Lumière d'Hiver, Cœurs du Nord
Lire le chapitre 12: The Locket Goes Missing
Le silence de la maison la réveilla. Pas un bruit précis — pas une branche contre la vitre, pas un craquement de poutre. Simplement l'absence de celui auquel elle s'était habituée : le souffle régulier d'Antoine dans la pièce voisine, ou le ronronnement du poêle. Mais surtout, ce fut la lumière. Trop pale, trop uniforme pour le matin.
Camille cligna des yeux. Ses doigts trouvèrent d'abord le rebord du matelas, puis la table de chevet. Sa paume glissa sur le bois nu. Chercha encore. Rien.
Elle se redressa d'un coup, le cœur soudain cognant contre ses côtes. Le fermoir de laiton, le petit galet gravé, la chaîne fine qu'elle sentait contre sa peau depuis trente ans. Tout était là, chaque soir, déposé sur la même surface avant qu'elle ne plonge dans le sommeil. Une habitude de petite fille, jamais perdue.
Elle alluma la lampe. La lumière crue révéla la table vide, le cendrier propre, la poussière fine. Du bout des doigts, elle parcourut chaque centimètre du bois. Sous le livre, derrière le verre d'eau. Rien.
Sa respiration se fit brève. Elle était méticuleuse. Elle savait où elle posait ses affaires. Toujours.
Elle se leva, enfila son peignoir — les gestes mécaniques, le cerveau en surchauffe. La chambre. Le couloir. La cuisine. Par terre, sur l'étagère près de la porte, entre les coussins du canapé. Elle écarta les rideaux, vérifia le rebord de la fenêtre, se pencha pour inspecter les lattes du plancher comme si le lourd bijou avait pu rouler là tout seul.
Le chalet n'était grand. Dix minutes suffirent à épuiser chaque recoin.
Trois coups de cognement contre la porte d'Antoine. Il ouvrit aussitôt, les cheveux encore ébouriffés, une main sur le chambranle.
« Camille ? Qu'est-ce qui se passe ?
— Le médaillon. Il est plus là. Ma grand-mère… le collier que je porte toujours. Il était là, sur la table de nuit.
— Tu l'as peut-être mal posé en te levant dans la nuit.
— Je ne me suis pas levée dans la nuit. Et je sais exactement où je l'ai posé.
Il passa une main sur son visage, encore tiède de sommeil. Puis il tourna la tête pour regarder le couloir derrière elle, comme si la réponse pouvait y être suspendue.
« On cherche. Le chalet entier. Calmement.
— Je viens de chercher. C'est méthodique.
— Je te crois sur le fait que tu l'as cherché. Je vais regarder quand même.
Ils passèrent l'heure suivante à retourner la maison. Antoine fouilla avec une patience que Camille trouva presque insultante, soulevant des tapis, inspectant des étagères hautes — comme si elle avait pu jeter son héritage sur une poutre. Elle-même recommença sa ronde, plus lente, plus minutieuse, s'acharnant sur la possibilité obsessionnelle d'un tiroir ou d'une poche.
Rien.
Elle finit par s'arrêter au milieu du salon, les bras croisés contre sa poitrine. Antoine, au bout du corridor, refermait la porte de la buanderie.
« J'ai regardé partout, dit-il.
— Moi aussi.
Un silence. Le poêle cliqueta.
« Il y a eu quelqu'un dans cette maison.
Antoine la rejoignit, quelque chose de dur dans le regard. « Tu es sûre ? Tu as entendu quelque chose ?
— Non. C'est pour ça que j'ai si peur regarde bien, Antoine. C'est une maison verrouillée. Personne n'entre sans qu'on l'entende, n'est-ce pas ? Alors explique-moi. »
Il ne répondit pas tout de suite. Il fit les portes, méthodiquement. La porte d'entrée, barre fermée. Celle de l'arrière, verrou tiré. Ses doigts longèrent les fenêtres du salon, puis celles de la cuisine.
« Elles sont toutes fermées, dit-il lentement. De l'intérieur.
— Alors tu dis quoi ? Que je l'ai rêvé ? Que je l'ai perdu dans la neige pendant la leçon de raquettes ?
— Je ne dis pas que tu l'as rêvé. Je dis que je ne vois pas comment quelqu'un aurait pu entrer la nuit sans laisser de trace.
Ce fut ce mot — trace — qui alluma quelque chose dans le regard de Camille. Elle s'approcha de la fenêtre du salon et frotta la vitre. La neige accumulée au bord du cadre, intacte. Elle passa à la cuisine.
Elle s'arrêta. Sous la fenêtre, la couche de neige présentait une cassure irrégulière, comme si quelque chose avait été brossé, lissé. Un creux que l'autre neige comblait déjà.
« Là. »
Antoine se pencha. Elle vit ses mâchoires se serrer.
« On a effacé des pas.
— Qui fait ça ? Pourquoi ?
Il resta silencieux, les yeux fixés sur l'empreinte disparue. Camille recula d'un pas, le regard changeant.
« Tu as des clés en double. »
Il se tourna vers elle, la surprise brièvement peinte sur le visage. Puis la stupeur laissa place à un pli sombre. « Tu me demandes si j'ai pénétré chez toi en pleine nuit pour voler le bijou de ta grand-mère ? »
Elle avait ouvert la bouche avant d'avoir pensé. Et maintenant, en face de cette question si directe, les mots lui paraissaient absurdes. Mais elle ne pouvait pas les reprendre.
« J'ai trouvé des notes sous ma porte. Quelqu'un surveille cette maison de l'extérieur. Et pourtant, impossible que quelqu'un soit entré. Parce que tu gardes tout verrouillé, parce que tu passes les portes deux fois avant de dormir. C'est toi qui me dis ce que j'ai vu de cette maison. Alors je ne sais qu'en penser.
— Je n'ai pas ton médaillon.
— Ce n'est pas une réponse suffisante.
Il s'avança, s'arrêta à moins d'un mètre. « Camille, je le jure. Je ne l'ai pas pris. Je ne l'ai jamais touché. Je ne savais même pas où tu le posais. »
Elle soutint son regard. Il n'y avait là aucune fuite, aucune hésitation. Mais elle avait appris dans sa vie à ne plus se fier aux regards. L'instinct venait d'ailleurs. Et l'instinct, en ce moment même, était une corde tendue entre la confiance qui venait doucement de naître et la nécessité de se protéger.
« Alors qui ? Qui est-ce, Antoine ? »
Il ferma les yeux une seconde. « Je ne sais pas.
— Depuis ton frère. Depuis la motoneige. Depuis les traces dans la neige, les messages sous ma porte. Tu me dis que tu cherches. Tu me dis que tu veux me protéger. Mais rien n'arrête — rien. Trois semaines que je suis ici, et la seule chose qui n'a pas bougé, c'est toi et tes secrets. »
Il ouvrit la bouche, la referma. Puis, d'une voix plus basse : « Je ne leur ai rien dit depuis huit ans. Mon propre frère. Et je te regarde, chaque soir, poser une chaîne que ta grand-mère t'a donnée. Je sais ce que ça signifie. Je la porte aussi, en moi, cette absence. »
Ce dernier mot la fit taire. Le silence entre eux se fit plus épais, chargé de la vérité qu'il venait de déposer — trop directe, trop claire pour être une manœuvre.
Mais le médaillon n'était pas revenu.
Camille passa la main sur son cou, là où la chaîne aurait dû l'enlacer. Le creux de sa gorge était vide, et il en fut de même pour elle.
« Je veux le chalet fouillé du sol au plafond. Et je veux être là quand tu regardes dans les endroits que tu n'as pas encore examinés. »
Il hocha la tête. « On recommence. Ensemble cette fois.
— Et si on ne le trouve pas ?
Il prit un temps. « Alors quelqu'un a trouvé un moyen d'entrer que je n'ai pas encore imaginé. Et je vais devoir penser comme lui. »
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