L'Or de l'Empereur
Lire le chapitre 12: The Englishman’s Map
Il se coula contre le mur de torchis, le pistolet de Mabillon froid dans sa main. Par l'interstice des planches, il vit l'officier français s'approcher des coffres vides — un capitaine du train des équipages, la capote de paysan rejetée sur l'épaule, la tunique bleue maculée de boue séchée.
L'homme s'arrêta devant les caisses, compta les serrures brisées, puis se retourna vers la porte. La lumière de la lanterne accrocha son visage.
Moreau sentit le sol se dérober.
Ce n'était pas un sous-officier subalterne, ni un comptable véreux. C'était le capitaine Ashworth, l'attaché britannique officiellement échangé sous drapeau parlementaire trois semaines plus tôt. Celui que Moreau avait vu dîner à la table du général, discuter cartes avec les aides de camp, sourire avec la courtoisie glaciale d'un homme qui n'avait rien à craindre.
« Je pensais trouver plus que des coquilles vides », dit Ashworth en français, sans se retourner. Sa voix portait l'accent impeccable d'un homme qui avait étudié à Lyon. « Vous pouvez sortir, messieurs. Le knock code était un avertissement, pas une invitation. »
Mabillon jura entre ses dents. Moreau le retint d'un geste.
« Capitaine Moreau », continua Ashworth en se tournant lentement. « Et le colonel Mabillon. Quelle paire charmante. J'avais parié sur Roussel, franchement. Mais vous autres, les honnêtes gens, vous êtes si prévisibles. »
Il tira de sa poche un carnet relié de cuir rouge.
« Vous cherchez ça ? La carte des nouveaux coffres ? »
« Vous n'irez nulle part », dit Moreau en entrant dans la pièce, le pistolet levé. Mabillon le suivit, couvrant la porte.
Ashworth sourit. Pas le sourire nerveux d'un homme pris, mais celui d'un joueur qui venait d'abattre sa meilleure carte.
« Capitaine, seriez-vous prêt à tirer sur un officier portant l'uniforme de l'armée française ? Ici, dans cette grange, sans témoin que votre complice — dont la loyauté, si j'ai bien compris, demeure une question ouverte ? »
« Vous n'êtes pas français. »
« Ah, mais j'ai la signature du général Soult dans ma poche. Une signature authentique, obtenue par des moyens... disons, persuasifs. Si je meurs ici, on trouvera sur mon corps l'ordre de mission signé par l'état-major, ordonnant une inspection discrète des fonds régimentaires confiés à certains officiers. Croyez-moi, cette lettre fera plus de dégâts que la balle que vous hésitez à tirer. »
Moreau avança d'un pas. Ashworth recula, le carnet serré contre sa poitrine.
« Vous êtes Le Corbeau », dit Moreau. « Pas Roussel. Il travaille pour vous. »
Le sourire d'Ashworth s'élargit.
« Roussel est un moyen, pas une fin. Il croit que l'or doit financer une faction bonapartiste alternative, un gouvernement de rechange si l'Empereur perd. Il est trop naïf pour comprendre que l'or n'a qu'une seule destination : les coffres de Sa Majesté britannique, où il financera la prochaine campagne contre le tyran. »
« L'Empereur a abdiqué une fois. Il ne perdra pas à Waterloo. »
« Waterloo ? » Ashworth rit — un rire bref, presque sincère. « Mon cher capitaine, Waterloo n'est qu'un nom sur une carte. Une carte que je connais bien, d'ailleurs. »
Il ouvrit le carnet rouge d'un geste vif. Moreau vit une esquisse au crayon — les routes autour de Mont-Saint-Jean, les fermes, les crêtes, et une croix rouge marquant un point à l'est du champ de bataille, près du bois.
« Vous n'aurez pas vos coffres à l'aube », dit Ashworth. « L'or est déjà en route vers les lignes prussiennes par le chemin de Wavre. Blücher y a détaché un escadron de hussards pour l'escorter. Vous vous battez contre une ombre, capitaine. »
Un bruit au-dehors. Des sabots. Plusieurs chevaux.
Mabillon jeta un coup d'œil par la fenêtre. « Il y a des cavaliers qui approchent. Uniformes prussiens par la silhouette. »
Ashworth referma le carnet avec un déclic sec.
« Mon escorte. Ponctuelle, vous voyez. Les Prussiens n'aiment pas attendre leur argent. »
Moreau n'avait plus le choix. Il tira.
Le coup partit dans un éclair aveuglant. Ashworth tituba, mais la balle n'avait fait que déchirer sa manche — le mouvement du carnet, relevé devant sa poitrine comme un bouclier instinctif, avait dévié le tir. Le carnet vola en éclats, pages arrachées, cartes dispersées dans la paille.
Ashworth plongea vers la porte arrière. Mabillon le rattrapa par le col de la tunique, le projeta contre le mur. Les deux hommes roulèrent dans la poussière. Moreau se jeta sur la pile de papiers déchirés, les attrapa à pleines mains, mais la carte principale — celle avec la croix rouge — s'était déchirée en deux, et la moitié qui indiquait l'emplacement exact du coffre manquait.
La porte d'entrée explosa sous l'épaule d'un hussard prussien. Une salve traversa la grange dans un vacarme de bois éclaté et de paille soulevée.
Mabillon lâcha Ashworth pour se jeter au sol. Moreau vit le Britannique s'extirper de la mêlée, courir vers les chevaux, le carnet mutilé encore à la main — la moitié intacte, celle qu'il lui fallait, emportée dans sa fuite.
Le cavalier de tête tendit une main, Ashworth l'attrapa, se hissa en selle. Le groupe disparut dans la nuit déjà grise de l'aube prochaine avec un claquement de sabots étouffé par la terre humide.
Mabillon se releva, le visage gris de poussière. « La carte ? »
Moreau regarda les fragments dans ses mains. Un coin de l'esquisse, une portion de route, une seule lettre : la moitié d'un « N ». Rien d'utilisable. Rien de plus que ce qu'il possédait déjà.
Il écrasa les papiers dans son poing en fermant les yeux.
Roussel l'attendait à Mont-Saint-Jean. L'or filait vers Wavre. L'armée était au bord de la mutinerie.
Et il ne restait plus qu'un bout de dessin froissé, une balle tirée, un uniforme français abandonné dans une ferme.
Le premier gris de l'aube glissa par les planches fendues. Il entendit au loin le premier canon de la journée, un bruit sourd venu du nord — et il comprit que la bataille qu'il croyait pouvoir arrêter avait déjà commencé sans lui.
« Dis-moi », demanda Mabillon d'une voix calme, en ramassant un fragment de cuir rouge, « que ce n'est pas fini. »
Moreau ouvrit les yeux. Il fixa la poussière dorée dans l'air du matin.
« Non, dit-il. Ce n'est que le début. »
Il enfonça le bout de papier dans sa poche et sortit vers les chevaux, le pistolet encore chaud dans sa main.
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