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L'Or du Roi

Lire le chapitre 7: The Chase Begins

La brume se déchira comme une voile usée, lambeau par lambeau, sous un vent d’ouest qui sentait le sel et la promesse. Hartley, les mains encore crispées sur le bastingage, vit le soleil percer en colonnes obliques, éclairant une mer de plomb qui roulait encore de la nuit. Il cligna des yeux, et là, à deux milles sur tribord, une silhouette sombre se découpa contre l’horizon.

La *Golden Hind*. Immobile, ou presque, ses voiles ferlées à demi, comme si elle aussi avait subi la bourrasque et cherchait à reprendre son souffle.

Hartley sentit son cœur battre plus vite, non pas d'excitation, mais de cette froide certitude qui précédait l'action. Il se tourna vers la dunette.

« Redmund ! Réveille les hommes. On la tient. »

Le gunner, la barbe encore grise de l'humidité nocturne, hocha la tête sans un mot. Sa loyauté restait conditionnelle, mais son métier, lui, ne discutait pas. Il descendit l'échelle de coupée en aboyant des ordres, et bientôt le pont s'anima d'un grouillement de corps fatigués mais alertes.

Hartley saisit la longue-vue qu'on lui tendit. La *Golden Hind* était un fluyt, un ventru aux flancs ronds, conçu pour la cargaison, pas pour le combat. Mais son pont, il le vit distinctement, était encombré de caisses et de barils. Et à son gaillard d'arrière, des silhouettes s'agitaient avec une précision qui n'avait rien d'un équipage marchand terrifié.

« Ils nous ont vus », murmura Pike, à son côté.

« Tant mieux. Je veux qu'ils sachent qui les approche. »

Il abaissa sa longue-vue. Les ordres de Cecil étaient dans sa poche, fermement roulés. Il n'avait pas besoin de les relire. Il connaissait leur contenu, l'accusation de charge armée, la justification mince comme du papier à lettre. Mais il fallait jouer le rôle, faire durer la comédie jusqu'à l'abordage.

« Hissez le pavillon anglais ! Et celui de la reine, par Dieu, que ces Hollandais voient à qui ils ont affaire. »

Le vent gonfla les voiles, le *Swan* s'inclina, et la distance se mit à fondre. Hartley guida le navire lui-même, les mains sur la barre, les yeux fixés sur la proie. Il pouvait voir les détails maintenant : la peinture écaillée sur la coque, un cordage qui pendait, et sur le pont, un homme de grande taille, vêtu de noir, qui les regardait approcher sans bouger.

À cent mètres, Hartley fit amener un peu de toile. Il voulait voir ses hommes, leurs visages, lire leur détermination.

« Gâtez vos mèches, mais n'allumez pas avant mon ordre », cria-t-il. « Nous allons les aborder selon la loi. »

Il chercha Isabel du regard. Elle ne devait pas être là, mais il la trouva accroupie derrière la grand-mâte, ses yeux verts fixés sur lui par-dessus un rouleau de cordage. Pike était à trois pas d'elle, son coutelas à la ceinture. Elle lui avait menti sur l'oncle de Plymouth, elle portait un pendentif brisé qu'il aurait reconnu au royaume des morts, et pourtant elle lui avait sauvé la vie. Chaque minute à son bord était une contradiction.

« Larguez les filets d'abordage ! » cria-t-il.

À cinquante mètres, il perçut un mouvement sur le gaillard de la *Golden Hind*. Un nuage de fumée blanche, presque dérisoire dans le soleil levant. Le bruit arriva une seconde plus tard, sec et tonitruant. Et entre les deux, un sifflement suraigu.

« À terre ! » hurla Hartley.

Il n'eut pas le temps d'achever son cri. La volée de mitraille déchira le vide au-dessus de leurs têtes, arrachant un pan de voile et projetant des éclats de bois dans l'air. Un homme à la barre, son helmsman Ned, un vieux loup aux mains calleuses, poussa un cri bref et s'effondra, une esquille de la taille d'un poignard enfoncée dans l'épaule.

« Sainte Marie... » grogna Hartley.

Il lâcha la barre, se précipita. Ned était à genoux, le visage pâle, la main pressée contre la blessure d'où le sang jaillissait entre ses doigts.

« Tiens, garde cette pression », ordonna Hartley en le couchant sur le flanc. « Tu vivras, vieux chien. On recoudra ça après. »

Mais il se releva déjà, les yeux sur la *Golden Hind*. Le capitaine en noir avait levé la main. Il n'y aurait pas d'abordage pacifique. Pas de reddition négociée. Ils avaient ouvert le feu les premiers, sans sommation. La lettre de Cecil pouvait aller aux enfers.

« Redmund ! » hurla-t-il. « Feu à volonté ! Éventre-moi ce ventru ! »

Le canon du *Swan* tonna. La bordée souleva une gerbe d'eau à quatre mètres de la coque ennemie, puis une seconde frappa plus près, arrachant un morceau de plat-bord. La *Golden Hind* riposta, sa propre volée passant trop haute, fauchant un cordage et faisant pleuvoir des étincelles d'acier sur le pont.

Hartley sauta à la barre. Il avait besoin de ses mains, de ce contrôle direct que la bataille exigeait. Il sentit les vibrations du gouvernail à travers ses paumes, la respiration du navire sous ses pieds. Il tira le *Swan* sur bâbord, présentant son flanc, puis revint, forçant la distance.

« Encore ! » cria-t-il à Redmund. « Vise la ligne de flottaison ! »

Le canon gronda de nouveau. Cette fois, le coup porta, un bruit sourd de bois éclaté. Mais la *Golden Hind* vira, elle aussi, présentant sa poupe, et Hartley comprit soudain qu'elle cherchait à fuir. Le vent lui était favorable.

« Toutes les voiles ! Larguez tout ! Nous la poursuivons ! »

Il hurla l'ordre, et les hommes s'exécutèrent, hissant la toile avec une frénésie nouvelle. Le sang coulait sur le pont, l'odeur de la poudre emplissait l'air, et le désir de se battre, de se venger, remplaçait enfin les murmures. La *Golden Hind* fuyait. Bien. C'était la preuve de sa culpabilité.

Hartley sentit la barre répondre, le *Swan* bondir sous ses pieds. Le vent était leur allié maintenant, un vent frais et constant qui poussait les deux navires vers le large. La distance se maintint, ni se comblant ni ne s'élargissant. Une course de vitesse.

Il jeta un regard rapide à Ned, qui avait été traîné à l'abri derrière le capot. Le vieux marin avait les yeux fermés, mais sa poitrine se soulevait. Il vivait.

« Pike ! » appela-t-il sans quitter la mer des yeux. « Surveille la fille. Je ne veux... »

Il n'acheva pas. Un fracas. Un éclatement de bois sur tribord, et une pluie d'esquilles mortelles qui s'abattit sur le pont. Un fragment de la taille d'une main, noir et éclaté, frappa Isabel au moment où elle se levait pour voir ce qui se passait. Elle s'effondra sans un cri, un filet de sang coulant de sa tempe.

« Non ! » rugit Hartley, mais il ne pouvait pas lâcher la barre, pas maintenant, pas avec la *Golden Hind* qui prenait de l'avance.

« Pike ! » cria-t-il de nouveau. « Prends-la, emmène-la en bas ! Trouve un homme qui sait recoudre ! »

Pike s'élança, souleva le corps inerte de la jeune femme comme elle ne pesait rien, et disparut dans l'entrepont. Hartley serra les dents, fixa son regard sur l'ennemi. Ses jointures blanchirent sur la barre. La mer, le vent, le canon, le sang. Il n'y avait plus que cela. Et derrière ses yeux, une voix qui murmurait : Cadix. Encore. Toujours.

« Redmund ! » cria-t-il. « Mets une balle dans son mât d'artimon. Je veux la voir ralentir avant la tombée de la nuit. »

Il ne regarda pas vers l'entrepont où Isabel gisait. Il ne pouvait pas se le permettre. Le *Swan* était sous son commandement, et le commandement exigeait des sacrifices. Mais dans sa poitrine, une fissure venait de s'ouvrir, fine comme un cheveu d'acier, et il savait qu'elle ne se refermerait plus jamais.

La *Golden Hind* tira à nouveau, mais le coup passa loin, touchant l'eau à cent mètres du flanc. Ils perdaient leur sang-froid. Hartley sourit, un sourire sans joie, qui ne lui monta pas aux yeux.

« On la tient. On la tient, les gars. Dieu nous aide, on la tient. »

Il ne savait pas encore ce que cette poursuite lui coûterait.