L'Héritier Lié à la Lune
Lire le chapitre 8: The Vanishing
Le crépuscule tombait sur Braemore quand Iona verrouilla la porte de sa clinique. La lampe du porche bourdonnait, attirant des phalènes dans son halo jaune. Elle avait à peine posé le pied sur le trottoir qu'elle entendit des murmures étouffés, plus loin, devant le pub.
Une grappe de silhouettes se tenait sous l'auvent, têtes baissées. Iona reconnut Elspeth, la barmaid, et deux fermiers aux joues rougies par le vent. Elle s'approcha, par réflexe professionnel — peut-être un animal blessé, peut-être un problème.
"—disparue, un an jour pour jour. Et personne n'a rien vu."
La voix d'Elspeth se tut quand Iona arriva à portée. Les visages se tournèrent vers elle, gênés, puis se refermèrent comme des coquilles.
« Quelque chose ne va pas ? » demanda Iona.
« Rien, docteur. » Le fermier toucha son chapeau et s'éloigna. Les autres suivirent, laissant Elspeth seule, qui lui jeta un regard chargé de quelque chose entre l'avertissement et la pitié.
« La Sinclair, murmura la barmaid. Ça fait un an cette nuit qu'elle s'est évanouie. Certains ici croient encore qu'elle va revenir. »
Iona ouvrit la bouche pour répondre, mais son téléphone vibra dans sa poche. Un message d'Angus, le gardien du domaine.
Le chien ne mange plus. Il tremble. Venez vite.
Elle regarda le village derrière elle, les fenêtres éclairées du pub, les silhouettes qui fondaient dans l'obscurité. Puis elle soupira et se dirigea vers sa voiture.
Le trajet jusqu'au domaine prit quinze minutes. La grille s'ouvrit sans qu'elle ait à sonner. Les graviers crissèrent sous ses pneus comme un avertissement. Angus l'attendait près de l'écurie, sa lampe torche balayant le sol.
« Il est dans la cuisine, dit-il. Il refuse de sortir depuis hier. »
Le chien — un grand lévrier au poil gris — était recroquevillé sous la table en chêne. Ses yeux étaient grands ouverts, ses oreilles plaquées en arrière. Iona s'accroupit. Pas de fièvre. Pas de blessure visible. Juste une terreur absolue.
« Il a vu quelque chose, murmura-t-elle. Quelque chose qui l'a brisé. »
Angus ne répondit pas. Ses doigts remontèrent machinalement sur son avant-bras, là où il portait ce pansement qui ne venait jamais seul.
Iona avait besoin de matériel. Elle se releva. « J'ai un calmant dans ma voiture. Je reviens. »
Elle traversa le hall, ses bottes résonnant sur le marbre. C'est là qu'elle la vit.
Sur la console, entre deux vases de porcelaine, un cadre en argent. Le cliché était légèrement jauni, mais le visage était indubitable : un sourire timide, des yeux clairs. Une jeune fille d'environ vingt ans, debout devant une haie taillée du domaine.
Morag Sinclair.
Iona n'avait pas besoin du poster du village pour la reconnaître. Le même portrait, la même pose, le même sourire. Ce n'était pas une coïncidence.
« Elle travaillait ici, un été. »
La voix de Lachlan la fit sursauter. Il se tenait dans l'embrasure de la porte du salon, les bras croisés, son visage épuisé par quelque chose que la lampe ne suffisait pas à révéler.
« Morag, précisa-t-il. Une fille de la vallée. Elle est restée trois mois, puis elle est partie. Une histoire de cœur, je crois. »
« Elle a disparu il y a un an. La nuit de la pleine lune. Et personne ne l'a jamais retrouvée. »
Lachlan ne cilla pas. « On a dit beaucoup de choses sur cette famille. Sur ce domaine. La plupart ne sont pas vraies. »
Mais sa pomme d'Adam bougea imperceptiblement. Iona avait soigné assez d'animaux pour savoir quand un corps mentait.
Elle ne posa pas d'autre question. Elle récupéra son matériel, administra le calmant au lévrier, et quitta la cuisine sans un mot de plus. Angus la raccompagna jusqu'à la porte, silencieux, les yeux ailleurs.
Dehors, la nuit était claire. La lune — encore trois croissants avant d'être pleine — accrochait une lueur pâle sur les bruyères.
C'est alors qu'elle entendit des moteurs.
Deux véhicules — les Land Rover noirs du domaine — démarrèrent simultanément derrière la maison et filèrent vers le portail arrière, phares éteints.
Iona se figea. Quatre hommes dans chaque voiture, entrevus dans l'ouverture des portes. Armés ? Elle ne vit pas d'armes. Mais leurs visages étaient tournés vers l'ouest, vers la lande.
Vers les collines où deux silhouettes s'étaient enfuies la nuit où Ellis était mort.
Elle ne réfléchit pas. Elle sauta dans sa voiture, coupa les phares, et suivit la poussière qu'ils laissaient derrière eux à distance prudente. Le chemin de terre sinuait entre les murets de pierre, puis montait vers les crêtes. Elle voyait les feux arrière des Land Rover danser à un kilomètre devant elle, puis disparaître derrière une colline... et ne jamais réapparaître.
Elle atteignit le sommet. Vallée vide. Pas de véhicules. Pas de poussière. Rien, à part le vent qui hurlait entre les rochers et l'odeur de mousse humide.
Les véhicules avaient disparu comme avalés par la terre elle-même.
Iona coupa le contact. Le silence l'enveloppa, épais, presque solide. Elle resta là, les mains tremblantes sur le volant, essayant de trouver une explication logique. Une route cachée ? Un ravin ? Une piste plus basse ?
Elle ne trouva rien.
Elle rentra au cottage à pied, laissant sa voiture abandonnée sur la crête. Les fenêtres de sa maison l'accueillirent — froides, habituelles, sûres. Elle se glissa entre les draps sans se déshabiller, le lourd de sa mère toujours autour de son cou.
Elle devait dormir. Elle avait des rendez-vous demain.
Elle avait à peine fermé les yeux qu'un son déchira la nuit.
Un hurlement.
Long, montant, modulé. Il venait de la lande ouest. Un deuxième lui répondit, plus proche. Un troisième, presque en contrebas de sa propriété.
Iona se redressa dans son lit, cœur cognant contre ses côtes. Les hurlements se turent d'un coup — comme s'ils savaient qu'elle écoutait.
Puis un bruit de pas, lents, sur les graviers devant sa porte.
Quelqu'un — ou quelque chose — faisait le tour de son cottage.
Elle retint son souffle. Les pas s'arrêtèrent devant sa fenêtre. Elle entendit une respiration, profonde, animale, filtrant à travers le verre.
Le reflexe moteur humain. Elle se figea. Impossible de bouger. Impossible de respirer.
Le son s'éloigna, enfin, emporté par le vent.
Iona ne ferma pas l'œil de la nuit.