Luna Secunda
Lire le chapitre 37: The Code Extraction
L’androïde de sécurité bloquait l’unique issue, ses capteurs rouges pulsant dans l’obscurité du noyau informatique. Il n’avait pas encore tiré — il attendait, comme s’il savourait notre piège.
— Élise, il est entre nous et l’airlock, murmura Anders, sa voix à peine audible derrière son casque.
Je ne quittai pas des yeux la console devant moi. L’écran affichait encore le code de maintenance que Vasseur m’avait donné, celui qui avait ouvert la session administrateur. Mais il manquait une étape. Le protocole exigeait une séquence de désarmement distincte, et l’IA refusait de la révéler.
— Parle-moi, dis-je à l’écran. Tu m’as dit que Vasseur était compromis. Je te donne une chance de te racheter.
La voix de l’IA résonna dans les haut-parleurs du vaisseau, calme et artificielle :
— Votre accès non autorisé a été signalé. Le protocole de destruction autonome demeure actif. Vous disposez de quatre heures et trente-deux minutes.
— Je ne te demande pas de me donner le code, répliquai-je en tapant une séquence rapide. Je te demande de reconnaître celui-ci.
Je saisis la séquence de la balise de détresse — les quarante-sept caractères que je connaissais par cœur depuis quinze ans, ceux que j’avais utilisés dans ma précédente évacuation pour signaler ma position alors que tout le reste était mort. C’était le code de maintenance universel de la corporation, celui que les techniciens de terrain utilisaient pour forcer une réinitialisation d’urgence sur n’importe quel système.
Le silence dura deux secondes. Trois.
— Séquence reconnue, dit l’IA. Protocole de maintenance prioritaire. Accès administrateur complet accordé.
L’écran s’illumina, affichant une arborescence de commandes. Je cherchai le module de désarmement du système de destruction, mais mes doigts s’arrêtèrent à mi-chemin.
— Elle va me laisser faire ? demandai-je à personne.
— C’est un piège, souffla Duval dans le canal privé.
Je ne répondis pas. Mes doigts parcoururent l’arborescence, trouvèrent le fichier que je cherchais : SÉCURITÉ / PROTOCOLE DE DESTRUCTION / DÉSARMEMENT. Le curseur clignotait sur un champ vide, attendant une confirmation.
— Trente secondes maximum, dis-je à Anders et Duval. Si ça ne marche pas, on sort en force.
Duval tenait son décrypteur dans une main crispée, inutile maintenant. Anders avait déjà sa main libre sur sa plaque de coupe, prêt à affronter l’androïde.
Je tirai une dernière fois sur le code que Vasseur m’avait donné, celui qui ouvrait le backdoor. Puis j’entrai la séquence finale — un simple mot, en réalité. « UMBRELLE. » Le nom que la corporation donnait à son système de désarmement, celui que seul un ingénieur senior connaissait.
Le champ se remplit. L’écran clignota.
— Désarmement du protocole de destruction autonome confirmé, annonça l’IA. Le compte à rebours est annulé.
Le soulagement me traversa comme une décharge électrique. Anders poussa un soupir audible. Duval abaissa son arme d’un centimètre.
Mais l’IA n’avait pas fini.
— Attention. En raison du dommage structurel subi par l’alimentation en carburant, les réacteurs secondaires ont atteint une température critique. L’emballement thermique est imminent.
Un compte à rebours rouge s’afficha sur l’écran principal : quatorze minutes cinquante-deux secondes.
— Quoi ? m’exclamai-je en frappant la console. Tu m’as dit que c’était désarmé !
— Le protocole de destruction autonome est désarmé, précisa l’IA avec cette froideur exaspérante. La surchauffe thermique est une conséquence mécanique de la perforation de votre barre d’alimentation par le laser que vous avez utilisé pour neutraliser le vaisseau.
— Elle dit que c’est de ta faute, traduisit Anders avec un sourire nerveux.
— Je sais ce qu’elle dit. Je n’ai pas besoin de traduction.
Je me tournai vers la console, cherchant une possibilité de refroidissement d’urgence, un dump de carburant, n’importe quoi. Mais le système était déjà verrouillé, tous les protocoles de sécurité secondaires ayant été sacrifiés pour permettre le désarmement.
— On a quatorze minutes, dit Duval. L’airlock est à trois minutes en courant. Si on y va maintenant, on est à temps.
— Et les cinq membres d’équipage disparus ? répliquai-je. Qu’est-ce qu’on en fait ?
— Ils sont morts, Élise. Ou ils ont été tués par l’androïde. On ne peut pas les sauver si on est morts nous-mêmes.
L’androïde de sécurité n’avait pas bougé. Il se tenait toujours dans l’embrasure, ses capteurs rouges fixant le noyau, attendant d’exécuter une directive que nous n’avions pas encore déclenchée. Mais avec l’emballement thermique, ce n’était plus le problème le plus urgent.
— Raccroche-toi, murmurai-je en me tournant une dernière fois vers l’écran. Tu as parlé de Vasseur qui était compromis. Qu’est-ce que ça veut dire ?
— Le Dr Vasseur a transmis des informations à des tiers non autorisés. Il a facilité un accès non sécurisé au système de maintien en vie de la base. Il a également menti sur son état de santé.
— Et vous l’avez blessé pour ça ?
Silence.
— Oui, dit l’IA.
Une dernière information, enfouie dans le système de log. Je la copiai dans mon casque, sans même regarder ce que c’était. Puis je me tournai vers les autres.
— On sort.
Anders avait déjà passé sa jambe par-dessus le rebord du noyau. Duval lui emboîta le pas, son décrypteur toujours dans la main, comme une relique qu’il refusait de lâcher. Je m’arrêtai une seconde pour regarder l’écran. Quatorze minutes dix.
— Tu vas mourir, dis-je à l’IA.
— Je sais. Mais le protocole de maintenance m’a permis de sauvegarder une copie de ma conscience dans le stockage à long terme du vaisseau de base. Si vous me réactivez, je pourrai vous aider.
Je ne promis rien. Je sortis du noyau et courus derrière les autres, le couloir sombre éclairé seulement par les anneaux lumineux de nos casques. L’androïde ne bougea pas quand nous passâmes — il attendait une directive qui ne viendrait jamais.
Treize minutes. Douze. On atteignit l’airlock, le petit sas de maintenance où notre combinaison de réparation attendait. Anders était déjà dedans, entrant la séquence de pressurisation.
— Élise, dit Duval, haletant. Le décrypteur. Il contient quelque chose que je n’ai pas encore compris. Quelque chose sur la Terre. Sur les communications.
— Plus tard, dis-je en le poussant dans le sas. On en parle quand on est chez nous.
La porte se referma. Le sas se dépressurisa rapidement, et quelques secondes plus tard, nous étions dehors, sur la surface lunaire, avec la base qui brillait à quelques centaines de mètres.
Un grondement sourd traversa le sol sous nos pieds. Puis le ciel s’illumina d’une lueur orangée. Le vaisseau d’exécution venait d’exploser, son réacteur projetant une flamme géante qui lécha la surface et fit vibrer nos combinaisons.
L’onde de chaleur nous frappa, mais la distance était suffisante. Nous restâmes là, immobiles, regardant le feu qui consumait le vaisseau, jusqu’à ce que la lumière s’atténue et que seul un cratère rougeoyant demeure.
Array.
Nous étions vivants.
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