L'Or du Roi
Lire le chapitre 31: The Sinking Secret
La vigie hurla depuis le nid-de-pie, et Hartley leva les yeux du rouleau de chanvre qu'il graissait. Le soleil de l'après-midi frappait la mer d'un éclat blanc, et dans cette lumière, la silhouette qui se profilait à l'horizon était indiscutable — trois navires de ligne, proues d'acier, pavillons d'Angleterre claquant au vent.
« Renforts, capitaine », dit Isabel à ses côtés, les mains refermées sur la rambarde.
Hartley ne répondit pas tout de suite. Il plissa les yeux, comptant les mâts, évaluant le tonnage. Deux cinquante canons, un soixante-dix. Pas la petite escadre de Hawkins. C'était une force de frappe majeure.
— Lord Howard, murmura-t-il. Il n'aurait pas dû quitter Plymouth.
Dix minutes plus tard, une barque accosta le long de la coque du *Dragon*, et un lieutenant en uniforme immaculé grimpa à bord, un rouleau de parchemin scellé à la main. Il salua, raide comme un piquet.
— Capitaine Hartley, par ordre de Lord Howard d'Effingham, Lord Amiral d'Angleterre. Vous êtes requis pour une mission de reconnaissance immédiate.
Hartley cassa le sceau. Pas celui de Cecil. Celui de l'Amirauté, avec le sceau royal en cire rouge. Il parcourut le texte, puis le relut, les mâchoires serrées.
— Il veut que je repère les mouvements espagnols entre Calais et le Pas de Calais, dit-il à voix haute pour l'équipage assemblé. Que j'estime leur nombre, leur formation, leur vitesse.
— L'Amiral pense qu'ils ne sont pas plus de quatre-vingts navires, dit le lieutenant. Les renseignements de Sir John Hawkins parlent d'une flotte massive, mais Howard veut des yeux sur l'eau.
Hartley plia le parchemin sans un mot. Il savait ce que Hawkins avait dit — l'Armada mobilisait dans deux semaines, peut-être moins. Mais Howard commandait, et Howard avait le sceau royal.
— Nous mettons le cap, dit-il. Dites à l'Amiral que nous signalerons par pigeon dès que nous aurons le compte.
Le lieutenant repartit. Hartley donna ses ordres — voiles hautes, cap au sud-est, route parallèle aux côtes anglaises — puis il descendit dans sa cabine avec Isabel sur les talons. Elle referma la porte derrière elle.
— Tu penses que c'est un piège ?
— Non. Howard dirige depuis le *Ark Royal*. Cecil ne peut pas l'approcher sans éveiller les soupçons.
— Mais ?
Hartley étala le parchemin sur sa table, puis sortit la carte espagnole du coffre verrouillé. Il posa les deux documents côte à côte, compara les coordonnées, les annotations.
— La mission de reconnaissance ne me dérange pas. C'est l'itinéraire qu'il me donne pour y arriver. Il veut que je remonte le long de la côte française, à portée de leurs batteries.
Isabel se pencha, étudiant les lignes.
— Une voie de fuite plus difficile.
— Exactement. Si nous rencontrons une patrouille, nous n'avons nulle part où aller.
Elle le regarda, les yeux verts plissés par une pensée qu'elle ne formulait pas. Hartley connaissait ce regard.
— Quoi ?
— Tu m'as dit que Hawkins t'a remis une commission temporaire. Que sa protection est la seule chose qui te sépare de la potence.
— Oui.
— Et maintenant, Howard t'envoie sur une mission de chien battu, avec un itinéraire qui sent le piège. Cecil a-t-il quelqu'un auprès d'Howard ?
Hartley souffla lentement entre ses dents. Il n'y avait pas pensé.
— Trois jours de navigation pour atteindre la zone de patrouille, dit-il. Trois jours où ils savent où nous serons.
— Et Grim ?
À ce nom, son sang se glaça. Il ne savait pas expliquer pourquoi, mais il savait que c'était juste. Isabel avait raison — la mission sentait l'appât.
— Nous irons quand même, dit-il.
— Pourquoi ?
— Parce que si Howard a des hommes de Cecil dans son état-major, nous saurons qui ils sont quand nous verrons qui réagit à notre présence.
Il roula la carte espagnole, la glissa dans sa ceinture. Puis il remonta sur le pont, le cœur battant, et ordonna la manœuvre.
Deux jours plus tard, le grincement des hunes éclata dans la nuit, et la vigie hurla — pas un navire, mais une centaine. Hartley grimpa dans les haubans, les mains glacées par le vent, et il vit tout en bas ce qu'aucun rapport de reconnaissance anglais n'avait rapporté.
La mer était noire de voiles.
Des vaisseaux de guerre, des urques, des galéasses, des pataches — une masse compacte qui s'étendait jusqu'à l'horizon, mâts contre mâts comme une forêt en marche. Leurs feux de poupe clignotaient sur des lieues entières. Plus qu'une flotte. C'était une nation en mouvement.
Il compta rapidement. La rumeur d'Howard parlait de quatre-vingts navires. Là, devant lui, il y en avait cent cinquante, peut-être plus. Et au centre du dispositif, derrière les énormes galions de guerre, il vit des navires plus plats, à faible tirant d'eau — des transports de troupes. Pas des navires de ravitaillement. Des navires de débarquement.
— Seigneur Dieu, dit le contremaître à ses côtés.
Hartley resta suspendu dans le gréement, le vent froid lui fouettant le visage, et soudain, tout lui apparut avec une clarté terrible.
La carte. L'ancre de Tinside Cove. Le plan parfait de débarquement dans une crique défendable.
Il était faux.
Tout ce qu'il contenait — les relevés, les annotations, le travail minutieux des ingénieurs espagnols — c'était de l'appât. Une manœuvre de diversion pour attirer les forces anglaises vers le sud-ouest pendant que le vrai débarquement se ferait ailleurs, loin de tout fort, sur une plage ouverte, avec des milliers d'hommes débarqués sur des barges à faible tirant d'eau.
Il redescendit comme un chat, atterrit sur le pont avec un bruit sourd.
— Fais demi-tour, ordonna-t-il. Cap direct sur le rendez-vous d'Howard.
— Capitaine, il n'est pas à plus de trente lieues. Il voulait qu'on l'attende ici, à cette position.
— Il voulait qu'on l'attende là où les Espagnols peuvent nous voir nous éloigner. Ils ne nous ont pas repérés. Nous en profitons.
Isabel apparut à sa manche, le visage blanc comme le lin.
— La carte que tu as brûlée devant l'équipage. Celle du prieuré.
Hartley sortit la carte de sa ceinture. Elle était pliée, écornée, usée par les doigts. Il l'ouvrit et, pour la première fois depuis des jours, il la regarda avec un œil renouvelé.
— Ce n'est pas la cible, dit-il lentement. Ce n'est qu'un appât, pour nous faire défendre le mauvais endroit.
Isabel suivit son doigt sur le parchemin, déchiffrant les annotations que Hartley avait mémorisées à la lueur d'une bougie, des semaines plus tôt dans le monastère en flammes.
— Mais tu n'as jamais eu la vraie carte, fit-elle doucement. Tu as tout mémorisé. Tu l'as dit toi-même.
Hartley se figea. Elle avait raison. La carte qu'il avait brûlée en présence de l'équipage était un faux — il l'avait su au moment où il l'avait vue, trop propre, trop évidente. Mais la deuxième, celle qu'il gardait cachée, n'était qu'une copie de la première.
La vraie carte avait brûlé avec le prieuré.
Non. Pas la vraie carte. Il ferma les yeux et ouvrit sa mémoire.
Tout était là. Les symboles précis, les annotations marginales, les petits signes cabalistiques qu'il avait cru décoratifs. Il les avait presque tous ignorés. Mais maintenant, tourné vers l'ennemi, le souvenir lui revint net comme l'acier.
Pas décoratif. Codé.
Hartley rouvrit les yeux au moment où un cri montait des mâts — un navire à bâbord, silhouette fuyant les feux espagnols, filant sur eux comme un couteau dans l'eau noire.
— Espagnol ? lança-t-il à la vigie.
Une pause. Puis :
— Anglais, capitaine. Ou portant pavillon anglais.
Sa main glissa vers la poignée de son épée.
La *Santa Clara*, peut-être. Le mensonge sous les couleurs anglaises.
— Hommes aux postes de combat, ordonna-t-il. Mais personne ne tire avant mon commandement.
Le navire s'approchait, rapide et silencieux, et alors que ses voiles se teintaient de la lueur de la lune naissante, il comprit qu'ils allaient savoir très vite ce qui s'était réellement joué dans les conspirations de Cecil, de Grim et de l'Espagne — tout ce qu'il croyait avoir sous les yeux n'était qu'un miroir qu'il était sur le point de briser.
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