Monte-Carlo en Flammes
Lire le chapitre 16: A Final Twist
Le téléphone d’Alex vibra sur la table de la planque, une pulsation sourde qui coupa net la conversation. Il jeta un coup d’œil à l’écran : *Viktor*. Les muscles de sa mâchoire se serrèrent avant même qu’il ne décroche.
Zoe leva les yeux de son écran portable, les doigts suspendus au-dessus du clavier. Jules, en train de vérifier son intercepteur, se figea. La pièce entière retint son souffle.
Alex prit l’appel, activa le haut-parleur.
— Renault. Vous êtes à l’heure.
La voix de Viktor était lisse, huilée, du velours posé sur un fil de rasoir.
— Demain tout se joue, Viktor. Je voulais vous confirmer les derniers détails logistiques.
— Les détails m’importent peu. Ce qui m’importe, c’est que vous soyez là, en personne.
La sueur naquit au creux des paumes d’Alex. Il les essuya discrètement sur son pantalon.
— Je supervise depuis la planque. C’est plus prudent.
— Non, Renault. Demain, je serai sur place. Au Monte Carlo. Un box privé, vue imprenable sur la piste et sur vos opérations. Et vous serez à mes côtés.
Le silence s’étira. Zoe échangea un regard avec Jules. Alex tapota du doigt contre la table, trois battements rapides, puis il se força à s’arrêter.
— Vous ne pouvez pas… la sécurité du casino a des caméras partout. Je ne peux pas me montrer au paddock.
— Vous ne me montrerez pas. Vous serez discret. Mais vous serez là. Vous me devez cette présence, Renault, après tout ce que j’ai investi. Et puis, il y a les parts.
— Les parts.
— Oui. 70/30. Je prends 70, vous partagez le reste avec votre équipe. C’est le marché. Je veux vous voir signer les documents au moment du transfert.
La bouche d’Alex s’ouvrit. Les mots sortirent trop vite.
— Bien sûr, Viktor. 70/30. C’est ce que nous avions convenu. Je serai là, au paddock, demain. Vous avez ma parole.
Ses doigts martelèrent la table. Toc-toc-toc, une pulsation frénétique, incontrôlable.
— Votre parole, Renault. Voilà qui me rassure.
Il y avait une ironie glacée dans la voix de Viktor. Puis la tonalité indiqua qu’il avait raccroché.
Alex souffla. Il passa une main dans ses cheveux et regarda ses coéquipiers.
— On a un problème.
— Vous avez un problème, oui, dit Zoe d’une voix tranchante. Vous venez de promettre que vous seriez au paddock. Sous les caméras. Pendant que vous êtes censé être dans les tunnels pour rencontrer Mercier à minuit.
Jules hocha la tête, lentement.
— C’était quoi ton plan, Alex ? Tu espérais qu’il resterait planqué dans sa villa à Saint-Jean-Cap-Ferrat ?
— Il devait, oui. Ce n’est pas ce qui était prévu. Il m’a dit qu’il resterait en retrait.
— Et tu l’as cru ? lança Zoe en se levant, sa chaise glissant contre le sol avec un grincement. Tu as organisé tout ce cambriolage autour d’un homme qui t’a déjà trahi trois fois, et tu as cru qu’il resterait sagement chez lui ?
Alex tourna le dos à la fenêtre, le sang lui fouettant les oreilles.
— Je n’ai pas dit que je le croyais. Mais je n’avais pas le choix. Mercier est le seul à pouvoir me donner l’emplacement du dossier rouge. Et Mercier refuse de parler à quiconque sauf à moi.
— Alors qu’est-ce qu’on fait ? demanda Jules. On ne peut pas être au cimetière à minuit et au paddock à midi demain en même temps.
Le clavier de Zoe cliqueta soudain. Elle était retournée à son écran, en tapant furieusement.
— Attends. Attends… Je capte quelque chose d’étrange sur le système de localisation du circuit.
Alex s’approcha, penché par-dessus son épaule.
— Quoi ?
— Le box privé de Viktor. Il vient d’être attribué il y a dix minutes. Au virage de la Piscine.
— C’est pas inhabituel. Il y a des VIP partout demain.
— Sauf que ce box est réservé au nom d’une société écran liée à la FIA.
Le mot résonna. FIA. La Fédération Internationale de l’Automobile. C’était l’identité qu’avaient utilisée les hommes de main qui avaient menacé Laurent, le chef de la sécurité du casino, une semaine plus tôt.
Alex blêmit.
— Il est associé à eux. Voss nous a dit que Viktor avait des protections en haut lieu, mais je pensais qu’il s’agissait de quelqu’un au gouvernement monégasque, pas…
— Pas la FIA ? Termina Jules. Putain, Alex. La FIA contrôle l’accréditation du paddock. Si Viktor est avec eux, il aura accès aux zones sécurisées. Aux serveurs du circuit.
Zoe se tourna vers eux, les yeux brillant d’une fièvre calculatrice.
— Plus que ça. La FIA a mis en place le système de surveillance biométrique pour les pilotes cette année. Si Viktor a un badge FIA, il peut voir exactement qui entre et sort des zones sensibles. Il saura que tu n’es pas au paddock, Alex. Le moment où tu ne pointeras pas ta main sur le capteur de présence.
Dans le silence qui suivit, Alex sentit le sol se dérober sous ses pieds. Depuis le début, il avait pensé que Viktor était un financier nerveux, un parasite venu des bas-fonds du jeu. Jamais un homme avec des tentacules dans les institutions internationales du sport automobile.
— Il n’a pas changé les codes par hasard, murmura-t-il, presque pour lui-même. Ce n’était pas pour nous empêcher d’entrer. C’était pour me forcer à sortir de la planque. Pour me faire venir à lui.
— Et pour te tracer, ajouta Zoe. Il veut te voir compromis, Alex. Il veut que tu sois filmé en train de mentir aux autorités du circuit. Comme ça il a une prise sur toi pour toujours.
Le téléphone d’Alex vibra de nouveau, un SMS. Il baissa les yeux. Numéro inconnu. Un message anonyme, une seule ligne.
**« Demain, à minuit moins une, suivez le cadran du clocher. Il saura vous trouver. Et méfiez-vous du box de la Piscine. »**
Le cadran du clocher. Le cimetière. Et le clocher de l’église Sainte-Dévote, à moins de trois cents mètres du tunnel principal.
Il releva la tête, un sourire mince sur les lèvres. Cela faisait des années qu’il n’avait pas souri comme ça. Un sourire dangereux.
— Le plan ne change pas. Je vois Mercier à minuit, j’obtiens le dossier, et ensuite je vais au box de Viktor.
— Non, dit Zoe fermement.
— Oui, dit Alex en la fixant droit dans les yeux. Écoute-moi. S’il veut me voir en chair et en os, qu’il en soit ainsi. Mais le dossier rouge, c’est notre assurance. Sans lui, on n’a aucune chance contre Viktor après le coup. Tu dois me faire confiance.
Zoe se tourna vers son écran, évita son regard, ses doigts tremblant visiblement sur le clavier. Jules se frotta la nuque, visiblement mal à l’aise.
— Et le fait qu’on ne sait pas qui t’envoie ces messages ? demanda-t-elle, la voix basse. Celui qui connaissait l’ouverture de la caisse pendant le tour de formation. Celui qui parle de ton père. Tu es prêt à te fier à un fantôme ?
Il regarda le dernier message, encore lumineux sur l’écran. Un fantôme, oui. Mais un fantôme qui n’avait encore jamais menti. Et il y avait autre chose, gravée au fond de lui, une certitude bizarre que ce mystérieux correspondant comprenait la situation mieux qu’aucun d’entre eux.
— Quand ton père te montre le chemin, Zöe, dit-il doucement, tu le suis. Même si tu ne vois pas encore sa silhouette dans l’ombre.
Elle voulut répondre, hésita, puis baissa les yeux sur le document qu’elle rédigeait.
— Mon kill-switch est armé. La prochaine fois que ce plan change de direction, je l’active et je vous laisse.
Un silence tomba, plus épais que la fumée de cigarette. Puis Jules se leva, rassemblant son équipement.
— Alors faisons en sorte que ce soit la dernière direction qui change. Si tu trouves le dossier, on a la monnaie d’échange. Sinon…— Il ne termina pas sa phrase. Il n’en avait pas besoin.
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