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L'Or de l'Empereur

Lire le chapitre 8: A Fatal Confession

La pluie s'était arrêtée pendant la nuit, et le silence qui en résultait pesait sur le camp comme une chape. Moreau marchait entre les tentes, son manteau encore humide, lorsqu'il vit Duret sortir de la tente de Lefebvre avec un visage blême.

« Capitaine. »

Le mot s'étrangla dans la gorge du soldat. Moreau n'eut pas besoin d'en entendre davantage. Il écarta le pan de toile et pénétra dans l'espace confiné.

Lefebvre était suspendu à la poutre centrale, sa ceinture de cuir serrée autour du cou. Ses bottes pendaient à trente centimètres du sol, ses yeux grands ouverts, sa langue noircie. Une chaise renversée gisait près de ses pieds. Sur la caisse servant de table, une lettre posée soigneusement, une plume encore encrée à côté.

« Qui l'a trouvé ? » demanda Moreau sans détourner son regard.

« Le soldat Renard, à la relève de ronde. Il a crié, j'ai accouru. Personel d'autre n'est entré, je le jure. »

Moreau s'approcha du corps. Il connaissait la mort par pendaison — il en avait vu trop. Les marques sur le cou, la congestion du visage, tout cela correspondait. Mais quelque chose clochait. Il examina le nœud : un nœud de marin, serré proprement. Lefebvre, ancien artilleur, connaissait les nœuds, certes. Mais Moreau vit les doigts du sergent — des écorchures superficies, des ongles cassés.

Pas de lutte.

Un homme qui se pend ne se débat pas contre le cuir qui l'étrangle déjà. Il cherche à l'atteindre, par réflexe, mais les marques n'étaient pas là.

« Duret. Écarte ses bottes. »

Le soldat hésita, puis souleva les jambes du mort. Moreau souleva la tunique. Le dos de Lefebvre portait des traces rouges — pas des marques de corde, des marques de doigts. Quelqu'un l'avait tenu pendant que la boucle se serrait.

Moreau sortit de la tente, prit une inspiration profonde, retourna vers la lettre. Il la saisit par un coin, comme si le papier pouvait le brûler.

*Je, Auguste Lefebvre, sergent au 3e régiment d'infanterie légère, confesse par la présente avoir organisé le vol de la caisse de la solde. Agissant sur ordre d'un officier supérieur dont j'ignore le nom, j'ai facilité le transfert des fonds vers les lignes ennemies dans la nuit du 14 juin. Je prends la responsabilité entière de cet acte de trahison, et je choisis de mettre fin à mes jours pour épargner à mon frère et à ma mère la honte de me voir jugé.*

Moreau relut. La date était du 15 juin — la nuit même du vol. Le récit était précis, les détails correspondaient : le nombre d'hommes, la route, l'heure. Mais les mots sonnaient faux. Lefebvre n'avait jamais été lettré — les rapports qu'il signait étaient tracés d'une main maladroite, laborieuse. Cette écriture était ferme, fluide, presque calligraphiée.

« Duret. » Le soldat se retourna. « Trouve un rapport signé de la main de Lefebvre. N'importe lequel. Dans ses dossiers, dans les ordres qu'il a reçus. »

Duret fouilla la caisse personnelle du sergent et en tira un document froissé — un ordre de rationnement portant une signature lourde, maladroite, tremblée. Moreau compara. Les deux écritures n'avaient rien à voir.

Ce n'était pas un suicide. C'était une exécution maquillée.

Il replia la lettre dans sa poche. Dehors, la rumeur commençait à courir. Des hommes s'étaient attroupés à distance respectable, chuchotant. Il fallait agiter avant que l'information ne prenne son propre chemin.

« Écoutez-moi ! » Moreau leva la main. Sa voix porta au-delà du cercle. « Le sergent Lefebvre s'est ôté la vie cette nuit. Je mène l'enquête. Que personne ne parle de cela hors de ce campement avant mon rapport. C'est un ordre. »

Des murmures, mais les hommes se dispersèrent.

Au détour de la tente, Moreau croisa Lambert. Le Belge avait les traits tirés, les yeux brillants d'une fatigue nerveuse. Son regard passa de Moreau au corps qu'on évacuait.

« Capitaine. » Sa voix basse et rapide. « À l'aube, j'ai vu un homme sortir de cette tente. Grande silhouette, cape de cavalerie. Il allait vers le sud, sans se presser. »

« Tu l'as reconnu ? »

« Non. Il portait un capuchon relevé. Mais il marchait comme un officier. Allure rigide. Il est monté à cheval et a pris la route de Braine-l'Alleud. »

Braine-l'Alleud. À deux heures de Mont-Saint-Jean.

« Le rendez-vous qui était prévu avec la taupe aujourd'hui », murmura Moreau. Il n'avait plus besoin de suivre Lefebvre — Lefebvre n'était plus qu'un corps froid dans une charrette. La lettre « confession » était destinée à une autre audience. À un juge. À lui.

Quelqu'un avait su que Moreau s'approchait. Quelqu'un avait éliminé le témoin et préparé un bouc émissaire.

La terre se déroba sous ses pieds.

Car il ne restait plus qu'une seule personne, hors du cercle intime de Moreau, qui connaissait le rôle exact de Lefebvre dans l'affaire. Il n'avait parlé à personne — sauf à Duret, à Lambert, et dans son rapport confidentiel au colonel, déposé hier soir dans le coffre du quartier général.

Le rapport que seul Roussel pouvait lire.

Moreau se figea. Roussel. Le clerc falot aux doigts tachés d'encre. Il l'avait fait surveiller par Lambert, oui, mais Lambert venait de lui apporter la nouvelle fatalement. Cela aurait-il fallu à Roussel une nuit pour agir ? Pour faire disparaître le témoin et monter cette scène ?

Il regarda Lambert de nouveau. Le Belge soutint son regard sans ciller.

Pourquoi maintenant, cette information ? Pourquoi pas avant ?

Moreau chassa la pensée. Il ne pouvait pas se permettre la paranoïa — pas encore.

Il marcha vers la tente du colonel, la lettre dans sa poche comme un serpent qui dort. Mais à vingt pas de l'entrée, il vit la silhouette de Roussel sortir du quartier général. Le clerc avait une liasse de documents sous le bras, un sourire mince sur les lèvres. Lorsqu'il aperçut Moreau, le sourire s'effaça — puis revint plus prononcé.

« Capitaine Moreau. Le colonel vous attend. Il a reçu des nouvelles fâcheuses. »

Le ton était trop neutre. Trop poli.

« Quelles nouvelles ? »

« Je ne saurais dire. Le rapport provient du provost. »

Le provost.

Moreau entra dans la tente du colonel. Mabillon était assis derrière sa table pliante, le visage fermé. Sur la planche devant lui, une lettre cachetée — les armes du provost-marshal.

« Moreau. » Le colonel ne leva pas les yeux. « Le sergent Lefebvre est mort cette nuit. »

« Je sais. Je viens de découvrir son corps. »

« Et j'ai reçu un rapport indépendant », dit Mabillon en poussant la lettre vers lui. « Décrivant la scène du suicide et la confession retrouvée sur les lieux. Une confession vous impliquant comme complice. Qui nomme votre nom comme celui de l'officier supérieur dont Lefebvre prétend avoir reçu les ordres. »

La lettre dans sa poche semblait soudain plus lourde.

Le piège était parfait.

S'il produisait la lettre et protestait qu'elle était forgée, il s'exposait à l'accusation d'avoir fabriqué des preuves. S'il se taisait, il permettait à la trahison de triompher. Lefebvre était mort pour porter ce mensonge dans la tombe.

Derrière Mabillon, à l'entrée de la tente, Moreau vit la silhouette fine de Roussel rôder. Il prenait des notes, et ses yeux de lièvre ne quittaient pas ceux du quartier-maître.

Le Corbeau était toujours là. Il avait dévoré Lefebvre, et maintenant il se préparait à goûter Moreau.

« Colonel, dit Moreau d'une voix qu'il ne reconnaissait pas lui-même, cette confession est un faux. On a assassiné Lefebvre pour qu'il serve de messager posthume. Cette lettre avait pour but de sceller mon sort avant que je puisse agir. Mais le corbeau a laissé une plume derrière lui. »

Il sortit la lettre de sa poche et la déposa sur le bureau. Mabillon la prit, compara, fronça les sourcils.

« Je ne suis pas expert en écriture, Moreau. »

« Mais je le suis. J'ai passé six mois à déchiffrer des rapports mal écrits. Cette plume est celle d'un homme qui a appris à écrire dans une école militaire, pas dans une ferme du Languedoc. »

Le colonel examina la lettre. Dehors, des bruits confus commencèrent à monter — des cris, des hommes qui couraient. La rumeur de la mort de Lefebvre et du nom de Moreau circulait déjà plus vite qu'un cheval au galop.

« Le régiment a besoin d'une réponse, dit Mabillon. Et j'ai le provost qui attend dehors avec des ordres d'arrestation. Que voulez-vous que je fasse, capitaine ? »

Moreau regarda la tente de fortune, les murs de toile qui semblaient soudain s'approcher de lui. Dehors, un soldat cria son nom.

Il n'avait plus de temps. Il n'avait plus de plan.

Il n'avait plus que sa certitude — et une piste qui s'amincissait vers Mont-Saint-Jean, où le corbeau devait se poser avant la nuit.