Luna Secunda
Lire le chapitre 32: The Preemptive Strike
La salle de contrôle était plongée dans une pénombre rougeâtre, les écrans affichant les données de tir en surimpression. Élise sentait la sueur coller ses mèches grises à son front, mais ses mains restaient parfaitement immobiles sur le panneau de commande.
— Dépraz, statut du lancement ?
— Le pod est prêt. Trajectoire instable, comme prévu. Ça va zigzaguer comme un ivrogne.
— C’est exactement ce qu’on veut.
Elle jeta un coup d’œil au chronomètre. Le vaisseau de la corporation se trouvait à quatre minutes de portée de tir. Quatre minutes, et tout se jouerait. Derrière elle, Duval rongeait son frein, les bras croisés, son outil de décryptage — toujours en sa possession — pendant à sa ceinture comme un reproche silencieux.
— Je répète que c’est une folie, murmura-t-il. Un pod de sauvetage désarmé face à un vaisseau de sécurité.
— Et je répète que c’est un leurre, répondit Élise sans se retourner. Pas un combat.
Sur l’écran secondaire, la silhouette du vaisseau de la corporation grossissait lentement. Un monstre d’acier et de panneaux composites, blindé comme un cuirassé. Mais Élise connaissait ses faiblesses. Elle avait passé quinze ans à réparer ce genre de coque, à comprendre où l’ingénierie cédait face à la physique.
— Sans compter, ajouta-t-elle à voix basse, que leurs robots ne pourront rien faire contre un tir de laser minier.
Le maintenait de silence qui suivit fut rompu par la voix de Malorie à l’autre bout du canal interne.
— Le pod est largué dans trente secondes. Tous les systèmes de propulsion sont amorcés.
Élise inspira profondément. Trente secondes. Elle compta dans sa tête, sentit chaque battement de cœur comme un coup de marteau dans sa poitrine.
— Allumez les balises de détresse.
À l’écran, le petit pod de sauvetage s’élança dans le vide lunaire, ses feux clignotant dans le spectre visible et infrarouge. Trajectoire erratique, comme prévu — assez imprévisible pour ressembler à une manœuvre d’évasion désespérée, assez lente pour laisser au vaisseau de la corporation le temps de réagir.
Le silence dura trois éternités.
Puis un éclair blanc sur l’écran. La saleté du vaisseau de la corporation s’illumina, et un faisceau de particules traversa l’espace en direction du pod. Le leurre explosa en une boule de plasma et de débris, aveuglant les capteurs du vaisseau pendant quelques précieuses secondes.
— MAINTENANT ! hurla Élise.
Les lourds câbles d’alimentation du laser minier vibrèrent sous ses pieds. Les générateurs, bricolés à la hâte par Deprez et son équipe, poussèrent un gémissement sourd avant de délivrer leur charge maximale. Le faisceau, invisible dans le vide, frappa la coque du vaisseau de la corporation à l’endroit exact où Élise savait que se trouvait la ligne de carburant externe, là où les panneaux composites avaient été remplacés après une campagne de refonte imprudente.
L’impact fut bref.
Trois secondes de lumière absolue. Trois secondes où la salle entière retint son souffle.
Puis l’écran principal montra le vaisseau de la corporation, toujours intact visuellement, mais tordu sur son axe. Une fine colonne de gaz s’échappait de sa coque, là où le carburant fuyait dans le vide. Les propulseurs principaux crachèrent brièvement, puis moururent.
— Touché, murmura Deprez. Bon Dieu, Élise. Touché.
Elle regarda le vaisseau, désormais incapable de manœuvrer maintenir sa position, mais toujours menaçant. Les capteurs indiquaient que ses systèmes défensifs restaient opérationnels. Le vaisseau était blessé, pas vaincu.
Et Vasseur était toujours à bord.
— Il faut y aller, dit-elle en se levant. Pendant qu’ils paniquent.
— Y aller ? répéta Duval. Élise, on ne peut pas — on n’a pas de vaisseau ! On vient de tirer notre seul pod de sauvetage !
— On a les capsules de maintenance extérieure, répondit-elle. Les petits scooters de travail. Assez pour trois hommes, avec les chalumeaux plasma.
— C’est de la folie pure.
— C’est notre seule chance, Duval. S’ils ont le temps de réparer la ligne de carburant, ils reprendront le contrôle de la zone. Et ce coup-là, ils l’auront bien mérité.
Elle attrapa un casque de maintenance au passage et se dirigea vers le sas. Deprez lui emboîta le pas, un chalumeau plasma dans les mains. À la porte, elle se retourna vers Duval, toujours figé au centre de la salle.
— Tu restes ici. Tu surveilles les fréquences. S’ils envoient des robots, tu les signales.
— Et s’ils t’envoient une torpille ?
— Alors tu les maudiras pour moi.
Elle enfila le casque et enclencha le sas extérieur. La lune l’attendait, grise et silencieuse, et au-dessus d’elle, suspendu comme une épée de Damoclès, le vaisseau de la corporation saignait lentement dans le vide.
Derrière elle, le signal de verrouillage s’alluma. Trois minutes plus tard, elle posait le pied sur la coque du vaisseau ennemi, le chalumeau plasma crachant son arc bleuté dans l’obscurité lunaire.
Elle commença à découper la première couche de panneau composite.
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