L'Or du Roi
Lire le chapitre 33: The Traitor's Fall
Le canon tonna une seconde avant que le boulet ne déchire le gaillard d'avant de la patache anglaise. Des éclats de chêne volèrent dans une gerbe sanglante, et Hartley hurla ses ordres par-dessus le vacarme, la gorge déjà rauque. Le navire qui approchait sous pavillon anglais avait hissé les couleurs espagnoles au dernier moment—une ruse si éhontée qu'elle portait la signature de Grim.
« Feu nourri ! Visez la ligne de flottaison ! »
L'*Isabel* tangua sous la décharge de ses propres pièces. Le boulet ennemi avait emporté le beaupré de la patache, qui gîtait déjà, mais ses canons de poupe crachaient encore. Les deux bâtiments se serrèrent dans un duel à bout portant, les huniers si proches qu'on pouvait distinguer les visages des tireurs espagnols dans les enfléchures.
Isabel se tenait à la barre aux côtés de Hartley, le visage blême mais les mains sûres. Elle ne s'était pas écartée de lui depuis qu'il lui avait tout avoué—la Vengeance, le déshonneur, Cecil.
« Ils abordent ! » cria-t-elle.
Une grappe de grappins mordit le plat-bord de l'*Isabel*. Hartley tira son sabre, les hommes de l'équipage se massèrent derrière lui. Le premier Espagnol qui franchit le bastingage reçut la lame dans la gorge sans un bruit. Le second glissa sur le sang et tomba entre les deux navires, sa plainte avalée par les flots.
Puis Hartley le vit.
Sur le château arrière de la patache—qui n'était autre, il le comprenait maintenant, qu'un vaisseau espagnol capturé puis maquillé—Silas Grim se tenait, bras croisés, observant le carnage avec un détachement presque clinique. Il portait un manteau de velours noir sur une cuirasse espagnole, et il souriait.
« Capitaine Hartley ! » cria-t-il par-dessus le fracas. « Comme c'est touchant. Le chien revient toujours à son vomi. »
Hartley voulut répondre, mais un autre boulet frappa la coque de l'*Isabel* à la flottaison. Le navire frémit comme une bête blessée. Des hommes crièrent dans l'entrepont.
« Il faut rompre l'abordage ! » hurla Jenkins, le canonnier, en dégageant un Espagnol d'un coup de crosse.
Trop tard. Les grappins tenaient bon, et le roulis des deux navires, pris dans les vagues de la Manche, les écrasait l'un contre l'autre dans un craquement de bois torturé. Hartley tailla une brèche vers le bastingage, abattant deux hommes, atteignant la proue où les grappins étaient amarrés.
« Hache ! » rugit-il.
Un matelot nommé Prothero lui jeta une hache d'abordage. La première lame trancha un cordage épais comme un poignet. La seconde... un boulet de mousquet siffla et Prothero tomba, la tempe ouverte, sans un cri.
Hartley jura et saisit la hache tombée. Il fallait couper les filins, mais Grim avait posté des tireurs dans les huniers de sa patache. Chaque homme qui se montrait tombait.
« Coupez les amarres arrière ! » ordonna-t-il. « Poussez le gouvernail à bâbord ! »
Isabel comprit au quart de tour. Elle pesa de tout son poids sur la barre. L'*Isabel*, dégagée de ses attaches avant, commença à pivoter, entraînant la patache dans son mouvement. Les deux navires se mirent à tourner ensemble dans un ballet macabre, les canons encore chargés qui tonnaient à bout portant dans les œuvres vives.
Au troisième coup de hache, le dernier filin céda qui les liait à l'arrière de la patache. La coque de l'*Isabel* glissa le long de celle de l'ennemi dans un grincement insupportable, arrachant des membrures, emportant un morceau de plat-bord. Mais les deux navires se séparèrent enfin.
La patache espagnole, privée de son ancre et gravement endommagée aux œuvres vives, commença à donner de la bande. Ses canons arrière plongèrent dans l'eau qui s'engouffrait par les sabords ouverts. Hartley ordonna une dernière volée de ses pièces de chasse—un coup à mitraille qui balaya le pont ennemi.
Grim ne souriait plus.
Il se tenait au bastingage de sa patache qui sombrait, un rouleau de parchemin levé au-dessus de sa tête comme pour le protéger de l'écume qui montait déjà à ses chevilles. Ses hommes sautaient dans l'eau, le suppliant, mais il semblait paralysé.
Hartley n'hésita pas.
« Envoyez une barque. Lui. Vivant. »
Deux hommes pagayèrent jusqu'au navire qui coulait. Grim les regarda approcher, puis jeta un coup d'œil au parchemin dans sa main. Un instant, Hartley crut qu'il allait le déchirer. Mais Grim, plié en deux par le poids de son armure espagnole, tendit le rouleau au premier marin comme s'il se rendait avec une offrande.
Ils le hissèrent sur le pont de l'*Isabel* dans un silence de mort. L'équipage s'écarta de lui. Les blessés sur le pont maudirent son nom. Grim, ruisselant, la cuirasse tordue, se redressa avec une dignité qui força presque l'admiration.
« Le rouleau, Hartley. Lisez-le. Il contient la lettre de votre ami Cecil. »
Hartley saisit le parchemin des mains de Prothero—le mort avait été remplacé par un autre, il ne savait plus qui—et le déroula. L'écriture était nette, régulière, diplomatique. Une lettre de Sir William Cecil, Lord Trésorier d'Angleterre, adressée au duc de Medina Sidonia, commandant de l'Invincible Armada.
*« Sa Majesté Catholique trouvera les côtes d'Angleterre sans défense à l'endroit indiqué, car nos forces auront été dirigées ailleurs. En échange de cette information et du retrait des prétentions espagnoles sur le trône des Pays-Bas, je garantis la neutralité anglaise dans le conflit. Que la paix soit conclue sur les ruines de la marine anglaise, et qu'Elizabeth comprenne enfin le prix de sa politique. »*
Hartley relut le passage deux fois. Son cœur cognait contre ses côtes. Il y avait plus encore : la signature, le sceau du Trésor, la date. Et une note en marge, d'une écriture plus rapide : *« Assurez-vous que l'Angleterre pense que la flotte espagnole est deux fois moins grande qu'elle ne l'est. Notre ami Grim s'en charge. »*
« Notre ami Grim », répéta Hartley à voix haute, sans quitter le visage du prisonnier.
Grim haussa les épaules avec une lassitude de comédien. « Cecil croyait que l'Angleterre, vaincue, signerait une paix honorable. Il voyait plus loin que le nationalisme de vos marins. Une Angleterre protestante, indépendante mais neutre... n'est-ce pas mieux qu'une Angleterre dévastée par une guerre qu'elle ne peut gagner ? »
Hartley le frappa. Le coup partit avant qu'il ait eu le temps de le décider—un crochet du gauche qui envoya la tête de Grim contre le mât. Grim s'affaissa sans un son, assommé.
« Jenkins, dit Hartley, la voix étrangement calme. Chaînes. Cale. Surveillez-le jour et nuit. Nourrissez-le, mais ne parlez-lui pas. »
Le canonnier acquiesça et emmena le corps inerte de Grim entre deux hommes. Hartley se tourna vers Isabel, qui lisait le parchemin par-dessus son épaule. Elle était pâle, mais elle ne tremblait plus.
« Cecil veut livrer l'Angleterre », murmura-t-elle. « Et Grim était son messager. »
Hartley acquiesça. Les dommages de l'*Isabel* étaient considérables : la mâture tenait encore mais la coque prenait l'eau, et un homme était mort, deux blessés. L'équipage, à bout de forces, avait les yeux fixés sur lui.
« Nous ne pouvons pas rejoindre Plymouth », dit-il en déroulant dans sa tête la carte qu'il connaissait par cœur. « Cecil y a tendu son piège. Mais Howard... Lord Howard de Effingham jette l'ancre à Baltimore, sur la côte irlandaise, pour rassembler la flotte anglaise. »
Isabel leva les yeux vers lui. « Nous sommes à deux jours de voile d'ici, avec un navire qui prend l'eau et un mât qui peut céder à chaque rafale. »
« Alors nous nav
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