L'Or de l'Empereur
Lire le chapitre 24: A Heated Exchange
La poussière du chemin de Wavre collait à ses bottes quand une voix s'éleva dans l'ombre des arbres, trop calme, trop maîtrisée pour être celle d'un simple soldat.
« Capitaine Moreau. Quelle surprise de vous trouver si loin de votre poste. »
Étienne se figea. Sa main glissa vers la crosse de son pistolet, mais il savait déjà que ce geste était trop lent. Trois silhouettes se détachèrent du taillis, fusils braqués. Puis une quatrième, qui s'avança avec la désinvolture d'un homme qui n'a rien à craindre.
Le major Delacour.
Il arborait l'uniforme impeccable des officiers d'état-major de l'Empereur, les aiguillettes dorées étincelant dans la lumière grise de l'aube naissante. Son visage était lisse, presque aimable, mais ses yeux brillaient d'une lueur que Moreau connaissait bien : celle d'un joueur qui tient toutes les cartes.
« Vous avez déserté votre affectation, capitaine. L'Empereur sera déçu. » Delacour inclina la tête, feignant la compassion. « Encore un officier qui préfère l'honneur à l'obéissance. Quelle tragédie. »
Moreau ne répondit pas tout de suite. Il évalua la distance entre lui et les fusils. Trop loin. Le terrain était découvert, les arbres trop épars pour offrir un couvert.
— Le Corbeau, dit-il finalement. C'est vous.
Delacour rit, un son sec qui fit sursauter un des soldats.
— Le Corbeau ? Ce sobriquet dramatique que mes hommes ont inventé ? Je préfère penser à moi-même comme à un pragmatique. Nous avons tous besoin d'un avenir, capitaine. Certains d'entre nous sont simplement assez courageux pour le saisir.
— Saisir le trésor de l'armée. Laisser Napoléon se faire écraser à Waterloo. Et ensuite quoi ? Une couronne pour vous ?
— Je n'ai pas l'ambition démesurée de l'Empereur. Mais la France a besoin d'un leadership capable de négocier avec l'Angleterre. Avec l'or, avec les bons contacts... un homme peut sauver ce qui reste de ce pays. Peut-être même mieux que Bonaparte ne l'a jamais fait.
Moreau sentit la colère monter, chaude et amère. La blessure à son flanc pulsait, douloureuse.
— Vous parlez de trahison comme d'une vertu.
— Je parle de survie comme d'une nécessité. Vous, mon cher capitaine, vous êtes un idéaliste. Vous croyez aux mots de l'Empereur, à la gloire, à la patrie. Mais la patrie ne vous paiera pas en larmes quand vous serez mort dans une tranchée. L'Angleterre, elle, paie en or.
Delacour fit un pas en avant. Son parfum — eau de Cologne, civet, pouvoir — flottait dans l'air humide.
« Et vous, Moreau, vous avez été si prévisible. L'Empereur vous envoie à l'est, et vous courez vers l'ouest. Le Corbeau vous indique la Ferme du Caillou, et vous foncez tête baissée. » Il sourit, révélant des dents parfaites. « Vous n'avez jamais demandé pourquoi le Corbeau vous laissait vivre. »
La constatation frappa Moreau comme un coup de poing. Les évasions trop faciles. Le code déchiffrable. Mabillon retrouvé dans la maison de Bruxelles presque sans effort.
« Vous vouliez que je vous mène vers le trésor. »
— Voilà. Enfin. La compréhension.
Delacour claqua des doigts, et un des soldats s'avança, portant un coffret en bois qu'Étienne reconnut immédiatement. Les cachets du ministère de la Guerre étaient brisés. « Saviez-vous que l'or voyage sous le nez de l'armée depuis Bruxelles ? Nous l'avons récupéré dans votre propre convoi d'approvisionnement. L'ironie est délicieuse. Quand vous avez fait votre rapport mensonger à l'Empereur, ce n'était pas moi qu'il fallait surveiller. C'était vos propres caisses. »
Moreau serra les poings. La douleur dans son flanc s'intensifia, mais il la repoussa.
— Et combien de soldats mourront à cause de votre pragmatisme ? Combien de régiments sans paie se mutineront quand les balles anglaises commenceront à pleuvoir ?
— Moins que ceux qui mourront sous la botte d'une coalition si Bonaparte gagne sans fonds pour poursuivre la guerre. Mes calculs sont précis, capitaine. Les vôtres ne sont que des rêves.
Delacour se tourna vers les soldats. Sa voix devint glaciale.
— Tuez-le. Et jetez le corps dans le fossé. Personne ne pleurera un déserteur.
Les trois hommes levèrent leurs fusils. Moreau n'avait plus de temps.
Il se jeta de côté — vers la droite, vers la seule direction qui offrait un semblant de couvert. Les balles sifflèrent autour de lui, soulevant des mottes de terre. Sa blessure hurla de douleur, mais l'adrénaline le poussa en avant.
Le camp de munitions de l'avant-garde était à cinquante mètres. Delacour le vit immédiatement.
— Arrêtez-le ! Il va droit vers les poudres !
Moreau déchira le rabat de la tente centrale, ses mains tremblantes cherchant à l'aveugle. Des barils. Des boîtes de cartouches. Des réserves de poudre noire empilées contre le mur. Il attrapa une lanterne, l'ouvrit, toujours en mouvement.
Derrière lui, les soldats approchaient, leurs pas précipités.
Il renversa la lanterne.
Le kérosène se répandit sur la paille du sol. La flamme hésita, vacilla — puis jaillit.
L'incendie embrasa la paille, puis grimpa le long des caisses en bois. Moreau recula vers l'entrée de la tente au moment où une explosion sourde ébranla la nuit, une caisse de munitions cédant. Les flammes léchèrent le ciel pâle.
Dans la lumière du feu, Delacour apparut, le visage tordu de rage.
— Vous êtes mort, Moreau ! Vous êtes mort quand même !
Mais Moreau était déjà parti, courant vers le créneau entre les tentes à l'ouest, le tumulte de l'alarme s'élevant derrière lui. Les cris des soldats, le crépitement du bois qui brûle, le grondement des munitions détonant l'un après l'autre.
Il avait perdu l'or. Il avait perdu la piste. Mais il avait gagné une chose infiniment plus précieuse.
Le visage du traître.
Il ralentit au bord du champ, haletant, la main pressée contre son flanc. Le sang traversait sa veste, chaud et collant. Le major Delacour. De l'état-major de l'Empereur. Un homme que Napoléon avait personnellement décoré après Austerlitz.
Étienne s'adossa à un arbre, les jambes faiblissantes. L'incendie rougeoyait derrière lui, un brasier visible à des miles.
Le jour se levait à l'est. Les premières lueurs de Waterloo.
« Vous aurez besoin de plus que de l'or », murmura Étienne dans l'air vide, ses dents serrées. « Vous aurez besoin de me tuer. »
Il savait que Delacour essaierait.
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