une armée.
Dehors, le vent se leva soudain sur le loch, et quelque part dans la forêt, un troisième hurlement — celui qui avait paru étranger quelques jours plus tôt — répondit, plus proche. Iona et Lachlan échangèrent un regard. Quatre nuits. C’était tout ce qui les séparait de la vérité.
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