Luna Secunda
Lire le chapitre 20: The Message in the Dust
La poussière lunaire s'était infiltrée partout, comme toujours. Élise Marchand souffla sur la puce avant de l'insérer dans le lecteur qu'elle avait bricolé avec des câbles volés au laboratoire de maintenance. Ses doigts, calleux, tremblaient à peine — quinze ans de carrière lui avaient appris à masquer l'urgence sous une couche de calme méthodique.
Le petit écran s'alluma, affichant une séquence de caractères alphanumériques qui dansaient dans une lumière verte maladive.
« Putain de merde », murmura-t-elle.
Callum, penché derrière elle, siffla doucement. « C'est quoi, ce code ? On dirait un truc de lancement de missile. »
« C'est mieux. Ou pire. Je ne sais pas encore. »
La puce venait du chapitre quatre — enfin, de la boîte qu'elle avait trouvée dans le bureau du directeur adjoint, celle que tout le monde avait oubliée pendant que la base s'effondrait autour d'eux. Elle l'avait gardée sur elle comme un talisman, sans savoir pourquoi. L'instinct. Toujours l'instinct.
Élise fit défiler les données. Un protocole de certification, des métadonnées de transmission, et un horodatage qui commençait à tourner comme un sablier numérique.
« Le code expire dans quarante-huit heures », dit-elle.
Hélène entra dans l'atelier, ses pas feutrés sur le métal perforé. Le docteur avait les traits tirés — la nouvelle de la transmission depuis l'infirmerie avait semé la suspicion dans tout le camp mutin, et elle marchait désormais sous le regard accusateur de la moitié de l'équipage.
« Tu m'as fait appeler ? »
Élise lui tendit le lecteur. « Dis-moi ce que tu vois, Hélène. Pas en tant que médecin. En tant que personne qui connaît les codes de détresse. »
Hélène parcourut l'écran. Ses yeux s'écarquillèrent.
« C'est un code de balise privé. Lumen-Corp a installé des balises de sauvetage personnelles pour les cadres dirigeants — des systèmes indépendants du réseau principal, qui émettent une signature cryptée que leurs navires de ravitaillement peuvent détecter. » Elle releva la tête. « Où as-tu trouvé ça ? »
« Dans le coffre du bureau de Moreau. » Élise croisa les bras. « Celui qu'on n'a pas pu ouvrir avant de le démonter pour les pièces. La puce était scotchée sous le tiroir du bas. Quelqu'un l'a cachée. Quelqu'un qui savait qu'elle pourrait servir. »
Callum se gratta la nuque. « Et elle fait quoi, exactement, cette balise ? »
« Si on la combine avec un émetteur compatible, elle active une balise de sauvetage privée », répondit Hélène. « La corporation a des vaisseaux d'intervention rapide stationnés en orbite cislunaire, prêts à répondre à ce genre de signal. Le genre de réponse qui ne passe pas par les canaux officiels. »
Un silence pesant s'installa. Élise le sentit comme une pression physique sur sa poitrine.
« Donc, si on l'active, on appelle Lumen-Corp chez nous », dit Callum. « Et on leur dit exactement où on est, ce qu'on fait, et qu'on a volé leur putain de réserve d'oxygène. »
« Exactement. »
« C'est un piège. »
« Peut-être. Ou peut-être que c'est la seule chance qu'on ait. » Élise prit le lecteur des mains d'Hélène et le fixa. Les caractères clignotaient, méthodiques, implacables. « Le code expire dans quarante-huit heures. Nos navires de sauvetage bricolés ne seront pas prêts avant soixante-douze heures, au minimum, et encore — si on trouve les pièces pour remplacer le système de navigation. »
Hélène s'assit sur un bidon renversé. « Tu envisages sérieusement d'envoyer ce signal ? »
« Je l'envisage. »
« Ça va les prévenir. Ils enverront peut-être un vaisseau armé, pas un vaisseau de sauvetage. »
« Je sais. » Élise passa une main sur son visage, sentant la poussière fine sous ses doigts. « Mais regarde où on en est. La moitié de la base nous croit des traîtres. Kessler et sa bande attendent que ça tourne mal pour reprendre le contrôle. L'infirmier — ou le système — qui nous a vendus peut encore le faire une deuxième fois. Et si on ne trouve pas ce putain de système de navigation, on va tous mourir dans cette boîte en acier en regardant la Terre briller au-dessus de nos têtes. »
Callum s'appuya contre l'établi. « Et si la balise est un piège en soi ? Le genre de piège qu'on nous a tendu ? On a trouvé un message qui dit que t'es pas censée survivre, Élise. Ça pourrait être exactement ça — un moyen de te faire sortir de la base pour qu'ils puissent te cueillir. »
« J'y ai pensé. »
« Et ? »
« Et je m'en fous. » Elle releva la tête, les yeux durs. « Si le signal atteint un vaisseau — n'importe quel vaisseau — ça veut dire que quelqu'un à l'extérieur sait qu'on existe encore. Ça veut dire qu'on n'est plus juste des fantômes qui attendent la mort. Ça leur donne quelque chose à négocier. À craindre. Et à nous, ça nous donne une date limite. »
Hélène fronça les sourcils. « Une date limite pour quoi ? »
« Pour savoir si on est des mutins ou des sauveteurs. » Élise rangea la puce dans sa poche, contre sa poitrine. « Si Lumen-Corp répond à ce signal par un vaisseau de secours, on est des survivants qu'ils ont abandonnés. S'ils répondent par un vaisseau de combat, on est des rebelles qu'il faut écraser. Soit dit en passant, on saura exactement où on en est. »
Elle se tourna vers le panneau de contrôle qu'elle avait isolé deux heures plus tôt — le seul qui n'était pas relié au réseau principal, celui qu'elle avait bricolé avec les câbles récupérés et un transmetteur portable volé dans la réserve interdite.
« Et on a besoin d'un émetteur compatible », dit Callum. « C'est quoi, la liste ? »
Élise leva le lecteur. La spécification technique défilait. « Émetteur UHF de classe 4, bande de fréquence 822-869 mégahertz, signature modulée... » Elle s'arrêta. « Hélène. La balise du directeur Moreau. Elle a dû être testée avant l'arrivée sur la base. Les cadres faisaient des exercices d'évacuation — je me souviens des rapports de maintenance. Où est-ce qu'ils gardaient le matériel de test ? »
Hélène réfléchit quelques secondes. « Dans la salle radio secondaire. Celle qu'on a condamnée derrière le mess. »
« Celle qui est toujours alimentée par le générateur de secours, celle qu'on a pas pu couper parce que le câble est blindé ? »
« Oui. »
Un sourire mince se dessina sur les lèvres d'Élise. « On a un problème, alors. Cette salle est restée sous contrôle des loyalistes. Kessler l'a fait garder après que Diarra ait failli flinguer Amir. »
Callum ricana sans joie. « Bien sûr. Faut toujours que ce soit compliqué. »
« Compliqué ou pas, on a quarante-huit heures. » Élise se dirigea vers la porte de l'atelier, puis s'arrêta, la main sur la poignée. Elle se retourna vers Hélène. « Docteur. Tu m'as dit que le message de l'informateur venait du terminal de l'infirmerie. Tu m'as dit que ça pouvait être n'importe qui. Je veux que tu vérifies quelque chose. »
« Quoi ? »
« Le système de surveillance de la salle radio secondaire. Il est indépendant. Il a une caméra qui filme en continu. » Élise serra la poignée. « Si quelqu'un est entré là-bas pendant la mutinerie pour envoyer un message, la bande est encore là. Et si Kessler garde cette salle, c'est peut-être pas juste par loyauté à la Terre. »
Hélène pâlit. « Tu penses qu'il pourrait être... »
« Je ne pense rien. Je veux juste des images. » Élise ouvrit la porte. « Parce que si notre informateur est celui qui garde la seule salle qui peut émettre vers la Terre, alors nos plans ont peut-être fuité avant même qu'on les fasse. Et la seule façon de le savoir, c'est de regarder la poussière qui se dépose sur les gens qui passent. »
Callum la suivit dans le couloir. « Et la puce ? Le signal ? »
« On a quarante-huit heures, Callum. On commence par neutraliser la menace intérieure. » Elle tapota sa poche. « Ensuite, on décidera si on appelle les secours — ou si on tend notre propre piège. »
Dans le silence du couloir, elle entendit le bourdonnement distant des ventilateurs et le grondement sourd des machines qui maintenaient la base en vie. Quelque part derrière elle, l'horloge du code continuait de tourner, implacable, réduisant chaque décision à une question de temps.
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