L'Or du Roi
Lire le chapitre 28: The Message in the Bottle
La vigie cria depuis le nid-de-corbeau, sa voix déchirant la brise matinale. « Voile par tribord avant ! Petit marcheur, pavillon marchand anglais. »
Hartley leva la longue-vue, plissant les yeux contre le soleil levant qui embrasait l'horizon. Le navire était effectivement modeste — une pinasse ventrue, chargée bas sur l'eau, ses voiles fatiguées claquant dans un vent capricieux. Elle ne cherchait pas à fuir. Pourquoi l'aurait-elle fait ? Elle croisait des eaux anglaises, sous protection de la Reine.
« Isabel, dit-il sans quitter l'optique. Drapeau français. Nous sommes un navire de commerce en détresse, en quête de vivres. »
Elle leva un sourcil mais ne discuta pas. Depuis deux jours, depuis qu'il avait déchiffré la carte réelle dans la cabine, elle semblait avoir accepté son rôle à bord sans marchander. La confiance restait fragile, mais elle ne remettait plus chaque ordre en question.
Le *Hawk* s'approcha sous pavillon français, équipage dissimulé sous les pavois, ne montrant que trois hommes à la manœuvre. La pinasse répondit à leur salut par un coup de sifflet cordial. Trop facile. Hartley ressentit un pincement de culpabilité — ce n'était pas un Espagnol qu'il dépouillerait, mais un compatriote. La nécessité, se rappela-t-il, n'a pas de morale. Ses provisions fondaient, et le chemin vers Torbay restait long.
À cinquante mètres, il donna l'ordre. Les voiles françaises tombèrent, la croix de Saint-George monta, et le *Hawk* vira brutalement, abordant la pinasse avant qu'elle n'ait le temps de comprendre la manœuvre. Les grappins mordirent le bois. En moins d'une minute, Hartley et six hommes étaient sur le pont adverse.
Le capitaine marchand, un homme rondelet au visage rougeaud, leva les mains en signe de reddition. « Pour l'amour de Dieu, nous sommes anglais ! Vous êtes des pirates ? »
« Des pirates qui ont faim, dit Hartley en rangeant son pistolet. Nous prenons vos vivres, votre eau, et une partie de vos voiles si nécessaire. Vous serez payés au quartier général de la Reine, sur ma parole. »
Le capitaine cracha sur le pont. « Sa parole. Je connais ce genre de parole. Elle vaut moins que le vent qui nous pousse. »
Hartley l'ignora. Ses hommes se répandirent dans la cale, remontant barils de bœuf salé, sacs de biscuits, tonnelets d'eau douce. Il fit lui-même l'inspection rapide du pont, notant la cage près de la barre. Une cage vide — mais dont la porte oscillait encore légèrement.
« Vous transportiez des pigeons, dit-il.
— Messagers pour Exeter, dit le capitaine avec trop de hâte. Rapports commerciaux.
— Des rapports commerciaux qui volent plus vite que vos navires ? Mensonge.
Hartley s'accroupit près de la cage. Une plume blanche était restée prise entre les barreaux. Il la retourna entre ses doigts. La plume n'était pas naturelle — sa base était fendue, comme si on l'avait creusée pour insérer un petit rouleau.
« Où est le dernier pigeon ? demanda-t-il, la voix soudain froide.
— Parti à l'aube. Je vous l'ai dit. Rapports commerciaux.
Hartley se releva lentement. Il avait vu trop de mensonges dans sa vie pour ne pas reconnaître celui-ci. Sans un mot, il fouilla la cabine du capitaine, renversant coffres et paperasses. Au fond d'un tiroir, sous une fausse planche, il trouva ce qu'il cherchait : un petit tube de laiton vide, encore parfumé de cire.
« Le pigeon est parti à l'aube, répéta-t-il en revenant sur le pont. Avec ce tube. Et ce tube contenait un message. »
Le capitaine pâlit. « Je ne sais pas de quoi vous parlez.
— Vous mentez comme un homme qui a déjà vendu son âme. À qui ? À Cecil ? »
Le nom produisit l'effet escompté. Le capitaine eut un mouvement de recul, comme si on l'avait frappé.
« Je ne sais pas...
— Vous le savez. Un pigeon messager blanc, un tube de laiton, une route entre Plymouth et l'Angleterre intérieure. Ce n'est pas du commerce, c'est de l'espionnage. Et vous — dit Hartley en plantant son index dans la poitrine rebondie — vous en êtes le maillon.
Le capitaine se mit à trembler. « Ils... ils me paient bien. Ce n'est qu'un message de temps en temps. Je ne connais rien des affaires d'État.
— Que disait le message ?
— Je ne sais pas ! Ils ne me disent jamais ce que contiennent les messages. Je ne fais que les transporter.
— Alors vous êtes inutile, dit Hartley en dégainant son coutelas. Et un homme inutile est un homme dangereux. Surtout un homme qui ment mal. »
Il avait bluffé — mais le capitaine craqua. « Attendez ! Par pitié ! Le message d'hier concernait un navire. Un corsaire. Il devait être intercepté à son retour à Plymouth et... » Il avala sa salive. « Et son capitaine éliminé. »
Le silence qui suivit fut absolu. Sur le pont du *Hawk*, les hommes de Hartley s'étaient arrêtés de décharger les vivres. Isabel, appuyée contre le bastingage, fixait le capitaine marchand avec une intensité nouvelle.
« Éliminé ? répéta Hartley, la voix presque douce.
— Oui. Un ordre venu de Londres. Le capitaine devait être tué avant de pouvoir présenter quoi que ce soit à la Reine. On m'a dit que c'était pour la sécurité du royaume. Des traîtres, disaient-ils. Des hommes qui... qui complotaient avec l'Espagne. »
Hartley remit lentement son coutelas au fourreau. Le rire qui lui échappa n'avait rien d'joyeux — c'était un son sec, cassé, comme du bois qui se fend.
« Cecil veut ma mort, dit-il à voix basse. Il ne se contente plus de me suivre. Il veut ma tête avant que je ne livre ma découverte. »
Il se tourna vers le capitaine marchand. « Vous aviez un destrier dans votre cale — j'ai vu sa croupe par le panneau. Nous prenons aussi les chevaux. Et votre voile de rechange. Quant à vous, vous direz à vos maîtres que le pigeon est mort en route. Un faucon. Malheureux accident. »
Une heure plus tard, le *Hawk* s'éloignait de la pinasse à demi dépouillée, son équipage amer mais vivant. Hartley s'assit dans sa cabine, la plume blanche posée devant lui comme un corps sur un linceul. Cecil. Le nom roulait dans son esprit comme un boulet de canon.
Le message avait été intercepté ce matin même. Il contenait des ordres précis : Hartley devait être attendu à Plymouth, piégé, exécuté. Officiellement, il serait présenté comme un espion espagnol — une mort discrète qui ne laisserait aucune trace de la main de Cecil. La Reine ne saurait jamais qu'une carte capitale avait existé.
Isabel entra sans frapper. « Tu as l'air d'un homme qui vient de regarder son propre tombeau.
— Je viens de le découvrir. Il m'attend à Plymouth. »
Elle resta silencieuse un moment. Puis : « Qu'est-ce que tu vas faire ? »
Hartley déplia la carte réelle — celle que Roche avait cru voler, celle qu'il avait échangée contre un faux dans sa botte. Ses doigts coururent le long des côtes, des profondeurs, des marques espagnoles. Plymouth était désormais une impasse. La mort y était tendue comme un filet.
« Il existe un homme, dit-il lentement. Un homme que j'ai servi sous les ordres, avant ma disgrâce. John Hawkins. Il prépare la flotte de défense à Torbay. Il ne m'a jamais cru coupable lors du conseil de guerre — il a voté contre ma condamnation. »
Isabel s'assit en face de lui. « Et tu penses qu'il t'accueillera à bras ouverts ? »
« Non. Mais il m'écoutera. C'est tout ce que je demande. Il est la dernière porte qui me reste entre l'anonymat et la tombe. »
Il roula la carte avec soin, la glissa dans un étui de cuir huilé qu'il fixa sous sa veste. Dehors, le vent fraîchissait, tournant au sud-sud-est. Parfait pour Torbay.
« Isabel, dit-il sans la regarder. Le capitaine marchand a parlé d'un autre détail.
— Lequel ?
— Le message mentionnait que Cecil s'attendait à ce que je revienne avec une carte. Il savait que j'avais trouvé celle du moine. Si Cecil est informé à ce point, c'est que son espion est plus proche que je ne le pensais.
— Roche est parti.
— Roche était une trahison visible. Il y en a peut-être une invisible. »
Il la regarda enfin — longuement, comme s'il cherchait quelque chose dans ses yeux. Isabel soutint son regard sans broncher.
« Tu me soupçonnes ? demanda-t-elle, la voix égale.
— Je soupçonne tout le monde, dit-il en se levant. Sauf peut-être les morts. Et encore — nous avons vu trop de revenants dans cette affaire.
Il sortit sur le pont. Le vent gonfla son manteau comme une voile noire. Derrière lui, vers le nord, se trouvait Plymouth — et la mort. Devant, vers Torbay, se trouvait un vieil amiral à la réputation inébranlable, dont la confiance valait peut-être plus que tous les trésors d'Espagne.
« Cap sur Torbay, dit-il au timonier. Toute la toile. Nous avons rendez-vous avec un fantôme de mon passé — et je veux y arriver avant que mes ennemis ne rattrapent mon ombre. »
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