L'Or du Roi
Lire le chapitre 25: The Gauntlet
La lame de Roche mordit l'air à un doigt de la gorge de Hartley. Le corsaire avait bougé plus vite qu'un chat, son coutelas déjà tiré tandis que l'autre main s'emparait de la carte parcheminée que Hartley tenait encore.
— Je prends ça, capitaine.
Hartley recula d'un pas, les mains levées, le visage soigneusement neutre. Autour d'eux, sur le pont de la *Sovereign*, les hommes de Roche formaient un demi-cercle silencieux, leurs visages hâlés dépourvus de surprise. Ils avaient dû être prévenus.
— Roche. Réfléchis.
— J'ai réfléchi, Hartley. Depuis Plymouth, j'ai réfléchi. Et plus je réfléchis, plus je vois un homme qui promet des pièces espagnoles qu'il n'a pas, qui court après un père qu'il ne connaît même pas, et qui traîne une femme qui en sait trop long. La Couronne d'Espagne paiera mieux pour cette carte que tout ce que tu pourras gratter dans les coffres d'Angleterre.
— L'Espagne te pendra. Tu es un corsaire sous lettre de marque anglaise.
— L'Espagne paie les traîtres, Hartley. C'est bien connu. Et elle paie bien.
Hartley jeta un regard vers Isabel, adossée au mât d'artimon, ses yeux sombres fixés sur lui. Quelque chose dans son expression — une tension presque imperceptible — lui confirma ce qu'il espérait. Elle avait vu le geste. La main de Hartley avait frôlé sa botte gauche, une seconde, pas plus.
Roche déroula la carte, la parcourut rapidement, un sourire jaune étirant ses lèvres.
— Saint-Malo, la pointe nord, et l'entrée de la grotte. Parfait. Tu vois, Hartley, j'ai laissé faire tes petites manœuvres parce qu'elles me menaient où je voulais. Mais ici, ma route se sépare de la tienne.
— Le Santa Clara ferme la passe, Roche. Tu ne passeras pas avec ma carte sous le nez de six galions espagnols, pas sans protection.
— C'est là que tu te trompes, capitaine. Les Espagnols n'attendent pas une carte. Ils attendent un homme. Et je connais les mots qu'il faut dire.
Le corsaire plia le parchemin avec soin, le glissa dans sa veste de cuir, puis fit signe à ses hommes. Deux d'entre eux saisirent Hartley par les bras.
— Je ne te tue pas, Hartley. Je te laisse ta barque, ton équipage de pauvres bougres, et ta belle dame à la langue trop bien pendue. Nous sommes quittes. Tu m'auras aidé à sortir de cette souricière, et moi je te laisse vivre. Considère ça comme un cadeau.
— Roche, écoute-moi. Cette carte—
— Cette carte est ma retraite. Point final.
Le corsaire se retourna, descendit l'échelle de coupée d'un pas souple, et rejoignit sa propre embarcation qui dansait sur la houle à quelques encablures. Ses hommes relâchèrent Hartley et suivirent leur capitaine, dégringolant par-dessus le bastingage avec une efficacité brutale.
Hartley s'avança vers le bastingage, regarda Roche hisser sa voile, orienter sa barque vers le nord-est, vers le repaire espagnol. L'embarcation s'éloigna, coupant la mer d'une étrave nette, emportant le faux parchemin vers un destin que le corsaire n'avait pas vu venir.
Derrière lui, le grincement d'une botte sur le pont. Isabel.
— Vous l'avez laissé partir.
— Je l'ai laissé partir avec ce qu'il méritait.
Hartley se baissa, défit la boucle de sa botte gauche, et en tira un rouleau de parchemin serré, protégé par une toile cirée. Il le déroula à moitié, laissant apparaître les traits précis de l'encre, les mêmes marques de côte, les mêmes annotations de la main de son père — et le petit croquis d'un escalier taillé dans la falaise, tout au sud.
Le vrai. Depuis le monastère, il avait fait deux copies de la carte d'Edmund. L'une était partie avec le faux message à l'ambassadeur espagnol. L'autre venait de s'évanouir à l'horizon entre les mains de Roche.
Isabel le regarda, puis un léger sourire — le premier qu'elle lui accordait sans réserve — plissa le coin de ses lèvres.
— Vous aviez prévu sa trahison.
— J'avais prévu qu'un homme qui n'a jamais servi que sa propre poche finirait par choisir la poche la plus lourde. Roche avait sa fonction. Il m'a aidé à atteindre l'île, il a fourni les hommes qui ont couvert notre approche. Sa trahison était un prix que j'étais prêt à payer.
— Et maintenant ?
Hartley roula la carte avec soin, la remit dans sa botte, et releva la tête vers le nord, là où les voiles de Roche n'étaient déjà plus qu'un point blanc sur l'horizon gris. Le Santa Clara, quelque part derrière eux, refermait lentement sa mâchoire de fer. Mais devant, vers l'Angleterre, vers Plymouth, le passage restait ouvert.
— Maintenant, on rentre. Seulement nous. Sans Roche, sans ses hommes, sans ses dettes. Le vrai parchemin est en ma possession, et il me mènera où je dois aller.
Il se tourna vers l'équipage resté sur le pont — une poignée d'hommes, ceux qui lui étaient restés fidèles, ceux qui n'avaient pas suivi le corsaire dans sa défection. Leurs visages étaient fermés, marqués par la fatigue et une suspicion compréhensible.
— Cap sur Plymouth, dit Hartley. Il y a un homme là-bas qui me doit des comptes, et je compte bien les lui réclamer.
Il ne dit pas le nom de Silas Grim. Il ne dit pas que le visage de l'espion qui le suivait depuis Plymouth et celui de son créancier n'étaient, peut-être, qu'une seule et même figure. Il le dirait à Isabel, plus tard, quand le pont serait moins peuplé d'oreilles.
Pour l'instant, il tenait la carte de son père. Et c'était assez.
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