L'Héritier Lié à la Lune
Lire le chapitre 30: The Groundskeeper's Ending
L’air de la veille était lourd, chargé d’électricité et de pins. Iona marchait dans le couloir du manoir, la tresse de cheveux dorée—le serment de cœur—roulée dans un mouchoir au creux de sa poche. Dans moins de vingt-quatre heures, elle se tiendrait devant Meghan Ross, seule, avec pour seule arme une vérité que la plupart des loups refuseraient d’entendre.
La porte du salon était entrouverte. Une lumière vacillante en sortait.
— Angus ?
Elle poussa le battant. Il se tenait debout près de la cheminée éteinte, silhouette massive contre les braises mourantes, le visage taillé à la hache dans la pierre de ce domaine. Dans sa main, il tenait les fragments du médaillon.
Le cœur d’Iona fit un bond brusque. Elle avait caché les pièces au fond d’un tiroir de son bureau, sous des dossiers, un léger parfum d’oubli. Pas assez.
— Où est Lachlan ? demanda-t-elle, la voix plus stable qu’elle ne le ressentait.
— Dehors. Il vérifie les limites du terrain avec Malcolm. On a encore entendu ce hurlement, ce soir. Plus près.
Angus fit tourner un éclat de nacre entre ses doigts épais. Ses yeux étaient sombres, fixes.
— Tu sais quoi, vétérinaire ? Je n’ai jamais aimé ta présence ici. Pas parce que tu es une étrangère. Parce que tu as apporté le chaos. Le doute.
— Vous parliez de vérité, Angus, dit-elle doucement. Qu’est-ce qui a changé ?
Il rit, un bruit sec, sans joie.
— La vérité ? La vérité, c’est que Lachlan est aveuglé par toi. Il voit une lumière dans tes yeux, il ne voit pas ce que tu es. Une héritière de deux sangs. Ce qui signifie une menace pour les deux.
Elle fit un pas prudent vers la porte, mais il bougea plus vite qu’elle ne l’aurait cru possible. En trois enjambées il fut sur elle, une poigne de fer sur son bras, et il la propulsa contre le mur. Le bois craqua sous l’impact. Un éclat de douleur irradia le long de ses omoplates.
— Les morceaux du médaillon, dit-il, le souffle chaud et âcre sur son visage. Ils sont la seule monnaie d’échange que les Rosses accepteront. Lachlan veut le parley à la parole donnée. Moi, je veux la fin de cette guerre.
— Meghan vous tuera aussi, souffla Iona. Vous le savez.
— Peut-être. Mais je t’aurai livrée, toi et les fragments. Elle verra ma loyauté. Elle épargnera le domaine. Elle épargnera les nôtres.
La porte du salon explosa. Non—elle vola en éclats sous l’impact d’une masse grise. Lachlan se tenait dans l’embrasure, torse nu, pantalon trempé de pluie, les yeux déjà striés d’or. Le loup montait en lui, et il était encore affaibli par sa longue guérison. Trop affaibli.
— Angus. Recule. C’est un ordre.
— Mon alpha, ironisa Angus sans le lâcher. Vous êtes un alpha qui ne sait même pas qui a tué son propre frère.
Le silence scella la pièce. Iona sentit le bras d’Angus se resserrer autour de son cou, son pouls contre son oreille.
Quoi ? dit Lachlan, la voix rauque.
Angus éclata d’un rire triomphal, mais il y avait une douleur dedans, sous la crasse et la bravade.
— Ellis. Il m’avait trouvé, cette nuit-là. Il m’avait vu traverser la rivière pour rejoindre une louve errante, une femelle de nulle part. Il menaçait de tout dire. Il disait que les liens du sang passaient avant ceux du désir. Il avait raison. Et je l’ai tué.
Iona cessa de respirer. Tout tourna dans sa tête. Ellis—le frère mort dont le nom avait déclenché un deuil de trente ans. Ellis, le mystère qui avait empoisonné le domaine. Et Angus se tenait là, tenant cette confession comme une arme bien aiguisée.
— Vous, murmura Lachlan. Vous ?
— Il fallait que je protège les miens, siffla Angus. Pas ma honte, non. La femme que j’aimais était une renégate, bannie des Lowlands. Les Blackwoods auraient été déshonorés par cette alliance. J’ai fait ce qu’un loup de la vieille garde devait faire. Le sang nettoie le sang.
— Et ma mère ? La voix d’Iona était minuscule. Vous avez menti sur ma mère.
Angus la secoua, un geste brutal qui lui fit claquer les dents.
— Ta mère ? Elle est arrivée ici comme une visiteuse, elle est partie comme une légende. J’ai dit à Lachlan ce qu’il avait besoin d’entendre pour te faire partir : qu’elle avait trahi les nôtres, qu’elle était une moucharde des Rosses. Rien de vrai. Mais tu étais trop curieusement posée dans notre vie. Trop de questions. J’ai planté la graine du doute. Il l’a arrosée tout seul.
Un grondement roula dans la poitrine de Lachlan, un seul grondement long et profond. Il avança d’un pas, et le plancher craqua sous son poids.
— Pose-la, Angus. Pendant que je te le demande encore.
— Je les prends. Je pars ce soir. Je rejoins Meghan avec les fragments, et je reviens avec la paix. Vous ferez de moi ce que vous voudrez ensuite.
Il resserra son bras. Iona sentait le monde se brouiller aux bords, l’oxygène se faire rare. Dans sa poche, sa main chercha machinalement le mouchoir, la tresse de cheveux, le serment doré. Pas une arme. Pas un salut.
Sauf si.
— Votre serment, Angus, croassa-t-elle. Vous avez prêté un serment au premier alpha Blackwood. Votre sang se souvient. Vos os le savent.
Il hésita. Une fraction de seconde. Un battement de cœur suffit à Lachlan.
Il bondit. La masse grise et blanche traversa la pièce comme un boulet de canon, et Angus lâcha Iona pour pivoter, faire face, ses griffes déjà dehors. Elle tomba en arrière, roula sur le sol poussiéreux, et le choc du loup et du vieux brisa la table de chêne, fit voler les chaises comme des éclats de verre.
Le combat fut bref, violent, bruit de chairs déchirées et de grognements. Angus était massif, mais Lachlan, affaibli, combattait avec la fureur d’un homme qui a peur de perdre plus qu’un territoire. Ils roulèrent près de la cheminée. Il y eut un craquement sec, trop net, trop définitif.
Angus s’immobilisa. Sa tête heurta la pierre de l’âtre avec un bruit sourd. Un long sifflement d’air sortit de ses poumons. Le loup au-dessus de lui se recontracta en homme, poisseux de sang, et Lachlan recula, les mains tremblantes.
Angus cligna des yeux. Son regard trouva Iona, puis Lachlan, puis les fragments du médaillon éparpillés sur le sol. Un sourire tordu naquit sur ses lèvres. Le sang coulait de sa bouche, un filet rouge sur la barbe grise.
— C’était pour la meute, murmura-t-il. Tout. Pour la meute.
Ses yeux restèrent ouverts quand sa poitrine cessa de se soulever.
Iona se releva en tremblant, les paumes écorchées. Lachlan s’agenouilla près du corps, une main sur la nuque d’Angus, comme pour bénir ou pour s’excuser. Elle ne sut jamais lequel.
Trente ans de mensonge, dit-elle dans le silence, la voix brisée. Il a tué votre frère. Il a fait de ma mère un fantôme malveillant. Et il a failli tout détruire pour une paix achetée avec ce qu’il avait déjà volé.
Lachlan releva la tête. Ses yeux étaient humides, striés de fatigue.
On lui donnera une tombe tranquille. On dira qu’il est mort en défendant le domaine contre un ours. C’est plus que ce qu’il mérite, mais c’est ce que la meute mérite.
Iona ramassa les fragments du médaillon, le cœur serré. Elle croisa son regard, et un autre courant passa entre eux.
— Mais au parley, dit Lachlan doucement, la vérité sera dite. Sur Ellis. Sur Angus. Sur ta mère. Je peux garder le silence pour protéger les vivants, Iona. Pas pour protéger les mensonges des morts.
Il prit sa main, la porta à ses lèvres, un geste tendre et épuisé.
— Et si Meghan veut te voir comme une menace, elle verra une femme qui a reçu la vérité comme arme. Que son sang le veuille ou non.
Dehors, dans la nuit, un nouveau hurlement s’éleva. Il venait de l’est, plus proche que tous les autres. Un troisième loup. Pas Ross, pas Blackwood.
Quelque chose d’autre.
Lachlan se raidit. Iona sentit le froid monter le long de sa nuque, comme une main osseuse traçant le chemin de son avenir. La chose, quelle qu’elle soit, savait où ils étaient.
Et elle se rapprochait.
Continuer gratuitement
Débloquer ce chapitre
Regardez une courte publicité pour débloquer ce chapitre.
Aucun paiement requis.