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L'Or de l'Empereur

Lire le chapitre 9: Shifting Loyalties

Le prévôt le saisit par le bras avant qu'il ait pu dire un mot.

— Capitaine Moreau, au nom de l'Empereur, je vous arrête pour trahison.

La lanterne balançait dans la main du gendarme, jetant des ombres démesurées sur les toiles de tente. Moreau sentit le métal froid des menottes contre ses poignets, et derrière lui, un grondement sourd parcourut les rangs des soldats rassemblés.

— C'est un mensonge, cracha le vieux sergent Chevalier. Ce capitaine a partagé sa ration avec nous quand nous mourions de faim.

— Il a payé de sa poche les souliers de la compagnie, ajouta un autre.

La voix du prévôt s'éleva, coupante :

— Silence ! Quiconque s'oppose à la justice de l'Empereur sera traité comme complice.

Moreau chercha Roussel du regard. Le commis se tenait en retrait, près de la tente du colonel, le visage impassible, les bras croisés. Il ne souriait pas. C'était pire.

— Laissez-moi parler au colonel Mabillon, dit Moreau d'une voix calme. Je demande au moins cela.

Le prévôt hésita. Autour d'eux, les hommes se resserraient, formant un demi-cercle silencieux. On entendait le crépitement des feux de camp, le hennissement lointain des chevaux dans la nuit. L'air sentait la poudre et l'humidité de juin.

Une silhouette s'approcha, grande, droite, la capote grise rejetée sur les épaules. Le colonel Mabillon fendit la foule, son regard passant du prévôt à Moreau, puis aux hommes qui murmuraient de plus belle.

— Qu'est-ce que cela signifie ? demanda-t-il au prévôt. Qui a signé cet ordre ?

— Le général de brigade. Sur dénonciation du commis Roussel, qui affirme que le capitaine Moreau a planifié le vol de la paie avec le sergent Lefebvre, et qu'il l'a fait tuer pour se taire.

Moreau secoua la tête.

— Roussel a lu mes rapports confidentiels. Il a fabriqué cette preuve.

— Tu mens, capitaine, dit Roussel d'une voix sifflante en s'avançant. J'ai trouvé la lettre que Lefebvre avait écrite avant de se pendre. Il t'y nomme comme l'organisateur.

— Lefebvre n'a pas écrit de lettre. Il a été étranglé, puis suspendu. La corde était trop propre pour un homme qui se serait débattu.

Un silence tomba. Le colonel Mabillon toisa Moreau, les mâchoires serrées. On pouvait voir le conflit dans ses yeux — la discipline d'un côté, la confiance de l'autre.

— Colonel, dit Moreau à voix basse, rappelez-vous Auxerre. Rappelez-vous le pont de Montereau. Vous savez ce que je suis.

Mabillon détourna le regard. Les hommes murmuraient plus fort. Le vieux Chevalier s'avança d'un pas, la main sur la crosse de son mousquet.

— Mon colonel, ce capitaine nous a sauvés plus d'une fois. S'il est coupable, je suis le roi d'Angleterre.

D'autres voix s'élevèrent. Le grondement devenait tumulte. Le prévôt regarda autour de lui, nerveux, et Moreau vit une dizaine de soldats serrer leurs armes. La mutinerie était là, à un mot près.

— Taisez-vous ! hurla Mabillon.

Le silence revint, mais il était tendu comme une corde d'arbalète. Le colonel se pencha vers le prévôt et lui dit quelque chose à voix basse. L'homme hocha la tête, contrarié, puis se retira avec ses gendarmes dans l'ombre des tentes.

Mabillon se tourna vers Moreau. Son visage était un masque de pierre.

— Capitaine, je ne peux pas effacer l'ordre d'arrestation. Mais je peux le suspendre jusqu'à l'aube. Si vous êtes innocent, vous me le prouvez avant le premier coup de clairon. Après cela, je ne pourrai plus rien pour vous.

Deux hommes s'approchèrent, le fusil en travers de la poitrine.

— Vous resterez dans votre tente, sous garde. Que Dieu vous aide, Étienne.

Moreau rencontra le regard du colonel. Il y lut autre chose, une question discrète, un espoir que ses yeux démentaient. Mabillon savait. Il savait que quelque chose n'allait pas. Mais il ne pouvait pas le dire.

— Merci, mon colonel.

La tente était exiguë, envahie par l'odeur de cuir et de tabac froid. Moreau s'assit sur son coffre, les poignets enfin libérés par le prévôt qui avait refermé les menottes avant de sortir. Deux gardes se tenaient à l'entrée, baïonnette au canon.

Il avait quelques heures avant l'aube. Moins que cela. Peut-être quatre.

Le plan se dessina lentement dans son esprit. Il ne pouvait pas prouver son innocence — la lettre forgée portait l'écriture de Desmoulins, le graveur, dont les mains avaient été contraintes par ses ravisseurs. Sans Desmoulins vivant, la preuve était impossible.

Il fallait donc aller à Mont-Saint-Jean. Parvenir à ce rendez-vous avant que la lumière du jour ne le livre entre les mains du prévôt. Et y trouver Le Corbeau.

Mais comment sortir d'ici ?

Un murmure s'éleva près de l'entrée. Une silhouette familière, voûtée, le visage marqué par la petite vérole.

— Soldat Lambert.

Lambert s'arrêta, les yeux écarquillés en voyant les gardes. Il tenait un bol de soupe fumante à la main.

— Mon capitaine ? J'ai entendu ce qui se passait. J'ai pensé que vous auriez besoin de manger.

Les gardes hésitèrent, mais l'un d'eux haussa les épaules et s'écarta. Lambert entra, posa le bol sur le coffre, puis jeta un coup d'œil derrière lui.

— Vous savez qui a fait ça, mon capitaine, dit-il à voix basse.

— Je sais. Roussel.

— Le commis ? Je croyais qu'il avait un alibi pour la nuit du meurtre.

Moreau prit la cuillère, souffla sur la soupe.

— Il a un alibi que je n'ai pas vérifié. Peut-être l'ai-je trop vite accepté.

Lambert fronça les sourcils, ses petits yeux mobiles dans un visage osseux.

— Mon capitaine, je vous dois la vie. À Fleurus, quand les Prussiens ont chargé notre flanc et que j'étais coincé sous mon cheval mort — vous êtes revenu me chercher.

Moreau le regarda. Il se souvenait. Le jeune soldat, paniqué, le bras cassé, tiré de dessous l'animal agonisant. Il l'avait porté sur son dos pendant deux cents mètres sous le feu.

— Je ferais pareil pour n'importe lequel de mes hommes.

— C'est justement ce que je veux dire, mon capitaine. Vous êtes de ceux qui reviennent. Je serai de ceux-là aussi. Qu'est-ce que je peux faire ?

Moreau posa la cuillère. Son regard se fit perçant.

— Tu as vu l'homme qui s'est enfui vers Braine-l'Alleud. La nuit de la mort de Lefebvre.

Lambert pâlit légèrement.

— Je l'ai vu. Une silhouette dans la pénombre. Grand, rapide. Il portait une carrick grise.

— Roussel porte une carrick grise.

— Beaucoup de monde en porte une par ce temps.

— Mais combien dans ce camp ont une raison d'étrangler Lefebvre ? Réfléchis, Lambert. Tu es entré dans la tente des commis. Tu as vu l'écriture de Roussel ?

Lambert baissa les yeux.

— Je ne sais pas lire, mon capitaine.

Moreau soupira. Bien sûr. Il avait oublié.

— Écoute-moi. Je dois sortir d'ici avant l'aube. J'ai besoin que tu fasses une diversion.

Lambert regarda les gardes par la fente de la tente. Deux hommes, frais, attentifs.

— Quelle sorte de diversion ?

— Un incendie. Derrière le parc d'artillerie, il y a des réserves de fourrage. Juste une fumée un peu épaisse. Assez pour qu'ils crient au feu et quittent leur poste.

Le visage de Lambert se contracta.

— Et si je me fais prendre ?

— Tu diras qu'un rat a renversé une lanterne. Ils te croiront. Les rats sont nombreux ici.

Lambert respira longuement. Moreau vit la peur dans ses yeux — la peur d'un homme qui a survécu à trop de batailles pour ne pas savoir ce que coûte la bravoure.

— Très bien, mon capitaine. Quand ?

Moreau se pencha et lui parla à l'oreille.

Le fourrage s'embrasa avec un grondement sourd, une colonne de fumée grasse s'élevant dans le ciel nocturne. Les cris ne tardèrent pas — des hommes courant, des seaux d'eau passant de main en main, les officiers jurant dans un brouhaha confus.

Moreau attendit, le cœur battant, les mains moites dans sa capote. Les deux gardes échangèrent un regard hésitant.

— Reste en place, dit l'un.

— Au diable, rétorqua l'autre. Si le feu atteint les poudres, nous sommes tous morts. J'y vais.

Il s'éloigna en courant. Le premier garde hésita encore, puis recula d'un pas pour observer la lueur derrière les tentes.

Moreau ne perdit pas une seconde. Il sortit son couteau de sa botte et trancha la corde arrière de la tente, se glissant dans la nuit comme une ombre. Le sol était mouillé, la boue étouffait ses pas. Il contourna les tentes, évitant les flambeaux, glissant entre les ombres jusqu'à atteindre les lignes des chevaux.

Il trouva sa jument grise, attachée à un piquet, nez contre terre. Il sella en silence, le mors entre les dents de l'animal pour l'empêcher de hennir, puis se mit en selle.

La fumée s'épaississait derrière lui. Quelqu'un criait des ordres. Il poussa sa monture vers l'est, vers la route de Mont-Saint-Jean, laissant le camp dans un désordre qui lui donnait une avance précieuse.

Une heure plus tard, dans le bosquet d'ormes qui longeait la route, il fit halte. La lune se levait sur les collines, découpant la silhouette lointaine de la ferme fortifiée d'Hougoumont. Dans quelques heures, peut-être, la bataille éclaterait. Tout devait se jouer avant l'aube.

Lambert l'avait rejoint au rendez-vous fixé, à la lisière du bois. Le soldat était essoufflé, le visage noirci par la suie, mais il souriait d'un air de chien battu qui se découvre une chance inespérée.

— Personne n'a vu, mon capitaine. Le feu a brûlé deux ballots de foin avant qu'ils ne l'éteignent.

Moreau hocha la tête.

— Et les gardes ?

— Ils courent encore après des ombres. Il y en a qui jurent avoir vu un homme courir vers le nord. Je leur ai dit que c'était peut-être un espion.

Moreau sourit malgré lui.

— Il ne faudra pas longtemps avant qu'ils comprennent. Viens. Nous avons du chemin à faire avant le lever du jour.

Lambert hésita, jeta un regard derrière lui vers le camp qui s'éloignait.

— Mon capitaine, si nous ne trouvons pas Le Corbeau avant l'aube ?

Moreau regarda l'horizon, la ligne sombre des collines de Waterloo.

— Alors je serai pendu, soldat. Et la bataille sera perdue avant même qu'elle ne commence.

Il éperonna sa jument et s'engagea sur la route.

La lune éclairait le chemin. Derrière eux, quelque part dans le camp, le bruit s'apaisait. Une flamme s'était éteinte. Une autre venait de s'allumer.