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L'Héritier Lié à la Lune

Lire le chapitre 4: Morning after the Hunt

La lumière du matin se frayait un chemin à travers les brumes de Lochraven quand Iona poussa la porte de son cottage. Sa main s'arrêta sur le bois. Des entailles profondes, parallèles, descendaient du haut de la porte jusqu'à la serrure, comme si une bête immense avait griffé pour entrer. Quatre sillons nets, espacés de plusieurs centimètres. Le même motif que sur le flanc du chien de Hamish Fraser.

Son pouls s'accéléra. Elle fit glisser ses doigts le long d'une rainure. Le bois était éclaté, pas simplement rayé. Il avait fallu une force considérable pour creuser si profondément, et la marque était fraîche. Pas de pluie dans les fibres exposées. Pas de rosée sur les copeaux tombés au sol.

— Merde, murmura-t-elle.

Elle se retourna, scrutant la rue déserte. Les volets des cottages restaient clos, plus tard que la normale pour un village d'éleveurs. Un silence inhabituel pesait sur Lochraven, comme si le hameau entier retenait son souffle après une nuit de cauchemar.

Iona s'accroupit et examina le sol boueux devant sa porte. Des empreintes, à moitié effacées par la pluie de l'aube, dessinaient des formes allongées. Trop grandes pour un chien. Trop lourdes pour un loup — et pourtant, elle n'avait jamais vu de canidé aux pattes aussi larges. Elle sortit son téléphone, photographia les marques, puis la porte.

Le ronronnement d'un moteur la fit relever la tête. Un tracteur vert remontait lentement la rue principale. Le conducteur, un homme au visage buriné qu'elle reconnut comme Fergus MacAlister, fermier sur la colline est, ralentit en la voyant agenouillée devant sa porte.

— Tout va bien, doctoresse ? lança-t-il par-dessus le grondement du moteur.

Iona se releva, essuya ses mains sur son pantalon.

— Vous avez vu quelque chose cette nuit ? Des animaux autour de mon cottage ?

Fergus détourna les yeux. Il regarda la montagne au nord, où se dressait la silhouette noire de Blackwood House, puis revint à elle.

— Les bêtes du domaine rentrent de chasse. C'est tout.

— Les bêtes du domaine ?

— Les Blackwood. On les a vus revenir à l'aube. Le vieux Hamish jure qu'ils étaient couverts de sang, qu'ils boitaient comme s'ils avaient traversé une guerre. Mais le vieux Hamish voit beaucoup de choses, ajouta-t-il avec un rire sans joie.

Sa main se resserra sur le volant.

— La pluie va redoubler cet après-midi. Faudra rentrer les brebis. Si j'étais vous, je resterais près du village jusqu'à demain.

Il n'attendit pas sa réponse, embraya et disparut au bout de la rue.

Iona resta un long moment immobile, le froid de l'aube s'infiltrant sous sa veste. « Ils étaient couverts de sang. » Les enfants aussi ? Elle se souvint du minibus silencieux, des visages figés derrière les vitres, des petits doigts plaqués contre le verre. Quelle famille — même une famille de chasseurs — revenait de ses activités nocturnes couverte de sang ?

Elle secoua la tête et rentra chercher sa trousse. Elle avait des patients à voir.

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La clinique était un bâtiment en pierre grise adossé à l'église. À l'intérieur, l'odeur d'antiseptique et de foin séché l'accueillit comme un vieil ami. Gareth, son assistant de dix-neuf ans, était déjà au travail, une cage sous le bras.

— Il y a un agneau avec une patte cassée dans la remise, dit-il sans préambule. Le père Anderson l'a trouvé au bord du loch à l'aube.

— Le bord du loch ? Les moutons du père Anderson sont dans le pré ouest.

Gareth haussa les épaules. Il était grand, anguleux, avec des mains démesurées qu'il ne semblait jamais savoir où poser.

— Il dit que les bêtes ont traversé le champ la nuit dernière. La clôture est par terre sur dix mètres. Les moutons se sont éparpillés sur la moitié de la vallée.

Iona suspendit sa veste et suivit Gareth vers la remise. L'agneau était couché dans la paille, ses grands yeux noirs écarquillés de douleur. La patte arrière droite pendait à un angle improbable. Iona s'accroupit, posa la main sur l'os traversant le manteau de laine blanche. Une fracture simple, nette. Elle sortit son attelle et commença à travailler.

— Trois broches, dit-elle à Gareth qui lui tendait les instruments sans qu'elle ait besoin de demander. Le fémur, pas le tibia.

— Oui, m'dame.

Un silence, seulement troublé par les bêlements de l'agneau et le crissement du métal dans l'os. Gareth hésita, puis se racla la gorge.

— C'est vous qui avez calé la brebis dans la clôture, à votre arrivée ?

— Oui.

— Et c'est Lachlan Blackwood qui vous a aidée.

Ce n'était pas une question. Iona ne leva pas les yeux.

— Qu'est-ce que tu essaies de me dire, Gareth ?

— Rien. Juste que... ma grand-mère dit qu'on ne leur doit rien, à cette famille. Et qu'on ne leur demande rien non plus.

Il fit une pause. Ses doigts tremblaient légèrement en tenant l'écouvillon.

— Mon cousin Billy travaillait au domaine. Pour l'entretien des jardins. Un soir, il a suivi les Blackwood dans la montagne. La curiosité, tu vois.

— Et alors ?

— Alors il habite à Inverness maintenant. Il n'en parle jamais. Pas une seule fois, en cinq ans. Mais ma grand-mère dit qu'il fait des cauchemars. Qu'il crie les nuits de pleine lune.

Iona fixa la fracture devant elle. Ses mains ne tremblèrent pas. Elle posa la broche, vissa la plaque, resserra la vis.

— Repose l'agneau dans la cage, murmura-t-elle. Je vérifierai son pansement après le déjeuner.

Il obéit sans un mot de plus, et le village retomba dans son silence feutré.

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Elle sortit de la clinique vers midi pour grignoter un sandwich sur le muret qui bordait la route. La brume s'était levée, révélant la vaste étendue de bruyère qui descendait vers le loch. Là-bas, à moins de trois cents mètres, une silhouette traversait la lande à grandes enjambées.

Iona plissa les yeux. Elle reconnut la démarche avant le visage. Lachlan Blackwood marchait seul, les épaules légèrement voûtées, contrairement à sa posture fière de la veille. Il portait le même pull sombre, un peu déformé, et ses cheveux semblaient encore humides. Comme s'il venait de prendre une douche après des heures d'efforts.

Il s'arrêta au sommet d'une crête herbeuse. Même à cette distance, Iona vit les cernes sous ses yeux, la pâleur inhabituelle de sa peau. Il n'avait pas dormi.

Elle aurait pu l'appeler. Mais les paroles de Gareth résonnaient encore à ses oreilles : « On ne leur demande rien non plus. » Et cette odeur sur l'écharpe — pin et fourrure mouillée — qu'elle avait respirée plus d'une fois depuis hier soir.

Pourtant, il s'était arrêté. Il la regardait fixement. Et dans la lumière crue de midi, son visage n'exprimait pas de menace. Il exprimait quelque chose de plus étrange : de la reconnaissance. Comme s'il l'avait cherchée, sans savoir quoi lui demander.

Une silhouette passa entre eux. Un homme en tweed, le médecin du village, se dirigeait vers la clinique. Lachlan sembla se ressaisir. Il pivota et s'éloigna vers le domaine, ses pas s'enfonçant dans la bruyère sans hâte.

Iona finit son sandwich sans le goûter. Quelque chose dans la façon dont il avait insisté, deux fois, pour qu'elle reste chez elle la nuit — puis cette porte griffée, les empreintes dans la boue, le cousin de Gareth qui hurlait à Inverness les nuits de pleine lune...

Rien de tout cela ne rimait avec une légende locale. Ça rimait avec une vérité qu'elle n'était pas sûre d'être prête à affronter.

À l'intérieur de sa clinique, son téléphone sonna. Elle consulta l'écran : un message d'Hamish Fraser, le propriétaire du chien attaqué.

« Encore trouvé des marques ce matin. Quatre griffes. Sur ma porte, comme sur la vôtre. Vous savez ce que ça veut dire, non ? »

Le message lui fut envoyé à 6h42. Elle répondit immédiatement : « Dites-moi. »

Trois points de suspension apparurent puis disparurent, plusieurs fois. Puis une réponse.

« Il faut que nous parlions. En personne. Mais pas ici. Pas au village. Ils écoutent. »

Iona regarda l'écran. Le médecin en tweed frappait à sa porte, une petite cage en fer à la main. Dedans, un vieux colley gris, l'air fourbu, fixait le vide avec les yeux d'un animal qui en avait trop vu.

Elle rangea son téléphone, ouvrit la porte, et laissa entrer le docteur.