L'Or du Roi
Lire le chapitre 11: The Satchel's Secret
La pluie avait cessé. Dans la cabine du *Golden Hind*, l'air sentait le bois mouillé, la poudre brûlée et le sang séché. Hartley tenait le sac de cuir entre ses mains comme s'il eût contenu un serpent. Les coutures étaient fines, le cuir souple, tanné à l'espagnole. Il en défit la lanière d'un geste sec.
À l'intérieur, pas de doubles, pas d'or, pas d'émeraudes. Une liasse de parchemins roulés, serrés les uns contre les autres, reliés par un fil de soie rouge. Hartley les déploya sur la table branlante, poussant du coude une chandelle qui n'avait plus que quelques doigts de cire.
C'était une carte. Non pas une de ces cartes grossières que les pêcheurs traçaient sur des peaux de mouton, mais une œuvre d'une précision chirurgicale. La Manche entière, de Douvres à Brest, avec des sondages marqués à l'encre brune, des flèches indiquant les courants, des croix discrètes là où les récifs affleuraient à marée basse. Les baies étaient détaillées comme des portraits de cour : chaque anse, chaque crique, chaque plage où un chaland pouvait toucher terre sans se briser.
Les annotations étaient en anglais.
Hartley sentit son estomac se serrer. Il parcourut la marge gauche, là où une écriture fine et serrée décrivait le passage entre les îles Scilly et le cap Land's End : *« Courant de six nœuds à la pleine lune. Tenez le cap au nord-nord-est par vent d'ouest, sinon le courant vous jette sur les rochers de Gunnard. »*
— Vous lisez, capitaine ?
La voix d'Alvaro s'élevait de l'angle de la cabine, dans l'ombre où ses chaînes le retenaient au bitton d'amarrage. Son visage était mince, ses yeux brillants comme ceux d'un oiseau de proie. Il n'avait pas la carrure d'un soldat — plutôt celle d'un notaire ou d'un professeur. Mais son regard contenait quelque chose de plus dangereux que la force : la certitude.
Hartley ne leva pas les yeux.
— Qui a compilé ceci ?
— Un homme qui connaissait votre côte mieux que vos propres pilotes. Un Anglais. Il est mort l'an dernier à Cadix, dans une taverne du port. Pendu pour dette et pour trahison, si ma mémoire est bonne. On lui tira la langue jusqu'aux genoux, pour l'édification des marins du cru.
Le mot *Cadix* claqua dans la cabine comme un coup de canon. Hartley releva les yeux. La flamme de la chandelle dansait dans le regard d'Alvaro, et l'Espagnol souriait d'un sourire mince, comme un homme qui savait quelle corde pincer.
— Vous l'avez connu, murmura-t-il. J'en mettrais ma main au feu. Vous étiez là-bas, n'est-ce pas ? En quatre-vingt-sept ? Avant votre disgrâce.
— Je ne vois pas de quoi vous parlez.
— Bien sûr que non. Vous ne voyez jamais rien, vous autres Anglais. Vous naviguez à vue, vous vous fiez au ciel et à Dieu, et vous vous étonnez ensuite que nos galions vous échappent à chaque détroit. Mais lui — il voyait tout. Il a passé dix ans à sonder vos côtes, nuit après nuit, cartographiant chaque courant, chaque chenal, chaque grève où une barque pouvait se glisser sans être vue. Et il a tout vendu, par morceaux, pour payer ses dettes de jeu.
Alvaro inclina la tête vers le parchemin.
— Ceci est le dernier morceau. Le meilleur.
Hartley laissa ses yeux dériver sur la carte. Il y avait quelque chose de terriblement intime dans ce document. Chaque hameau côtier, chaque clocher d'église visible depuis la mer, chaque passage entre deux rochers — tout y était. Il reconnut la baie de Plymouth, les approches de Falmouth, le dédale de la côte cornouaillaise. Et là, au sud de Penzance, une anse marquée d'une croix rouge et annotée d'une écriture penchée : *« Abri sûr pour trente navires de guerre. Fonds de sable, dix brasses à marée basse. Débarquement aisé. Une compagnie suffit pour tenir la colline. »*
Ce n'était pas une carte. C'était la clé de la porte d'entrée de l'Angleterre.
— L'Armada, dit-il lentement. Elle doit débarquer ici. Sans opposition.
— Vous êtes vif, capitaine. C'est pour cela que Sa Majesté Catholique paie des hommes comme moi des fortunes pour que des hommes comme lui passent des années à tracer ces lignes. Quand nos navires paraîtront au large de vos côtes, vous serez tous à vous attendre à Portsmouth ou à Douvres. Et nous, nous nous glisserons ici, dans cette anse que vos propres pêcheurs connaissent à peine, et nous débarquerons dix mille hommes avant que vos cloches aient sonné l'alarme.
Il y eut un silence. Le navire craqua doucement. Quelque part au-dessus, Hartley entendit les voix étouffées de son équipage, qui rassemblait les prisonniers espagnols sur le pont.
— Mais vous l'avez trouvée, poursuivit Alvaro. Vous l'avez trouvée, et vous voilà avec deux navires, un équipage réduit, et ce document entre les mains. Qu'allez-vous faire, capitaine ? Le brûler ? Le livrer à votre secrétaire Cecil ? Le vendre vous-même au plus offrant ? Car j'ose espérer que vous n'êtes pas tout à fait ruiné, ni tout à fait loyal.
Hartley déplia un second parchemin, plus petit, couvert d'une liste de noms. Il y avait des amiraux anglais, des capitaines, des pilotes. Et tout en bas, à l'encre plus pâle, comme ajouté en dernier — *Hartley, T. — capitaine de la Rose, Cadix.*
Son propre nom. La respiration lui manqua une demi-seconde.
— Cette liste, dit-il d'une voix qu'il ne reconnut pas tout à fait. Qu'est-ce que c'est ?
À cet instant, la porte de la cabine s'ouvrit dans un grincement. Le maître d'équipage Jenkins parut, le visage trempé de pluie, la barbe hirsute.
— Capitaine. On a trouvé un canot sur le flanc tribord. Les Hollandais l'avaient traîné à moitié par-dessus bord. Ils comptaient s'enfuir dès la nuit.
Hartley replia le parchemin avec une lenteur volontaire. Il le remit dans le sac, puis le sac sous son bras. Quand il se retourna vers Alvaro, son visage était un masque.
— Vous avez dit que ce pilote était pendu à Cadix. Quel nom portait-il, sur l'écriteau ?
Alvaro haussa les épaules avec une nonchalance si étudiée qu'elle en devenait écœurante.
— Le nom qu'il avait choisi lui-même, sans doute. Il s'était refait une vie là-bas, sous le nom de Diego. Diego de la Cruz. Mais vous — vous l'auriez connu sous son nom de naissance, j'imagine. C'était peut-être le même que le vôtre ? Ne dites pas non. Votre main tremble, capitaine.
Hartley ne répondit pas. Il tourna les talons et gagna le pont, le sac serré contre sa poitrine. La nuit s'était levée, claire enfin, les nuages déchirés laissant voir une lune pâle. Le *Golden Hind* tanguait doucement contre le flanc de son propre navire, les grappins d'abordage encore plantés dans son bordage. Son équipage — ce qui en restait — était massé à la proue, et il vit Redmund au premier rang, la mâchoire serrée.
— Capitaine ! La cargaison ? Ce qu'on devait prendre ?
Hartley s'arrêta. Il regarda l'équipage, ces hommes qui l'avaient suivi à travers la tempête et le sang sur la foi d'un simple document de course. Ils méritaient mieux que des mensonges. Ils méritaient peut-être mieux que lui.
— Il n'y a pas d'or, dit-il. Il y a ceci.
Il leva le sac de cuir au-dessus de sa tête.
— Et ceci vaut plus que toutes les tonnes d'or des Indes. C'est la route que l'Armada empruntera pour envahir l'Angleterre. Chaque courant, chaque crique, chaque plage de débarquement. Si nous le rapportons à Plymouth, nous pouvons la fermer pour toujours.
Redmund cracha sur le pont.
— Et on meurt en chemin ? Parce que je vois pas comment on navigue deux navires avec vingt hommes.
Hartley baissa le sac.
— Nous ne naviguerons pas sur deux navires. Nous saborderons le *Golden Hind* une fois que nous aurons transféré les provisions et les prisonniers. Tous les prisonniers, sauf Alvaro et ses deux officiers. Les autres partiront dans son canot.
— Vous leur laissez la vie sauve ? demanda un autre homme.
— Oui. Et je leur donne un message à porter à leur amiral. Qu'ils sachent que leur pilote est entre nos mains, que leur carte est perdue, et que l'Angleterre est avertie.
Un murmure parcourut l'équipage. Hartley vit quelques visages se rasséréner, d'autres se durcir. Jenkins hocha lentement la tête.
— Et le capitaine de la Vierge ? appela une voix.
Hartley se figea. La Vierge. Son propre navire, à quelques encablures, sombre et silencieuse dans la nuit. Il avait failli l'oublier — elle aussi devait rentrer. Mais il ne pouvait pas la manœuvrer avec l'équipage réduit.
Un choix cruel lui vint. Deux navires, un équipage. Il ne pouvait pas saborder le *Golden Hind* — trop précieux, trop rapide. Mais la *Vierge* avait besoin d'hommes.
— Redmund, dit-il, la voix lourde. Je te laisse le commandement de la *Vierge*. Tu rentres à Plymouth par la route du sud, sans escale, sans t'arrêter pour aucune prise. Si nous sommes séparés, tu fais ton chemin seul.
Redmund ouvrit la bouche, puis la referma. Quelque chose passa dans ses yeux — surprise, fierté, incrédulité.
— Et vous, capitaine ?
— Moi, je prends le *Golden Hind* et le prisonnier par la route du nord. Deux navires, deux routes. Si l'un de nous est intercepté, l'autre a une chance de passer.
C'était un déchirement. Partager son équipage en deux réduisait chaque bâtiment à l'essentiel. Une seule bordée ennemie contre une coque affaiblie pourrait être fatale.
Mais il n'y avait pas d'alternative. Et il fallait fuir vite.
Il s'apprêtait à donner ses ordres quand une voix s'éleva de la proue du *Golden Hind* — une voix espagnole, lancée dans un anglais parfait :
— Capitaine Hartley ! Votre couple de routes est inutile. À cette heure même, deux galions de guerre de Sa Majesté Catholique croisent entre ici et Plymouth. Ils m'ont escorté depuis Corogne jusqu'à la Manche. Ils ont ordre de m'attendre — et de me récupérer, mort ou vif, avant l'aube.
Hartley se retourna. Alvaro se tenait dans l'encadrement de la porte de la cabine, ses chaînes retenues par un mousqueton qu'un marin maladroit avait omis de verrouiller.
— Et savez-vous ce qui me semble le plus admirable en vous autres Anglais ? poursuivit Alvaro avec un sourire éclatant. Vous courez toujours vers votre perte avec un tel enthousiasme. Deux routes du nord et du sud ne vous sauveront pas. Ce qui vous attend, là dehors, c'est l'enfer. Et je serais ravi de vous en montrer les feux.
Au loin, par-delà la houle, Hartley crut distinguer deux voiles blanches se détachant contre le ciel nocturne.
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