L'Or de l'Empereur
Lire le chapitre 7: The Missing Forger
La pluie avait cessé pendant la nuit, mais l'humidité restait accrochée aux toiles des tentes comme une seconde peau. Moreau écarta le rabat du quartier de Desmoulins sans frapper, et le silence à l'intérieur lui serra l'estomac.
Le forger avait disparu depuis deux jours. Mais ce qu'il découvrit en entrant n'avait rien d'un départ volontaire.
Le coffre de campagne était renversé, son contenu éparpillé sur la paille humide. Les étagères de bois, soigneusement rangées lors de sa dernière inspection, gisaient en morceaux. Les cendres du petit poêle à charbon — que Desmoulins utilisait pour chauffer ses fers à tampon — étaient éparpillées sur le sol, et un rouleau de papier calque avait été piétiné, ses bords noircis par des bottes.
Quelqu'un avait cherché quelque chose. Quelqu'un qui n'avait pas pris la peine de faire disparaître les traces.
Moreau s'accroupit près du coffre. Les serrures étaient intactes ; on les avait forcées par le haut, en soulevant le couvercle. Un travail de professionnel, rapide et méthodique. Il fit glisser ses doigts sous la doublure de cuir du couvercle et sentit le relief d'un papier plié.
— Lambert, dit-il sans se retourner. Le guetteur est toujours en place ?
— Oui, capitaine. Derrière le fourgon à munitions, comme convenu.
— Roussel reste visible ?
— Il est à son bureau. Il n'est pas sorti de la journée, à part pour le mess.
Moreau tira le papier de sa cachette. C'était un feuillet du format réglementaire, mais le pli était inhabituel — ni en trois ni en quatre, mais en diagonale, comme on plie une carte à jouer. Il le déplia doucement.
L'écriture était rapide, presque illisible. Mais Moreau la reconnut aussitôt : les caractères flous, serrés les uns contre les autres, trahissaient la main de Jacques Desmoulins. Le forger écrivait comme il gravait — vite, précis, sans fioritures.
*Ils m'ont pris cette nuit. Trois hommes, dont l'officier à la cicatrice. Ils savaient pour les bons de paiement. Ils savaient pour le double fond. Ils savaient tout ce que le capitaine croyait secret — parce qu'ils l'ont lu dans les registres d'expédition qu'on m'avait confiés.*
*Je n'ai pas trahi. Mais ils m'ont obligé à graver un laissez-passer à l'encre invisible — un ordre de transfert vers le parc d'artillerie, tamponné de la griffe générale. Ils ont pris le moule et le tampon de cuivre. Je ne sais pas ce qu'ils vont en faire, mais ils ont les outils pour fabriquer n'importe quelle autorisation de l'état-major.*
*On m'a emmené vers le sud, la nuit. Je crois qu'ils vont me faire passer par le parc pour donner le change. Si vous trouvez ceci, cherchez dans les chariots de la réserve — derrière les obusiers de 12. Ils ont caché quelque chose là-bas.*
*Ne cherchez pas à me sauver. Cherchez ce qu'ils cachent.*
La lettre se terminait sans signature. Moreau la relut deux fois, puis la froissa dans sa paume avant de la glisser dans sa poche intérieure.
— Lambert, dit-il d'une voix basse. Je dois sortir du camp. Officiellement, je vais inspecter le parc d'artillerie après l'incident du fourrage. Officieusement — écoute bien — je vais chercher ce que ces hommes ont planqué derrière les pièces de 12.
Le Belge hocha la tête. Son visage mince, à moitié éclairé par la lampe à huile que Moreau tenait, semblait taillé dans la pierre.
— Vous voulez que je surveille Roussel ?
— Oui. Et si Lefebvre vient te chercher avant mon retour, dis-lui que le plan tient toujours. Ne lui dis rien de ce que je vais faire.
— Il saura que vous êtes parti.
— Il saura que je fais mon travail. C'est tout ce qu'il a besoin de savoir.
Moreau sortit de la tente et remonta la ligne des quartiers vers l'ouest. L'air du matin sentait la poudre mouillée et la fumée froide des feux éteints. Le camp s'étirait à perte de vue, une mer de toile grise et de piquets de fer, mais les artilleurs étaient groupés à la périphérie, près de la lisière d'un bois de hêtres.
Le parc d'artillerie était un dédale de chariots de réserve, de limoniers désattelés et de caissons à munitions empilés en pyramides. L'odeur de graisse et de salpêtre prenait à la gorge. Moreau longea les pièces de 8, puis les obusiers courts aux gueules patinées par les brosses métalliques.
Les 12 étaient alignés en fond de parc, isolés des autres par un fossé de drainage à moitié comblé. Leurs roues étaient affaissées dans la boue ; on ne les avait pas bougés depuis l'arrivée sur le plateau.
Moreau s'immobilisa derrière le dernier obusier. Quelque chose avait remué la terre entre deux caissons — des traces de pas, trop fraîches pour être du hasard. Il contourna le chariot le plus proche.
Le tronc d'un hêtre dépassait de la haie du fond. À sa base, la terre était creusée sur une profondeur d'un pied, puis recouverte d'un paquet de fougères mortes. Moreau s'accroupit et écarta les branches.
Un rouleau de cuir, huilé, fermé par trois courroies de cuir cru. Il le dégagea du trou et le posa sur le sol de terre battue. Les boucles étaient récentes, le cuir encore souple. Il défit la première courroie, puis la seconde.
Le rouleau s'ouvrit sur ses genoux comme un écrin. À l'intérieur, rangés dans des compartiments de feutre : les tampons de Desmoulins. Les matrices de cuivre portant la griffe du regiment. Deux moules à secouer pour le cœur des encres. Et, glissés dans une poche latérale de soie noire, trois jeux de laissez-passer vierges, imprimés sur un papier spécial à l'eau — le même utilisé par le bureau du maréchal.
Moreau siffla doucement. Ce n'était pas un simple vol. Ce n'était même pas une préparation. C'était une usine à faux papiers, prête à fonctionner à quelques heures de la bataille.
Il allait saisir les documents quand son regard tomba sur un détail du rouleau. Sur la face interne du cuir, quelqu'un avait gratté une inscription à la pointe sèche. Des lettres à peine visibles, mais régulières.
*Pour le Corbeau.*
Le cœur de Moreau cessa de battre une seconde. Ce n'était pas la marque de Desmoulins. C'était une signature — le nom que les Britanniques utilisaient pour désigner le traître. Le nom que les rapports de renseignement plaçaient à l'intérieur de son propre état-major.
Si les outils du forger portaient cette inscription, cela signifiait une seule chose : Desmoulins lui-même n'était pas seulement un faux-monnayeur. Il était peut-être le Corbeau. Ou bien l'officier à la cicatrice — celui qui l'avait enlevé — utilisait ce nom comme un sceau pour réclamer le travail.
Moreau resta accroupi au fond du parc d'artillerie, les tampons de cuivre entre les mains, et laissa le silence amerrir autour de lui. Derrière les arbres, les premiers faisceaux de lumière du matin perçaient la brume, mais il ne les voyait pas.
Il voyait Desmoulins, le visage pâle, les mains calleuses, conduit vers le sud par des hommes qui connaissaient ses routes. Il voyait la lettre froissée dans sa poche, écrite à la hâte, cachée dans un couvercle de coffre. Il voyait les tampons. Les laissez-passer vierges. Le nom gravé dans le cuir.
Le forger avait écrit *cherchez ce qu'ils cachent*. Il n'avait pas écrit *cherchez qui a gravé ce nom*. Peut-être parce qu'il ne le savait pas.
Ou peut-être parce que le secret n'était pas là.
Moreau refit soigneusement le rouleau, le renfonça dans sa cachette, puis recouvrit le trou de terre. Il releva le col de sa capote et reprit le chemin du camp à travers le parc, l'esprit en mouvement.
Ce soir, la rencontre au Mont-Saint-Jean. Demain, la bataille.
Mais avant cela, il devait savoir qui, dans son propre quartier, était capable d'écrire le nom d'un traître à l'intérieur d'un objet destiné à rester invisible.
Roussel connaissait les tampons. Lambert connaissait les codes. Lefebvre connaissait l'heure du transfert.
Et Desmoulins — le disparu, le forger, l'homme aux doigts tachés d'encre — connaissait la seule chose que Moreau ne retrouvait nulle part : le visage de l'officier qui l'avait enlevé.
Le soleil s'était levé sur le camp de Quatre-Bras, et le temps filait comme le sable entre les doigts d'un homme qui ne savait plus combien de poignées lui restaient.